DE LA CAVITÉ ORBITAIRE
Article 1. — Kystes de l'orbite.
^ caractères anatomiques et physiologiqiies. — Ces tumeurs sont sujettes à des variations nombreuses, eu égard à leur envtloppc, à leur contenance, à leur volume, à leur forme et à leur siège. Leur marche est toujours lente.
La coque des productions de ce genre est tantôt mince, celluleuse, tantôt épaisse, fibreuse, comme tendineuse. Elle est parfois garnie d'incrustations calcaires. Ses adhérences aux parties limitrophes sont lâches ou serrées; elles seront surtout intimes, quand le développement de la maladie s'est associé à des compressions fortes et à des inflammations plus ou moins prolongées.
Le contenu peut être aqueux, limpide, jaunâtre, roussâlre, etc. (kystes séreux); cette condition est la plus fréquente. Dans certains cas, il est gélatineux, analogue au miel (mélicéris), à la bouillie (athérome) , à du suif ou à de la graisse (stéatome). Quelques kystes contiennent des hydatides (kystes hydatiques), des poils, un caillot sanguin, etc. Plusieurs présentent un mélange de matières solides et de matières liquides. D'autres sont partagés en loges par des cloisons plus ou moins épaisses.
Il résulte de ces considérations que le point de départ anatomique des kystes de Porbite ne saurait être constamment identique. Tantôt il existe dans le développement insolite d'une des mailles du tissu cellulaire, tantôt dans celui d'une glande sébacée, d'un follicule pileux (kysles dermoïdes), etc. Un fait curieux, relaté par Barnc, démontre que le germe d'une dent peut en constituer trèsexceptionnellement l'origine (orbitocèle dentaire). 11 s'agit, dans celte observation, d'un jeune homme, qui portait, vers la paroi inférieure de l'orbite gauche, une tumeur qui refoulait l'œil en haut et donnait lieu à une exophlhalmic progressive. On y trouva, à la suite de son extirpation, une dent et un amas de matière citrine.
La grosseur des kystes orbitaires serait habituellement celle d'un œuf de pigeon, d'après Scarpes. Nous en avons vu de plus petits; on en cite de beaucoup plus considérables. Ces productions sont communément sphériques ou ovalaires. Dans bien des cas, cependant, elles s'adaptenl à la forme des parties avec lesquelles elles sont en rapport.
Plusieurs observateurs disenl q*voir remarqué que les kysles de l'orbite se molliraient proportionnellement plus fréquents vers la voûte el vers le plancher de celte cavité que sur ses parties latérales. Delpech ayant fendu avec le bistouri, à travers la paupière inférieure, du côté gauche, un énorme kyste sousoculaire, une forte quantité d'une sérosité citrine, quantité en désaccord avec le volume apparent de la protubérance, s'épancha au dehors, et le malade, ngo
82"2 LIVRE III. — MALADIES DES ANNEXES DB I.'œil.
d'Une vingtaine d'années, succomba cinq jours après, en proie à des accidents I encéphaliques. Il fut constaté à l'autopsie que le kyste se prolongeait, dans une profondeur de 8 ou 9 centimètres, au-dessous du lobe antérieur gauclie du cerveau. La structure de ses parois était dans le crâne ce qu'elle était dans l'orbite; une sorte d'isthme formé par le trou optique le séparait en deux loge*. Ce trou offrait plus de 12 millimètres de diamètre, changement qu'il avait évidemment éprouvé, dit Delpcch, dans le temps de son état de mollesse. Le nerf I optique avait disparu.
Les tumeurs enkystées de l'orbite, qui se montrent à l'extérieur par quelque point de leur surface, offrent au toucher une saillie généralement uniforme et qui résiste plus ou moins, suivant la consistance de la poche et de son conli nu et suivant les conditions d'épaisseur et de densité des parties qui la recouvrent. L'exophthalmos, le strabisme, la diplopie, la kopiopie, l'amaurose, la yène et la tension que le sujet éprouve, surtout dans les divers mouvements auxquell l'œil se livre, suivent les lois communes à la série des orbitocèles. J'ai entendu Auguste Bérard avancer à sa clinique que la ponction exploratrice, excellent moyen à mettre en œuvre dans le cas de doute, était loin d'être toujours infaillible. La sortie d'un liquide séreux, disait-il, tout en dénotant la présence du kyste, laisse encore dans l'incertitude sur son état de simplicité ou de complication. La poche est-elle multiloculaire, on pourra, avec le trocart, n'évacuer que le liquide d'une cellule, et la tumeur persistera, au moins en grande partie. Un paquet graisseux existe-t-il au-devant d'un kyste, le trocart ne saurait parfois donner issue à aucune goutte de liquide.
traitement. — Extirpation totale. — Il y aura lieu de songer à l'ablation co plète des tumeurs enkystées de l'orbite, quand leur siège superficiel et la nalu de leurs adhérences permettent de supposer qu'on s'acquittera de celte tentative sans occasionner trop de désordres. Cette opération s'exécute en pratiquant sur la peau, le long du bord adhérent de la paupière, et parallèlement à l'arc osseux voisin, une incision à l'aide de laquelle on découvre la masse morbide, qu'on accroche avec une érigne ou des pinces, pour la disséquer avec le bistouri ou des ciseaux et l'amener au dehors. La tumeur fait-elle saillie vers le grand pli conjonctival, on peut l'attaquer par cette voie. La règle suivante a été posée par Auguste Bérard. Le kyste est-il logé entre l'élévateur de la paupière supérieurs et le globe, si l'on vient à appliquer la pulpe du doigt sur la protubérance, pendant qu'on invite le malade à lever la paupière, on sentira manifestement les fibres du muscle qui font effort pour se contracter. La tumeur existe-elle entré l'orbite et le releveur, le doigt posé sur elle, pendant que le voile se relève, né sent aucune des contractions qui figurent dans la condition qui précède. Or, comme il importe surtout de ménager l'élévateur de la paupière supérieure, ôfl attaquera le kyste par la peau, s'il se trouve au-devant de ce muscle, tandis qu'on incisera la conjonctive, si la masse morbide passe derrière la corde musculaire. On peut encore, dans l'ablation d'un grand nombre d'orbitocèles, prolongerait une incision la commissure externe vers la tempe (p. 808), de manière à démasquer plus largement la circonférence orbi taire cl renverser plus commodément les voiles palpébraux.