CHAPITRE \. — MALADIES .DES NEUFS DE l'«KU
Supposez qu'il v ail eu, chez un sujet, paralysie «le la troisième .paire droite, affection qui a disparu, l'œil étant consé.piemment redressé. Placez un objet en face des yeux du malade, et invitez celui-ci à le fixer. Puis, masquez l'œil droit à l'aide d'un corps opaque. <l'un morceau dë carton, par exemple, el dites au consultant de continuer à regarder l'objet «le l'œil gauche. Cela fait, couvrez l'œil gauche et démasquez brusquement l'œil droit. Si celui-ci était un peu dévié, il se rapprochera subitement du centre de l'écartement des paupières, pour contempler l'objet qu'on lui présente; il y a rupture de l'harmonie des axes visuels; cet œil ne fixait pas, simultanément avec l'autre, dans l'acte de la. vision générale. S'il ne bouge pas, au contraire, quand vous le découvrez, l'autre œil étant toujours bouché, il n'y a pas désharmonie des axes.
Il faut surtout chercher la source du phénomène qui vient d'être signalé dans l'habitude qu'a graduellement contractée l'œil sain de supporter seul le poids des fonctions visuelles, tandis qu'une langueur fonctionnelle s'est emparée de son congénère. « Ne voulant plus travailler, disait un jour Rosas à sa clinicpie, il abandonne toute la besogne à son voisin et va se promener. » L'enseignement qui résulte de ce fait clinique, c'est qu'on doit éviter, autant que possible, durant la paralysie, le trouble de l'harmonie de la vision bi-oculaire; le malade s'efforcera de diriger son regard de manière à faire simultanément travailler les deux globes, à éviter, en un mot, la diplopie. Sous ce rapport et comme moyen de gymnastique, en outre, pour les cordes musculaires affectées, l'oblitération plus ou moins répétée de l'œil sain, pendant que l'œil malade reste découvert, présente des avantage réels *.
Les verres prismatiques ne sont employés que depuis peu d'années pour corriger la diplopie qui résulte des déviations des globes, permettre ainsi l'exercice de la vision bi oculaire et favoriser le rétablissement de l'innervation en souffrance. En optique, on appelle prisme triangulaire un corps transparent terminé par deux surfaces planes formant un angle, variable. L'intersection des deux laces se nomme arèle. La troisième face ne sert pas; elle est habituellement Plapolie. Les prismes sont construits suivant le même mode pour les besoins de l'oculistique; toutefois, ils sont munis d'une forme circulaire, ce qui leur donne de l'analogie avec un verre de lunette ordinaire.
Les prismes ont pour propriété, comme on le sait, de dévier vers la base le rayon lumineux qui traverse les deux faces. Placez devant votre œil gauche un verre prismatique à base tournée du côté de la tempe correspondante, vous verrez double en regardant le même objet avec vos deux yeux. L'image vraie sera perçue par l'œil droit; l'image fausse, celle, qui sera constituée parles rayons lumineux traversant le prisme, se trouvera déviée vers la droite. Les rayons, en effet, partis de l'objet se rapprochent de la base du prisme, après leur réfraction, comme nous l'avons indiqué; mais l'œil voit l'image dans le prolongement des rayons réfractés, c'est-à-dire vers l'arête du prisme.
S'agit-il, par exemple, d'une paralysie de la sixième paire gauche (strabisme en dedans), si l'on place devant l'œil affecté un verre prismatique, la base en
' J'ai décrit, p. 6427, le petit appareil que j'emploie clans les cas de ce genr
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dehors, l'image fausse se trouve ramenée sur l'image vraie, à condition que l'angle du prisme soit convenableraerft choisi. 11 suit de là que les deux globes ne voyant qu'une seule image, l'œil dévié pourra s'exercer, sans qu'on soit contraint de boucher son congénère. Ce moyen n'empêche pas de continuer l'application du traitement an ti parai y tique jugé utile. A mesure que le strabisme diminue, on a recours à un prisme de degré moindre. Il faut donc, pour les besoins de la pratique, être muni d'une série de verres prismastiques à angles dièdres variables (de 1 à 20 degrés).
11 n'y a pas lieu de s'exagérer l'importance de l'expédient qui vient d'être mentionné et qui n'est pas toujours d'une application facile. Nous avons guéri, d'ailleurs, un très-grand nombre de malades atteints de paralysies oculaires, sans l'intervention des verres prismatiques.
Nous nous occuperons successivement des paralysies des troisième, quatrième, sixième et septième paires cérébrales. La description de l'anesthésie de la cinquième paire, qui appartient à un autre ordre physiologique, sera plus méthodiquement exposée à la suite des paralysies des nerfs moteurs.
Article 2. — Paralysie de la troisième paire.
Caractères anatomiques et physiologiques. — Cette affection s'annonce par les symptômes suivants : chute de la paupière supérieure (blépharoplégie) ; anéantissement des mouvements du globe en haut, en bas, en dedans; strabisme divergent, par la persistance de l'activité de la sixième paire, qui se rend au muscle droit externe. Le ganglion ophthalmique, frappé à son tour, à cause de la souffrance du filet nerveuxqui aboutit à son angle postérieur et inférieur, la communique aux nerfs ciliaires, qui se répandent dans l'iris, d'où l'inertie de ce diaphragme {iridoplègie) et la dilatation de la pupille (mydriase). Plusieurs sujets nous ont dit que l'œil compromis leur paraissait plus volumineux que son congénère, et tendre à sortir de l'orbite. Cette sensation était due à une sorte d'opDhlhalmoptose, très-souvent visible pour l'observateur, et qui provient du relâchement paralytique de presque toutes les cordes musculaires qui contribuent à maintenir le globe en place.
La double perception d'un objet que le strabisme engendre n'a lieu, dans cette paralysie, que quand on refoule vers le sourcil le voile supérieur morbidement abaissé. Tant que, dans sa dépression, il masque la pupille, l'œil sain reste seul chargé des fonctions visuelles, et il n'y a pas de diplopie. 11 sol de là que la guérison de la blépharoptose, sans celle de la déviation du bulbe, devient souvent, pour les malades, la cause d'une infirmité permanente. Chancelants et gênés dans leur marche incertaine, pris de vertiges, d'envies de vomir, ils se voient contraints, pour se délivrer de leur diplopie, de fermer 1 œil affecté.
Les conditions symptomatiques ci-dessus notées éprouvent des modifications en plus ou en moins d'intensité, qu'il est aisé de prévoir, suivant que la paralysie intéresse complètement tous les rameaux de l'oculo-moteur, ou n'y sewt qu'à des degrés inégaux. 11 peut arriver encore que, tous les cordons n'étant