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CHAPITRE XI. — MALADIES DE T.'aCCOMMODATION

et du temps, il peut être fort salutaire, et mérite eonséquemmcnt d'être recommandé.

«J'ai corrigé quelquefois la myopie , dit Detuours, en faisant prendre au myope une position fixe relativement à un livre dans lequel il pouvait lire à l'oeil nu ; sa tète était appuyée contre un mur sur un cahier de cartons très-minces ou de feuilles de papier très-épais, dont on suppi-imait une feuille toutes les semaines. Il lisait tous les jours pendant une heure, et les yeux s'accoutumaient ainsi peu à peu à se passer d'un secours étranger. » Des pupitres mécaniques ont été proposés pour le même but. Le professeur Berthold a donné à son pupitre correcteur le nom de myopodiortlioticon.

C'est surtout quand une myopie est constituée depuis peu qu'elle est susceptible de diminuer et de disparaître, si le sujet met fin à des occupations qui exigent des efforts de vue sur des objets petits et rapprochés des yeux, s'il fixe, sans le secours de lunettes, des corps éloignés, s'il fait des courses fréquentes en plein air, et surtout s'il substitue à un état sédentaire une profession qui autorise l'application des conditions hygiéniques qui viennent d'être signalées.

Compression du globe. — Le fait suivant me paraît digne de quelque intérêt.

Observation LXXXVI.— Le 8 septembre 4 851 , j'ai été consulté par un homme âgé de quarante-quatre ans, brun, bien portant, et qui m'affirma qu'il améliorait exlraordinairemenl sa vue en exerçant une pression légère sur le globe, à travers la paupière supérieure. Le hasard lui avait fait découvrir cette particularité. Il visait parfaitementainsi, au tir au pistolet, une mouche placée à trente-six pas, tandis qu'il ne la voyait que très-confusément sans ce secours. Le consultant ne venait que pour me demander s'il lui était permis d'adapter sans inconvénient à ses verres concaves une petite branchedestinée à une compression momentanée du globe droit, et seulement pour les exercices au pistolet. « Je suis fort tireur, me dit-il , et sans cette compression je ne puis profiter de mon talent. » Il se plaça, en effet, devant une de mes fenêtres, se pressa l'œil droit et lut avec facilité, de l'autre côté de la rue, une enseigne que l'organe non comprimé n'apercevait que vaguement. Je crus prudent de l'inviter à s'abstenir de telles tentatives.

Cette observation restait enfouie dans mes cartons, quand quelques documents, publiés par le docteur Follz (de Lyon), vinrent attirer de nouveau mon. attention sur un fait que les auteurs ont passé sous silence. On lit dans la Gazette médicale de Paris (année 4859, p. 88) : «Le sujet atteint de myopie regarde un objet éloigné en clignant, c'est-à-dire en rapprochant les paupières supérieure et inférieure au-devant de la cornée transparente, de manière à recouvrir une certaine portion de cette membrane. Plaçant alors un doigt près de la commissure externe; au niveau du rebord orbital» . il lire tres-légerement en dehors les paupières , de façon à les tendre comme un voile membraneux qui aplatit la corné,, et raccourcit l'axe du globe oculaire. Aussitôt l'objet apparaît avec une netteté de contours^extraordinaire qui surprend le myope autant que le fait l'emploi .l'un verre concave approprié à sS vue. 1

« La compression exercée sur l'œil par les paupières, dans cette manœuvre.

doit être très-légère; car si elle est exagérée , l'œil devient presbyte et la vue se trouble. On arrive rapidement par l'exercice au degré convenable de pression.

« Cette manœuvre si simple , non douloureuse , et parfaitement inoffensive, exercée par un myope sur son œil , lui rend les mêmes services qu'un monocle. Elle lui permet, en effet, de distinguer les bords nets et précis d'un objet éloigné, de lire une enseigne, un nom de rue, un numéro de maison, de voir les acteurs sur la scène, etc., aussi nettement qu'avec un lorgnon.

« Jusqu'ici, on peut se demander : à quoi bon cette manœuvre exercée sur l'œil, et qui exige, après tout, une certaine habitude pour être bien faite, lorsqu'on peut obtenir le même résultat avec un verre concave? Un peu de réflexion ne tardera pas a nous faiije comprendre les avantages du nouveau procédé. D'abord, l'un des moindres est de n'exiger aucun appareil, quelque simple qu'il soit, et d'être constamment à la disposition du sujet qui en a besoin. Mais ce qui lui donne une grande valeur, c'est que non-seulement il est palliatif au même titre que les verres concaves, mais encore il devient par la suite curatif de la maladie. Son emploi, loin d'accroître la myopie, tend au contraire à la guérir. La théorie indique en effet qu'une pression légère, mais fréquemment répétée sur la cornée transparente , doit rendre à cette membrane une partie de la rétractilité naturelle à tous nos tissus, et que la pression exagérée à laquelle elle est soumise intérieurement cbez les myopes lui avait fait perdre. On comprend dès lors que sa courbure non-seulement cesse de s'accroître, mais encore qu'elle puisse diminuer. 11 en est de même du diamètre antéro-postéri étude l'œil, qui diminue par l'aplatissement de l'organe.

