MALADIES DE L'ORBITE
Les affections dont nous traiterons dans ce chapitre se présentent sous forme de tumeurs, qu'on a qualifiées du nom générique d'orbitocèles. Elles offrent des variétés nombreuses dont le diagnostic est l'un des points les plus épineux de la pathologie ophlbalmique.
Les orbitocèles prennent naissance dans le tissu cellulaire extérieur à l'appareil musculaire de l'œil ou entre cet appareil et le globe. Tantôt elles sont immobiles et parfois même soudées aux parois osseuses de l'orbite, tantôt elles jouissent d'une mobilité plus ou moins marquée. Constituées dans quelques cas par le développement anormal d'une partie organique contenue dans la fosse orbi taire, elles dérivent, dans d'autres, du dépôt d'une production pathologique. Elles peuvent être solides, molles, spongieuses, liquides, akystiques ou kystiformes. Quelles que soient, d'ailleurs, les conditions de ces tumeurs, il est permis d'établir que leurs caractères ne se dessinent avec quelque netteté que quand elles se développent de prime-abord près l'ouverture antérieure du cône orbitaire, ou, quand nées plus profondément, elles deviennent, en grossissant, sous-pal pébral es. Mais, lorsqu'elles occupent le fond de l'orbite et que le déplacement de l'œil est le seul indice de leur existence, elles échappent fréquemment à nos sens, quelque exercés qu'ils soient, et leur nature ne peut être, le plus souvent, que soupçonnée, d'après quelques circonstances concomitantes.
Ces affections ont pour caractère spécial et commun de propulser le globe hors de sa cavité naturelle (exophthalmos ou exorbitisme), en le refoulant vers le point opposé à celui qu'elles ont élu pour siège. Tantôt directe, et tantôt oblique, l'extrusion peut exister dans les simples engorgements inflammatoires ou œdémateux, comme dans les tumeurs à marche lente et chronique. Il est facile de prévoir les autres accidents que sont susceptibles d'occasionner ces lésions. L'un des plus communs est l'amaurose; elle reconnaît ici généralement pour causes la compression el le tiraillement du nerf optique (p. 608). Une mydriase. dans
81 2 L1VHE III. — MALADIES IiKS ANNEXES l>K i.'(KlL.
ores cas plus raies, est rationnellement imputable à une compression du ganglion ophthalmique. Certains sujets deviennent myopes, d'autres presbytes conditions qui, dans quelques circonstances, paraissent provenir du siège, dé la forme ou des dimensions de la tumeur. Une myopie peut survenir quand l'obstacle est constitué dételle sorte qu'il presse plus particulièrement sur les parties latérales du globe, d'où l'allongement de son diamètre anléro-postérieur. La région postérieure de l'organe est-elle comprimée par une tumeur logée au fond de l'orbite et qui tend à chasser l'œil directement en avant, une presbytié peut s'établir par la diminution du diamètre antéro-postérieur. Notons encora la gène et la difficulté des mouvements du bulbe, la sensation d'une pression incommode accusée par les malades, et, parfois, des douleurs vives, qui s'irradient dans la tète et les ramifications de la cinquième paire. Tant que les paupières continuent à ombrager l'œil, ce dernier n'est pas en général sensiblement altéré dans sa structure ni dans sa forme; mais, lorsque les voiles commencent à ne plus le soustraire aux influences extérieures, la conjonctive s'injecte et l'on peut voir survenir des ophthalmies de tous genres, le pannus, l'exopbthalmie fongueuse, parfois même la perte de l'organe. Habituellement, les phénomènes morbides apparaissent avec lenteur, parce qu'ils sont liés à des affections presque toujours chroniques. Lorsque le bulbe est repoussé vers l'une des parois de la cavité qui le contient, une diplopie existe ordinairement dès le principe.
Les accidents dont nous venons d'esquisser le tableau peuvent surgir encore sous l'influence de lésions primitivement formées dans les cavités circonvoisines, mais qui, en se développant, ont fait irruption dans l'enceinte orbitaire, ou l'ont rétrécie, en en refoulant les parois vers le globe. Nous citerons les fongus de la dure-mère, les encéphalocèles ; des abcès, des hydropisies, des hydatides, des tumeurs enkystées ou autres, des corps étrangers dans les sinus frontaux; des productions fibreuses, des masses fongueuses, des anévrysmes pan anastomose dans l'antre d'Hyghmore; des polypes des fosses nasales. Quant aux opérations extra-orbitaires qui peuvent être nécessitées par quelques-unes des lésions ci-dessus énoncées (perforation des sinus frontaux ou du sinus maxillaire, pour l'évacuation de collections purulentes, extirpation de corps morbides, etc.), nous renverrons le lecteur aux traités généraux de chirurgie. Quelques affections de la glande lacrymale, dont nous parlerons au chapitre IV peuvent être classées encore dans la catégorie des orbitocèles.
OSTEITE, CARIE, NÉCROSE, EXOSTOSE ET OSTÉO-SARCOME DE L'ORBlTEj
caractères anatomiques et PHYSIOLOGIQUES. — Les parois osseuses de l'orbite sont susceptibles de s'enflammer dans une région plus ou moins étendue. La détermination d'une périostite franche, d'une phlegmasie primitive ou secon-