CHAPITRE XI. — MALADIES DE [/ACCOMMODATION
vitré la choroïde et la rétine. En soumettant une tranche mince du ligament ciliaire à l'examen microscopique, on remarque en effet des faisceaux de fibres lisses et parallèles, qui rappellent au premier abord les fibres du canal intestinal; mais ces libres sont celles qui constituent les nerfs ciliaires. Lorsqu'on prend l'un de ces nerfs avant qu'il s'engage dans le cercle ciliaire, si on l'observe avec attention, on retrouve identiquement les mêmes fibres. Les micrographes, qui ont pris ces fibres pour des fibres musculaires, se sont donc étrangement mépris. Le cercle ciliaire n'est ni un ganglion nerveux ni un muscle: c'est un anneau dénature celluleuse. Les nerfs et les artères, qu'on observe dans son épaisseur, ne font que le traverser et ne composent qu'une petite partie de son volume; ses fibres propres le constituent essentiellement. »
Pour être conséquents avec eux-mêmes, les partisans exclusifs de l'ajustement par le muscle ciliaire ont dû nécessairement nier toute persistance de la faculté d'accommodation, après la soustraction ou la réclinaison du cristallin, dans l'opération de la cataracte. Ils se sont surtout fondés sur quelques recherches de M. de Graefe, qui l'ont conduit à conclure que, très-peu de temps après l'opération, les malades ont perdu la faculté d'adaptation ou n'en conservent que des traces. Cette assertion a été combattue au sein du congrès ophlbalmologique de Bruxelles par M. Arlt, dont les arguments sont complètemen t conformes au résultat de mes observations. L'accommodation, a-t-il dit, peut avoir lieu sur des yeux privés de cristallin ; les mesures instituées par Volkman et d'autres l'ont prouvé, à moins d'admettre que, dans ces cas, le cristallin se soit régénéré, ce qui n'est pas admissible (p. 578). 11 est vrai que, chez beaucoup d'opérés de cataracte, on ne constate plus d'accommodation; mais il faut, pour la trouver, choisir des jeunes sujets de quinze à vingt ans. On ne peut donc tout expliquer par les mouvements et les changements de forme de la lentille. M. E. Jaeger, qui partage cette opinion, a vu l'accommodation se maintenir chez les malades opérés de cataracte, même après l'âge de cinquante ans.
Dans notre pensée, une large part de l'accommodation doit être dévolue au système musculaire extérieur de l'œil, l'action des muscles droits et obliques et celle de l'orbiculaire des paupières tendant surtout à modifier la forme générale Je l'organe. Un autre muscle seconde le jeu des cordes motrices qui précèdent, au sein même de la coque ophthalmique : nous voulons parler du muscle ciliaire, qui semble principalement chargé de régler les mutations que la lentille subit dans l'adaptation de l'œil à la perception des objets aux différentes distances.
La théorie, qui attribue la plus grande part du mécanisme de l'accommodation au jeu des muscles qui enlacent le bulbe visuel, a été défendue avec un grand talent par Bonnet; elle l'a été récemment encore par un ophtalmologiste éminent, le professeur Arlt '. Les organes, qui imprimentà l'œil des modifications qui l'adaptent à la vision des corps situés à des distances diverses, l'allongenl d'avant en arrière, pour l'ajuster à la perception des corps rapproché,- ifs 1, raccourcissent dans le même sens pour la perception des objets éloignés Sous I influence des pressions opposées, auxquelles les contractions musculaires sou-
1 Congrès d'ophlhalmolo./wde Bruxelles, session de 1857, séance du I i septembre.
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mettent les parois latérales de l'organe, celles-ci se dépriment les unes vers le? autres; il suit de là que le bulbe passe de la forme sphérique à la forme ovale, ' qu'en d'autres termes, son diamètre antéro-postérieur s'allonge. Le corps vitré, organe essentiellement élastique, obéit aux pressions qu'il subit et s'allonge également avec la plus grande facilité, portant vers l'iris le cristallin, qui le coiffe en avant et s'éloigne ainsi de la rétine. Tels sont les mouvements auxquels l'u il se livre pour la vision des corps à courtes distances. Par quel mécanisme s'adapte~t-il à celle des objets éloignés? Rien n'est assurément plus simple. Dès que les contractions musculaires cessent, dès que les parois de la coque ophthalmique sont livrées à elles-mêmes, il suffit de l'élasticité dont elles sont douées et de l'expansion des liquides intraoculaires pour abolir la configuration ovalaire de l'organe et lui restituer la forme ronde.
Dans l'acte si délicat de l'accommodation, le muscle ciliaire, dont la nature musculeuse ne paraît guère sujette à être contestée , semble surtout destiné régler les variations de diamètre du cristallin i. La disposition déjà mentionnée de cet organe rend acceptables les données suivantes, admises par un bon nombre de physiologistes. Tandis que, sous l'influence des contractions dont ce muscle est le siège et de sa synergie avec la cloison iridienne (p. 47), ses fibres postérieures exercent une pression légère sur le corps vitré, sa portion antérieure, annulaire, refoule les bords du cristallin vers son centre. La face antérieure de la lentille se courbe plus fortement en avant, devient plus convexe ; en d'autres termes, l'axe antéro-postérieur du cristallin augmente, la structure de cet organe lui permettant de se prêter à ce changement de forme. La zone de Zmn est relâchée par suite des contractions du muscle ciliaire, ce qui tend à seconder encore l'augmentation de convexité du cristallin. M. Béclard ne semble pas éloigné d'adopter l'opinion de M. Rouget, en ce qui a trait au rôle des procès
1 Indépendamment de la synergie qui existe entre les mouvements des deux globes oculaires ou les systèmes des muscles extérieurs, il existe une seconde synergie entre les appareils ciliaires; ces deux synergies, ordinairement correspondantes, peuvent cependant être séparées, s'exercer indépendamment l'une de l'autre. Le cristallin, soumis physiologiquement à des lois réglées par les mouvements de convergence ou de divergence du globe, peut rompre avec cette domination du système musculaire extérieur, et exécuter des mouvements propres et indépendants de convergence et de divergence relativement à l'axe des mouvements de totalité du globe, des mouvements spontanés de latéralité interne ou externe dans son plan équatorial. Ce fait (nous avons le droit de ne plus dire cette hypothèse) perd le caractère de singularité qu'il présente au premier abord, quand on remarque que c'était, au contraire, une pure supposition (et que l'on faisait sans s'en apercevoir), quand on considérait le cristallin comme une lentille enchâssée dans une position invariable. Le cristallin n'est rien moins que soudé, que fixé. 11 est suspendu dans un anneau que l'on sait aujourd'hui être de nature musculaire. Quel pouvait être l'objet d'une telle disposition, sinon de lui assurer une certaine indépendance de l'enveloppe de l'œil? Le globe est suspendu dans l'orbite sur un système musculaire; le cristallin est suspendu dans le globe sur un second système doué de contraclilité comme le premier. (Giraud-Teulon , Communication à l'Académie des sciences mars 1861.)