«A l'appui de ces idées je rapporterai l'observation suivante, qui m'est personnelle, et qui les confirme au moins en partie. Le travail de cabinet avait développé chez moi une myopie légère, qui m'obligeait à me servir, dans certaines circonstances, de verres concaves n° 18. En 1849, je ne pouvais distinguer à l'œil nu les lettres d'un livre tel que celui de Hufeland au delà de 50 centimètres. M'étant exercé à lire à distance, j'étais parvenu, après plusieurs années, à les distinguer à 65 centimètres; mais je ne pus aller plus loin jusqu'en 1857. Depuis cette époque, je me suis exercé avec la nouvelle méthode, et aujourd'hui je distingue les lettres du même livre à 75 centimètres et même à 80. Ma vue s'est donc notablement allongée.

«Si une seule observation suffisait pour légitimer des conclusions, je dirais que ce moyen constitue un traitement à la fois palliatif et curatif de la myopie. 11 est palliatif au même degré qu'un verre concave, sans avoir l'inconvénient grave d'augmenter l'infirmité, et sans exiger d'appareil spécial. Il est curatif en soumettant l'œil à une gymnastique qui s'exerce au milieu des occupations ordinaires de la vie, sans arrêter le sujet un seul instant, et pour ainsi dire sans qu'il s'en doute.

«Plusieurs personnes à qui j'ai communiqué mon procédé en retirent journellemenî des services, auxquels viendra se joindre plus tard, j'ai lieu de l'espérer, le service plus important d'un allongement permanent de la vue. »

Nous reproduirons, comme donnée historique, un autre document qu'un

CHAPITRE XI. — MALADIES DE l' ACCOMMODATION. 783 journal politique consignait, deux années auparavant, dans ses colonnes1.

« La forme des yeux exerce une grande influence sur leur portée visuelle. Ainsi ils sont, en général, convexes chez le myope, aplatis chez le preshyte. On conçoit donc qu'on puisse modifier leur portée en modifiant leur forme.

« En exerçant sur l'un de mes yeux une certaine pression avec le pouce et l'index delà main correspondante, appuyés simultanément, l'un sur la paupière supérieure, l'autre sur la paupière inférieure, je parviens, dit M. Breton de Champ, à allonger considérablement ma vue, qui , dans l'état habituel, est ffès-coUrte. A rot effet, je me place devant un livre ouvert ou une affiche imprimée, à une distance double, triple ou quadruple de celle à laquelle je puis lire, ou même plus grande encore, de telle sorte que je n'aperçois plus les lignes du livre ou de l'affiche que comme des traces grisâtres, puis je presse l'œil doucement jusqu'à ce que les lettres paraissent noires. Si alors la vision est encore confuse, je change tant soit peu les points sur lesquels le pouce et l'index sont appuyés ; et, après quelques tâtonnements, je parviens à voir distinctement et à lire, ce qui me serait impossible à cette distance en laissant mon œil dans son état ordinaire.

« Cette compression n'est nullement douloureuse et n'entraîne pour l'organe aucun dommage, pourvu qu'elle ne soit pas trop fréquemment répétée. »

Section du petit oblique. — La myotomie oculaire, appliquée à la myopie, a été préconisée par M. Bonnet; cette opération, dans l'espèce, repose sur les principes suivants. Quels que soient les muscles sur lesquels on fait porter la section, on amoindrit le soutien qu'ils prêtent aux parois latérales du globe ; ces parois acquièrent la faculté de s'écarter davantage; l'œil peut dès lors s'aplatir plus ou moins, c'est-à-dire perdre l'accommodation qui ne lui permet que de voir des objets rapprochés. La ténotomie oculaire est donc susceptible de devenir dans la myopie un moyen d'amélioration et un moyen de guérison. Puisqu'on ne peut assurera priori s'il vaut mieux couper les muscles droits que les muscles obliques, la préférence, qui doit être donnée à la section de certainsde ces muscles, dépend de la facilité plus ou moins grande qu'on peut avoir à effectuer l'une de ces sections et des chances moindres d'accidents qu'elle entraîne. Si l'on arecours à la section des muscles droits, il faut couper les deux antagonistes, car la |ection d'un seul de ces derniers donnerait lieu au strabisme. M. Bonnet n'hésite pas à s'adresser au muscle le moins important de la série des cordes motrices h I œil, le petit oblique, qu'il attaque dans sa portion extracapsulaire, opération moins vulnérante que si l'on coupait ce muscle à son insertion oculaire. Celte section peut être faite par la méthode sous-cutanée. Son auteur la. décrit de la manière suivante :

