CHAPITRE X. — MALADIES DES NERFS DE I/ŒIL
telles tentatives, qu'il ne faut appliquer qu'avec la plus grande réserve. Chez certains malades, par exemple, on a constaté des strabismes, l'exophthalmos, etc., des résultats, en un mot, plus désavantageux que l'infirmité à laquelle on avait pour but de porter remède.
J'ai "vu des occlusions spasmodiques des paupières céder aux moyens dirigés contre la conjonctivite qui les avait engendrées et en perpétuait l'existence.
Observation LXXXIV. — Un notaire était aflligé d'un tel degré de blépharospasme, qui, de temps à autre, survenait chez lui tout à coup, qu'il lui était impossible de cheminer alors sur la voie publique. Maintes fois cette infirmité faillit lui devenir fatale, au milieu de l'encombrement des rues de Paris. Quand il était assailli par cet accident convulsif, il priait les personnes qu'il rencontrait de le placer en lieu sûr; dès que le spasme s'évanouissait, il continuait sa roule. Plusieurs praticiens distingués l'avaient vainement traité par les antispasmodiques de toute sorte, quand il guérit comme par enchantement, grâce au conseil d'une commère qui le décida à faire usage du collyre appelé eau de l'épicier (p. 146). Ce résultat démontre que cet homme était atteint de conjonctivite; il suffit d'un simple collyre astringent pour en faire prompte justice.
Ob servation LXXXV. — Affectée d'une conjonctivite chronique avec hypérémie des
papilles conjonctivales , madame de M était sujette à un blépharospasme qui a
offert des phases très-remarquables. Pendant plusieurs mois, les yeux se fermaient trèsrégulièrement à sept heures du soir et s'ouvraient à quatre heures et demie du matin. Comme les topiques de tout genre, les anlipériodiques , etc., avaient été essayés en vain, je résolus d'attaquer le mal par la scarification des paupières. Dans les premières séances, l'opération était suivie d'une occlusion qui durait une heure, quelquefois davantage; les paupières ne pouvaient s'ouvrir, quels que fussent les efforts tentés par la malade; au bout du laps de temps précédemment indiqué, elles s'écartaient tout à coup d'elles-mêmes. A l'époque où celte dame quitta Paris, le blépharospasme s'était évanoui sous l'intluencc des scarifications continuées durant plusieurs mois et secondées par l'emploi de collyres astringents faibles, car aucun topique énergique ne pouvait être toléré. 11 ne se manifestait plus que pendant quelques minutes, quand je scarifiai les paupières supérieures. Les scarifications des voiles inférieurs n'entraînaient pas la production du blépharospasme.
Article 3. — Du phénomène connu sous le nom de souris.— Du tic non
douloureux de la face.
Je suis fréquemment consulté pour une sorte de palpitations circonscrites dans l'une ou dans l'autre paupière, dans la supérieure notamment, particularité vulgairement désignée sous le nom de souris, parce que le mouvement qui s'eirectue sous la peau a quelque ressemblance, dit Demours, avec celui qu'exciterait une souris cachée sous un drap de lit. Le malade sent lui-même sous le doigt ce frémissement passager et parfois fort incommode de quelques fibres de l'orbiculairc; il peut le voir également en se plaçant devant une glace. J'ai plus d'une fois noté que l'abus de l'organe visuel, surtout aux lumières artificielles, avait engendré ce phénomène. 11 accompagne souvent les anesthésies rétiniennes'' ghez les sujets qui ontbeaucoup fatigué leurs yo.ux. Ce tremblement, cette osril-
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lation s'étendent parfois aux muscles de la moitié correspondante de la ligure. On a remarqué que l'agitation de l'esprit exaspérait habituellement cette affection. Les pathologistes localisent dans la portion dure de la septième paire tous ces mouvements morbides de la face, ainsi que ses mouvements normaux, volontaires ou involontaires. Bien que l'idée d'une névrose du nerf facial soit en harmonie avec les données les plus récentes de la physiologie, je puis citer deux faits dans lesquels une lésion de la cinquième paire paraît avoir été le point de départ du tic non douloureux. M. Page, pharmacien de Paris, m'adressa, en 1846, un tambour de la 4° légion de la garde .nationale, en proie depuis trois années, et du côté gauche seulement, à la lésjçtti dont il est ici question, et dont cet homme faisait remonter l'origine à l'avulsion d'une dent molaire de l'arcade supérieure correspondante. Les accès ne se manifestaient que rarement dans le principe, bien que tous les jours; le mal avait augmenté au point qu'ils se reproduisaient jusqu'à cinquante ou soixante fois dans la journée , souvent davantage. Une femme, à qui j'ai donné des soins, offrait à la région droite de la face ce tic, qui existait depuis quatre mois, et fut également attribué à l'avulsion d'une dent. L'un de mes malades, atteint de cette chorée partielle, avtu| été longtemps tourmenté par des douleurs rhumatismales. Je l'ai vue succéder ebf core à une névralgie faciale actuellement éteinte. Ce grimacement s'élève à un tel degré chez quelques sujets qu'il est rare que cinq ou six minutes se passent sans qu'il se manifeste.
traitement. — Je ne crois pas, comme on l'a dit récemment, que le tic non douloureux de la face résiste avec une opiniâtreté désespérante à tous les moyens les mieux dirigés. Bien que la maladie ne soit que trop souvent rebelle à nos médications, elle peut cependant guérir. La pommade de vératrine, à doses graduées (p. 621), vient de me réussir à merveille chez un jeune homme affligé de cette infirmité depuis son enfance. Madame Peclet, malade de mon dispensaire, en a été complètement délivrée, dans le cours de 1860, par l'électricité. Au demeurant, les trois moyens qui se sont montrés les plus salutaires dans ma pratique, après, de nombreux essais , sont la pommade de vératrine en frictions sur la région affectée, celle de strychnine et l'électricité.