MALADIES DE L'ACCOMMODATION
DE L'ADAPTATION DE L'ŒIL AUX DIFFÉRENTES DISTANCES , ET DE L'ASTHÉNOPIE. — ÉPREUVE DE LA VUE OU ÉCHELLE TYPOGRA- PHIQUE d'e. JAEGER.
Les rayons de lumière qui émanent d'un corps éclairé forment un cône dofri le sommet est au point lumineux et dont la base vient tomber sur la cornée. Cette membrane réfléchit une partie de ces rayons qui lui impriment l'éclat dont elle est douée; le reste du cône, par lequel seul nous voyons l'objet , pénètre dans l'œil à travers l'orifice pupillaire pour aller impressionner la rétine, après avoir subi une série de réfractions. Le globe oculaire est donc une véritable chambre obscure; la pupille en est l'ouverture, le cristallin la lentille convergente et la rétine l'écran sur lequel se dessine l'image dans une position renversée.
C'est quand un objet de petites dimensions est situé à 25 ou 30 centimètres de l'œil que cet organe, lorsqu'il est bien conformé, le voit généralement avec le moins d'efforts. Cette distance est appelée distance de la vision distincte K C'est là que nous plaçons communément le livre que nous nous proposons de lire . le papier sur lequel nous voulons écrire. Mais l'œil est pourvu de la propriété merveilleuse de s'ajuster à la perception de corps situés à d'autres portées que celle qui a été précédemment mentionnée. Cette faculté a reçu le nom d'accommodation.
Des théories nombreuses ont été imaginées pour en expliquer le mécanisme. Nous en signalerons quelques-unes avant d'exposer notre opinion sur celte question si débattue de la physiologie ophthalmique.
L'œil s'allonge, d'après Rohault, sous l'influence de la contraction des obliques pour la contemplation des objets rapprochés; les muscles droits donnent lieu à l'effet contraire.
M. Pouillet attribue l'accommodation à des mutations dans les diméÏÏSions de la pupille, qui se contracte pour la perception des corps rapprochés, qui se di-
' J La région de l'accommodation moyenne, celle où les yeux peuvent supporter un trava.l soutenu sans trop se fatiguer, 1 reçu le nom de nuLopL accomZZif
772 1.1VUK 11. MALADIFS DU OI.OIiR OCULAIRE.
late pour celle des corps éloignés. Dans le premier cas, les rayons lumineux, qui tendaient à faire leur foyer derrière la rétine, passent par les parties les plus réfringentes du cristallin et se réunissent plus tôt, pour se concentrer sur la membrane nerveuse; dans le second cas, ces mêmes rayons, qui tendaient à former leur foyer devant celte membrane , traversent les régions marginales de la lentille, moins réfringentes que le centre, et l'image se fait plus loin sur la rétine elle-même. Cette hypotbèse, qui est celle de Treviranus, a été réfutée par un bon nombre d'arguments qui l'ont fait rejeter par presque tous les observateurs.
« Dugès, dit M. Daguin 1, oppose à cette théorie des expériences qui prouvent que la vision à différentes distances ne dépend pas absolument de la grandeur de la pupille. Par exemple, on voit nettement, avec la pupille très-étroite, les objets éloignés quand ils sont très -éclatants , et avec la pupille très-large les objets rapprochés quand ils sont très-sombres. Vient-on à regarder au loin un objet brillant et à reporter brusquement ses regards sur un objet sombre rapproché, on peut voir, au moyen d'une glace, la pupille s'agrandir. On devrait aussi être myope au grand jour et presbyte le soir, puisqu'une vive lumière détermine le rétrécissement de la pupille, et chacun sait combien il est facile «le voir à de grandes distances pendant les journées les plus éclatantes de l'été. »
Une grande part, dans la production des phénomènes qui nous occupent, es1 attribuée par Helmholtz au jeu de l'iris. Il y a lieu, d'après ce professeur, de noter les modifications suivantes dans l'ajustement de l'œil à de courtes distances : I« la pupille se rétrécit; 2" le bord pupillaire de l'iris se porte en avant; 3° les parties périphériques de cette cloison reculent; 4° la face antérieure du cristaj lin se courbe plus fortement et son sommet se porte en avant; 5° sa face postérieure devient aussi un peu plus convexe, sans changer sensiblement de position. Le cristallin augmente donc dans sa partie médiane. Or, comme son volume doit rester constant, on peut conclure des deux dernières modifications que les diamètres transversaux de la lentille ont subi un certain raccourcissement.
D'après M Max. Langenbeck, l'accommodation ne se ferait ni par les mus droits ou obliques, ni par l'iris, ni par le cercle ciliaire; elleseraituniquenie.il dévolue à l'action d'un organe spécial qu'il a découvert, et que d autres ont val nemenl cherché : le muscle compresseur de la lentille ou accommodateur (sphincter lentis, accommodatorius , tensor capsulœ lentis). Il se compose de fibres circulaires qui existent dans les procès ciliaires, à la partie antérieure delà capsule cristalline.
Un grand nombre de physiologistes accordent aujourd'hui tous les honneurs de l'accommodation au muscle ciliaire (p. 16), opinion que réfute énergiquement M. Sappey, par ce motif que le cercle ciliaire nest point un musc| « Quelques écrivains d'Allemagne, dit-il, ont voulu voir dans le l.gament chaire un véritable muscle, auquel ils n'ont pas craint de faire jouer un rôle .mpof tant dans le pbénomène de la vision. Au nombre de ces derniers je do.s sur.ou citer M. Brucke, qui prête à ce nouveau muscle la faculté de tendre sur le corps
i D.igu'm, Trailé. de physique. Paris, 1859, t. III, p. »89-