« On peut se servir de deux ténotomes, l'un pointu et l'autre mousse; le premier pour piquer la paupière, le second pour glisser sur la paroi inférieure de 1 orbite et faire la section du muscle. Quoique j'aie, dans le début, fait usage de ces deux instruments, je préfère aujourd'hui me servir d'un seul ténotome assez pointu pour piquer la paupière, mais dont la pointe est assez arrondie pour ne

'La Patrie, numéro du ]'i lévrier 1837.

pas être arrêtée en glissant sur l'orbite. La lame de cet instrument a 4 centimètres de longueur et 3 millimètres de largeur; elle coupe dans l'étendue de 3 centimètres seulement, de telle manière que, lorsqu'il est enfoncé aussi profondément que possible, sa partie tranchante ne correspond plus à l'ouverture de la peau. Le malade est assis, la tête renversée en arrière et appuyée sur la poitrine d'un aide ou sur le dos d'un fauteuil ; l'opérateur se place à droite du malade s'il agit sur l'œil du côté gauche ; il pose l'indicateur de sa rnain gauche sur le milieu de la paupière inférieure, de manière que son ongle soit placé immédiatement au-dessus du rebord inférieur, de l'orbite; avec ce doigt il repousse en arrière l'œil et la paupière , et met ainsi en relief le milieu du bord ; orbitaire inférieur. C'est au-devant de cet ongle, et immédiatement en arrière ( du rebord orbitaire, qu'il plonge le ténotome, tenu de la main droite, comme une plume à écrire. Cet instrument est poussé en bas jusqu'à ce qu'il ail rencontré la paroi inférieure de l'orbite; il est enfoncé ensuite dans cette cavité àunepi»-> fondeur de 2 à 3 centimètres, en suivant une direction perpendiculaire à cène du petit oblique, c'est-à-dire oblique d'avant en arrière et de dehors en dedans: lorsque la pointe, qui ne doit jamais abandonner l'orbite, est arrivée jusque près de l'ethmoïde, l'instrument, qui a été ramené peu à peu à la direction horizontale, est reporté en avant, le tranchant dirigé dans le même sens. Lorsqu'on le sent au-dessus de la peau et que la pointe aboutit un peu en dehors du sac lacrymal, on doit nécessairement avoir accroché le muscle petit oblique, mais on peut ne pas l'avoir coupé. Pour en assurer la section, je tourne la lame, d'abord en bas, puis contre la partie antérieure du maxillaire supérieur, de manière à ce que le muscle, s'il n'est pas encore coupé, soit compris entre l'os et la lame de l'instrument, et qu'en retirant celle-ci on ne puisse manquer d'achever la section, si elle est encore incomplète. Lorsque j'opère sur le côté droit, je pourrais me placer à gauche du malade et tenir l'instrument de la main gauche; mais, comme je préfère me servir de la main droite, je me place à droite et derrière le malade, et j'opère comme sur l'œil du côté gauche. »

M. Bonnet ajoute que cette tentative donne lieu à une ecchymose de la paupière inférieure, dont les traces disparaissent habituellement du quinzième au vingtième jour. Elle ne suscite aucune inflammation, aucune suppuration; les mouvements du globe sont conservés dans leur intégrité. Quant aux changements dans la vue, le résultat est parfois immédiat; les malades s'écrient qu voient plus distinctement. Dans quelques cas on ne peut apprécier les mutatio que le lendemain. Pour la simplicité des suites, on ne peut comparer l'opératioM de la myopie qu'à celle de la saignée.

Né à une époque d'engouement pour les opérations Strabotomiques, le trait$ ment chirurgical qui vient d'être décrit n'a guère été appliqué que par son a* leur. La myopie d'ailleurs, quand elle est essentielle, est généralement abaflT donnée à elle-même, les malades trouvant un soulagement suffisant dans iM verres concaves; est-elle symplomalique de désordres réels de l'œil, on dirigçj la médication en conséquence. Toutefois, le procédé de Bonnet ne mérite pas d'être relégué dans l'oubli où vont se perdre un grand nombre d'innovatio^ scientifiques. Il y aurait surtout lieu d'y songer dans les ras oii l'on serait c

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