‹ Traité théorique et pratique des maladies des yeux [electronic resource]Chapitre 375 sur 501 · CHAPITRE XII.— DE l'hYPROPHTHALMIE · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII.— DE l'hYPROPHTHALMIE

Xous ajouterons ici quelques mots sur les moyens curatifs que réclament les principaux accidents qui peuvent succéder à l'ablation du bulbe. S'il survenait une hémorrbagie abondante, ce qui est rare, il faudrait tamponner l'orbite avec de l'amadou et de fa charpie, exercer sur cette masse une pression modérée avec le monocle, et insister sur le décubitus dorsal. Jùngken prescrit de n'avoir recours au tamponnement qu'après avoir vainement tenté d'arrêter l'écoulement du san* avec de la glace que l'on introduit dans la cavité osseuse. Roux a effectué, dans d°es circonstances semblables, la ligature du tronc de l'ophthalmique ; d'autres en conseillant la torsion; Carron du Villards rapporte que Lisfranc parvint à se rendre maître d'une hémorrbagie formidable, en plaçant sur l'artère une pince valet a patin, qui fut maintenue dans l'immobilité par la charpie et un bandage. Le perchlorure de fer ne doit point être oublié dans les accidents de ce genre.

Lorsque le cerveau vient à s'affecter, on emploie les émissions sanguines, les applications réfrigérantes sur la tête, les sinapismes, les purgatifs, le calorael, etc., imprimant à la médication un degré d'énergie proportionné à la force du sujet et à l'intensité des symptômes. Si la cicatrisation était entravée par un état d'atonie de la plaie, on devrait stimuler l'inflammation languissante par . des injections dans l'orbite avec la décoction de quinquina, le vin miellé, la liqueur de Labarraque, l'alcool camphré, etc., y insuffler, à l'aide d'un tuyau de plume, de l'alun pulvérisé, comme le fait Rosas, cautériser avec la pierre infernale ou avoir recours à de la charpie enduite d'onguent styrax, de baume d'Arcceus, etc. Il peut enfin arriver, plus ou moins longtemps après l'extirpation de l'œil, que les douleurs se réveillent et que le cancer renaisse dans un point de la fosse orbitaire. Force est alors de recourir de nouveau à l'instrument tranchant ou aux caustiques. Dans quelques cas, les désordres sont tels que la seule ressource qui reste à l'homme de l'art est de chercher à calmer les souffrances par la ciguë, la jusquiame, l'eau de laurier-cerise, l'acide prussique médicinal, l'opium, etc., remèdes qu'on emploie et à l'intérieur et comme topiques.

Un homme sur lequel Lisfranc pratiqua, en notre présence, l'extirpation de l'œil à la Pitié, fut mis a la demi-portion de l'hôpital, aussitôt après l'établissement de la suppuration. Nous avons entendu ce professeur insister sur les dangers de l'abstinence chez les malades affectés de grandes plaies suppurantes. Si vous ne leur donnez pas quelques aliments, disait-il, leur corps sera, pour ainsi dire, obligé de vivre de sa propre substance, et vous aurez à craindre une résorption purulente.

Rosas et plusieurs autres auteurs recommandent d'établir une dérivation chronique, à la suite de l'ablation du bulbe, par l'application d'un exutoire au liras. Il ne peut y avoir qu'avantages à se conformer à ce conseil.

historique. — Les écrits des auteurs de l'antiquité ne contiennent aucun vestige de l'opération qui fait l'objet de ce travail. D'après les recherches de Jùngken et de Rosas, Alexandre Benedetli, chirurgien italien, fut le premier qui en fit mention dans un ouvrage intitulé: Omnium morborum signa, et publié en 1539. Georges Rartisch, oculiste de Dresde, qui écrivait en 1583, cernait le

gloljç et. vidait, l'orbite avec un couteau recourbé, sous forme d'une cuiller lynchante, dont on peut voir la représentation dans le traité de PelHer1. Chez un magistrat que Fabrice de llilden opéra en 1896, ce chirurgien engagea la masse cancéreuse, qui proéminait fortement au dehors, dans un sae de cuir à couli^e, dont l'ouverture fut fermée par le serrement des cordons; armé d'un bistouri ordinaire, il coupa circulairement la conjonctive, le long des racines des voiles palpébraux, puis acheva la dissection avec un couteau courbe sur le plat mousse à son extrémité; le malade guérit. Si, parmi les chirurgiens qui vinrent après Fabrice, il en est qui se conformèrent à ses préceptes ou à ceux de Bartjsb. d'autres eurent recours à des procédés absurdes et cruels. C'est ainsi que des opérateurs, après avoir divisé des yeux cancéreux ou réputés tels, par une incision cruciale, en excisaient successivement les lambeaux avec les ciseaux ou le bistouri, et que chez un habitant de Leyde, dont parle Bartholin, et qui succomba quatre jours après l'opération, le globe fut arraché avec des tenailles, d'après l'avis de l'anatomisle Jean Walœus.

Louis, dont le beau travail nous a fourni une partie de ces détails2, recommanda le premier de couper le nerf optique et les muscles qui l'environnent, avec les ciseaux courbes sur le plat. Ces derniers, et un bistouri, avec lequel on dissèque la tumeur jusqu'au fond de l'orbite, composent l'appareil instrumental de cet opérateur.

On considère généralement Desault comme ayant eu le premier l'idée de la division préalable de la commissure externe. M. Velpeaii l'attribue à Acre].

Après avoir séparé l'œil de la voûte de l'orbite, à l'aide du bistouri, et taillé le pédicule avec les ciseaux courbes, Dupuytren renversait la tumeur vers la joue en la faisant basculer d'arrière en avant, puis achevait de la détacher avec le dernier instrument. Quand elle était très-saillante, Dupuytren engageait à plat, entre le globe et la partie moyenne de la paupière supérieure, un bistouri droit, en dirigeait le tranchant en avant, ponctionnait ce voile, et le tendait verticalement, de son bord adhérent a son bord libre.. Ce procédé n'a obtenu aucune faveur. Bien qu'après l'opération, Dupuytren réunissait, par la suture entortillée, les deux moitiés de la paupière, la lésion de cet organe, destiné à fournir à l'orbite un opercule naturel, me parait un inconvénient à éviter. 11 ne m'est, d'ailleurs, nullement prouvé qu'un tel expédient démasque aussi largement les parties que celui de Desault ou d'Acrel.

Après avoir extirpé l'œil, Travers arrête l'hémorrhagie au moyen d'une éponge qu'il fixe dans l'orbite, et introduit, les jours suivants, dans cette cavité, des cataplasmes émollients enveloppés de mousseline.

» Pellier, loc. cil., t. II, pl. XXVI, Qg. 2.

* Mémoires de l'Académie de chirurgie (édition Fossone, t. VI, p. 495).

Page 1