‹ Traité théorique et pratique des maladies des yeux [electronic resource]Chapitre 358 sur 501 · CHAPITRE \l. — MALAMEÇ HK I,' ACCOMMODATION · texte numérisé non relu

CHAPITRE \l. — MALAMEÇ HK I,' ACCOMMODATION

vision, dépendant d'une altération particulière de la rétine, a eu pour défenseurs Réveil lé-Pari se et quelques unes auteurs; mais elle est aujourd'hui abandonnée de tout le monde. 11 est généralement admis que deux conditions capitales dominent la constitution de la myopie : les milieux de l'œil sont trop réfringents, ou bien cet organe offre trop de profondeur. Dans ces deux circonstances, les rayons lumineux qui émànent d'un objet éloigné et qui tombent peu divergents sur la cornée sont réunis avant de parvenir à la rétine; si le sujet rapproche beaucoup de ses yeux, souvent même d'un seul œil, les corps qu'il veut examiner, c'est dans le but de rendre plus grand l'angle formé par les rayons incidents, condition qui les dispose à se réfracter davantage; dès lors, le sommet du cône qu'ils forment après leur réfraction est concentré sur la membrane sensitive, phénomène essentiel pour la netteté de la vue. La myopie présente une intensité variable. 11 n'est pas rare de rencontrer des myopes qui ne peuvent lire qu'en plaçant les caractères d'impression contre le nez, c'est-à-dire à une distance de deux ou trois centimètres.

caractères anatomiques et physiologiques. — Pour déterminer si un sujet est myope, présentez-lui un livre à la portée de la vision ordinaire. S'il est contraint pour lire de le rapprocher beaucoup de ses yeux, et s'il lit avec un verre concave à une distance plus considérable, la question est jugée. Les signes extérieurs propres à faire diagnostiquer la myopie sont loin d'être d'une appréciation facile. On a remarqué que les myopes avaient les cornées plus bombées et les chambres antérieures plus vastes que les presbytes, et que leurs yeux étaient plus gros et plus saillants que ceux de ces derniers. Toutefois, cet excès apparent de volume ne suffit pas pour motiver l'opinion qu'un sujet est atteint de myopie; il est des gens, par contre, dont les globes semblent doués de dimensions normales et qui cependant sont myopes. On a invoqué un épaississement trop considérable de la cornée, une augmentation de courbure du cristallin sur l'une de ses faces ou sur ses deux faces à la fois, de manière à le rapprocher de la forme sphérique, un excès de densité d'un ou de tous les milieux réfringents du bulbe. Je me demande si l'élément musculaire ne devrait pas figurer dans les données étiologiques de la myopie, tel sujet, par exemple, y étant plus disposés que tel autre à cause de la tonicité, de la rigidité plus forte des cordes motrices qui entourent l'œil, d'où un allongement insolite du diamètre cornéorétinien. Il est digne de remarque que ce vice, assez fréquent dans la jeunesse et dans l'âge mûr, diminue graduellement à mesure que les yeux s'aplatissent insensiblement par suite des progrès de l'âge, cette moditica lion sopéranl surtout si l'organe n'a pas été par trop déformé par l'abus de verres d'une puissance exagérée. J'ai même vu des myopies faibles se convertir à la longue en presbytie et exiger l'emploi des verres convexes. Dans de tels cas encore, n'y a-t-il pas lieu d'avoir égard à une certaine dépression de la contraclililé des muscles oculaires, d'où la diminution du diamètre anléro-posléricur de l'organe? Rien n'est commun comme de rencontrer des individus de cinquante ou soixante ans et au delà, et qui, dès qu'ils se disposent à lire, s'empressent d'ôter leurs lunettes ou de les élever contre le front. Tous ces gens sont de vieux myopes dont Minute s est corrigée par l'âge.

780 LIVRE 11. — MALADIES in GLOBE OCULAIRE.

Prives do la faculté de distinguer ce qui se passe à une distance un peu éloignée d'eux, les myopes sont dépourvus d'expression dans le regard; celui-ci est hébété et vague. Us ont habituellement la pupille dilatée et montrent une préférence marquée pour le demi-jour et les petits caractères.

étiologie. Si la myopie est fréquemment congénitale etjjarfois même héréditaire, elle peut être encore le symptôme d'affections plus ou moins graves (myopie acquise ou accidentelle). Nous mentionnerons le staphylôme pellucide de là cornée, l'hydrophthalmie , la scléro-choroïdile postérieure, les congestions choroïdiennes, des tumeurs de l'orbite qui compriment et déplacent le gfobe sans altérer autrement cet organe. On a vu la myopie se constituer sous 1 -influence d'une conjonctivite granuleuse et s'éloigner par la guérison de cette dernière (p. 74). Devenue myope en 1853, et uniquement au globe gauche , par l'effet d'une ophthalmie granuleuse, Anaïs Labadoux, lune de mes malades, était redevenue presbyte de cet œil en 1854, à la suite du traitement auquel je la soumis, et qui la délivra de ses granulations. La perception d'étincelles, accusée par la malade à l'œil gauche seulement, me fit penser que cet organe avait été atteint d'un certain degré d'hypérémie rétino-choroïdienne.

La myopie ne se montre guère que dans les villes; les habitants des campagnes n'en sont qu'exceptionnellement atteints1. On ne la rencontre que trèsrarement chez les peuples nomades. On l'a vue sensiblement s'amender chez des individus qui, dans de longs voyages, avaient graduellement habitué leurs yeux à voir de loin.

traitement. — Exercice méthodique des tjeux. — Quelques sujets, atteints de myopie congénitale, ont éprouvé un allongement marqué de leur vue par un exercice gymnastique longtemps continué et surveillé de telle sorte qu'il ne donnât pas lieu, par son application mal dirigée, à une congestion des membranes internes de l'œil. On fait asseoir le malade, l'occiput lixé contre le mur; on place devant ses yeux un caractère d'imprimerie disposé à une distance telle qu'il puisse être distingué sans fatigue; le patient procède à la lecture pendant un temps plus ou moins long, en continuant à conserver la position qui lui a été assignée, et en se reposant de temps à autre. Peu à peu, et dans les séances subséquentes, le livre est éloigné des yeux, et l'on arrive progressivement à la distance focale de la vue ordinaire. M. Mackenzie recommande de choisir autant que possible un livre dont les caractères soient nets et grands, et partout de mêmes dimensions; il insiste sur la précaution d'éviter toute augmentation lapide de la distance, la faculté d'adapter l'œil à la perception des corps éloignés ne s'acquérant que lentement. Les yeux, daus ces exercices, et pour les myopies très-intenses, seront armés de verres concaves, dont on diminuera progressivement la force. Il est rare que ce traitement réussisse, à cause de la grande patience que les malades sont contraints d'y déployer; avec une volonté ferme

» Il résulte d'une statistique dressée pur M. Devol sur la myopie, considérée en France au point de vue de l'exemption du service militaire, que sur 3,293,202 jeunes gens examinés de 1831 à 1849 (dix-neuf années), il y en a eu 13,007 exemptés pour cause de myopie.

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