‹ Traité théorique et pratique des maladies des yeux [electronic resource]Chapitre 356 sur 501 · CHAPITRE XU — MALADIES DE L'ACCOMMODATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE XU — MALADIES DE L'ACCOMMODATION

ciliaires dans l'acte do l'accommodation. Distendus par le sang, sous l'influence des contractions du muscle ciliaire, qui les placerait dans une sorte d'état érectile, ils représenteraient un coussin élastique destiné à répartir uniformément la pression du muscle ciliaire sur le pourtour du cristallin. On a dit encore que les changements de forme de ce dernier s'effectuaient avec d'autant plus de facilité que ses couches corticales étaient plus molles; on a même attribué la presbytie des vieillards à une densité trop grande de ces couches, qui s'opposerait à ces variations de courbure.

Quelle est, dans l'accomplissement de ces phénomènes, la part réservée à la cornée, et quel est le rôle dévolu à la pupille?

11 est généralement admis, contrairement à l'opinion de Bonnet, de M. Pravaz, de M. Vallée, que la cornée reste invariable dans l'acte de l'accommodation, et que l'excès de pression subie par l'œil, de la part de ses cordes motrices, n'augmente pas la courbure de cette membrane. On lit dans le Traité de physique de M. Daguin : «Des expériences faites par Young sur les yeux d'individus ayant très-bonne vue ont prouvé que de semblables modifications de courbures n'ont pas lieu. La tête de l'individu étant bien fixe, Young mesurait avec le micromètre focal d'une lunette la distance des images de deux bougies réfléchies par la surface brillante de la cornée, pendant que l'individu regardait successivement des objets placés dans la même direction, à des distances très-différentes. Dugès, de Haldat, MM. Senff et Helmholtz sont arrivés au même résultat. Enfin Young a pu voir nettement des objets situés à des distances différentes à travers un tube métallique plein d'eau, liquide à très-peu près de même réfrangibilité que l'humeur aqueuse, et dans lequel la cornée était plongée, ce qui annulait complètement l'influence de sa courbure. »

Les arguments qui viennent d'être mentionnés ont été réfutés par M. Foltz, professeur de physiologie à l'école de médecine de Lyon; il a signalé la source des erreurs danslesquellesest tombé Young, et aentrepris sur ce point des expériences faites avec le plus grand soin, et qu'il serait trop long de reproduire ». Les corollaires suivants ont été posés par cet observateur : i° Un changement physique dans la disposition de l'œil est la cause de l'accommodation. Celle-ci serait rendue nulle ou presque nulle par une cornée invariable ; 2° Le changement survenu dans la disposition physique de l'œil porte presque exclusivement sur la courbure de la cornée; 3° Dans les grands mouvements d'accommodation, l'action de la cornée est complétée par un changement probable dans la longueur de l'axe du globe oculaire; 4° Il y a aplatissement de la cornée, quand la vue s'adapte aux objets éloignés; il y a augmentation de courbure, de cette membrane, quand la vue s'adapte aux objets rapprochés. « 11 resterait à rechercher, ajoute M. Foltz, sous l'influence de quelle force s'accomplit le changement de courbure de la cornée. Nous pensons, avec plusieurs physiologistes, qu'il est dû à l'action des muscles oculaires, et chez certains oiseaux à l'action du muscle de Oampton. Ces muscles peuvent augmenter évidemment la convexité de la cor née. Quant à son redressement, il tient à l'élasticité naturelle des parties, et

1 Gazette médicale, année 48o7, p. 154 et 206.

77^ LlVHli II. MALADIES UU GLOBE UCULA1KK.

surtout, selun nous, à l'action do la pression atmosphérique,qui agit en sens inverse de l'action musculaire. »

Les variations de la pupille, associées à l'acte physiologique qui nous occupe, démontrent qu'il se compose d'éléments complexes. M. J. Béclard a émis, en ce qui concerne ces mutations pupillaires, une théorie qui rend un compte satisfaisant des phénomènes. Ce physiologiste fait observer qu'une expérience bien simple démontre que la grandeur de l'orifice pupillaire restant invariable, l'image des corps situés à des distances variées se forme nettement au foyer de la rétine. Cette expérience consiste à pratiquer dans une carte une ouverture un peu plus petite que la pupille; si l'on place cette carte devant le glohe oculaire, aussi près que possible de cet organe, on observe également bien les objets placés à des distances diverses. (Voy. section IV, Lunettes panoptiques.) Ce phénomène révèle le véritable rôle de la pupille dans la vision. « Lorsque vous regardez par l'ouverture de la carte, dit M. Béclard, les objets éloignés ne perdent point leur configuration, qui reste nette; mais ils perdent beaucoup de leur clarté. Le but de la dilatation de la pupille dans la vision des objets éloignés, c'est de suppléer à la diminution dans la clarté des objets. La clarté des objets s'affaiblit, en effet, nécessairement avec leur éloignement; car la proportion des rayons lumineux envoyés à l'œil par l'objet diminue en proportion de la distance. En résumé, le champ de la vision augmente et diminue avec le degré de clarté des objets lumineux. Le champ pupillaire augmente quand un objet est peu éclairé, afin de recevoir la plus grande quantité possible de rayons lumineux; il diminue pour les objets plus rapprochés, pour que l'œil ne soit point blessé par une clarté trop vive; telles sont les véritables fonctions de l'iris. Cela est si vrai que, si l'œil se fixe sur un objet très-éloigné, qui est en même temps très-lumineux, la pupille, loin de se dilater, se contracte; et réciproquement, si l'œil se fixe sur un objet très-rapproché et très-peu éclairé, la pupille, loin de se contracter, se dilate. »

Des phénomènes de toute sorte viennent démontrer la part que prennent à l'accommodation les muscles qui englobent l'organe visuel.

Nous signalerons, avec M. Arlt, la myopie acquise, qui se développe progrès- J sivement chez les jeunes gens par suite d'une accommodation forcée et conti-J nuée longtemps,- l'œil s'allonge d'avant en arrière, et à force de s'allonger ainsi constamment, il conserve cette forme. C'est ainsi que des sujets, primitivement presbytes, sont devenus myopes vers l'âge de quinze ou vingt ans. Nous avons vu que ce genre d'efforts secondaient puissamment le développement de 1^ scléro-choroïditc postérieure, dans lequel l'allongement permanent de la coque ophthalmique est tel qufil s'accompagne d'une sorte de sac qui se prolonge vers le sommet de l'orbite. M. Arlt ne croit pas que l'iris ait quelque action sur les changements de forme du cristallin. Le rétrécissement pupillaire, la rétrogression de la partie périphérique de l'iris et la progression du bord pupillaire, qui accompagnent l'acte de l'accommodation, ne sont dans sa pensée que des phénomènes accessoires.

Si un excès de contraction des muscles oculaires est susceptible de donner lieu à la myopie , en allongeant par des pressions latérales et opposées le diamètre antéro-postéricur de l'œil aux dépens de ses diamètres (ituisverscs . la

Page 1