CHAPITRE II.— MALADIES DES SOURCILS ET DES PAUPIERES
Article 8. -Altérations diverses de la face interne des paupières.— PWegmon sous-conjonctival.- Abcès et autres maladies des glandes de Meibomius.
: Nous avons déjà parlé de la blépharite muqueuse (p. 220) et de quelques-unes des adorations qui lui sont souvent associées : hypérémie des papilles, tuméfactions folliculeuses (p. $24), granulations (p. 223). Les excroissances, parfois péïjçulées, qu'on rencontre sur la paroi muqueuse des voiles palpébraux, seront combattues suivant les principes exposés p. 318.
Le phlegmon sous-conjonctival débute par un sentiment de gêne et de tension à la face interne de l'une des paupières, le plus habituellement de la paupière inférieure. J'ai vu, dans des cas de ce genre, le bord libre des voiles palpébraux offrir à peine un peu de mucus, le matin au réveil. On constate enfin, sur la paroi interne de l'organe affecté, une petite tumeur rouge, sillonnée par des vaisseaux engorgés. Parfois la résolution s'en empare. Se termine-t-elle par suppuration , elle offre, vers sa partie moyenne, un point blanc, qui crève et donne issue au pus sous-jacent. Le phlegmon sous-conjonctival peut se dissiper sans traitement. Si l'évacuation de la matière purulente était longue à s'effectuer, on la solliciterait par un coup de lancette. La suppuration ayant été incomplète chez l'un de mes malades, une induration, qui persista, réclama pour sa disparition l'intervention d'une pommade rouge.
Une petite tumeur jaunâtre, qui se montre à l'orifice des glandes de Méihomius , sur l'arête postérieure du bord palpéhral , peut dénoter un abcès de ces follicules. Les auteurs indiquent, comme caractère pathognomonique de l'obstruction de leur orifice, la présence d'une phlyetène sur la crête postérieure du bord ciliaire, tumeur qui résulte de l'accumulation du produit glandulaire qu'une membranuleépidermique recouvre. Il suffit de la fendre avec une aiguille à cataracte pour que la matière sécrétée s'échappe au dehors. J'ai parfois observé sur cette même arête une ou plusieurs protubérances globulaires, un peu consistantes, avec coexistence sur la paroi muqueuse du voile, de raies jaunâtres cpii correspondaient à ces tumeurs. J'ai toujours considéré ces cas comme des engorgements et des obstructions des follicules de Méibomius.
II n'est pas rare de rencontrer à la face interne des paupières, et surtout de la paupière inférieure, des concrétions calcaires couvertes par la conjonctive, et dont la saillie, d'un blanc jaunâtre, donne lieu à de la gêne, à du larmoiement et à de l'irritation. Rien que ces corps m'aient parfois paru des particules pierreuses venues du dehors, chez des sujets, par exemple, attachés au service actif des chemins de fer, il y a lieu, dans d'autres cas, d'en localiser le siège dans les cryptes de Méibomius. l*our en délivrer le malade, j'ouvre la conjonctive avec l'aiguille falciforme de Hosas (pl. 11, fig. 5), au-devant du calcul, et je l'expulse, au besoin, avec la curette de Davicl.
On a attribué aux glandes de .Méibomius un mie capital dans la constitution de plusieurs maladies palpébiales ; ce rôle me parait avoir été singulièrement exagéré. I.e rang de premier ordre, qu'elles occuperaient dans la blépharite ci-
<S4<S I I VUE III. MALADIES DES ANNEXES DE I.'lEIL.
liaire, est-il suffisamment justifié? Jaegerpère nous a l'ait plusieurs fois observer que l'orgeolet ne siégeait jamais dans les follicules de Méibomius, comme quelques auteurs l'ont écril à tort.
Article 9.— Blépharite ciliaire.
Cette affection, qu'on rencontre à chaque pas dans la pratique, a encore reçu les noms de blépharite glandulaire , ylandulo- ciliaire , lymphatique, scrofulew>c S tinea palpebralis. Elle envahit plus souvent la paupière supérieure que la paupière inférieure. Elle est bien moins commune chez les adultes que chez les jeunes sujets, eL surtout chez les enfants lymphatiques. Nous en avons connu qui n'étaient parvenus à s'en délivrer que par les progrès de l'âge. Elle consiste dans une inflammation chronique des bulbes et des glandes qui constituent les racines des cils, processus morbide auquel prennent part la couche tégumentaire qui longe le bord palpébral et le tissu cellulaire sous-jacent. Ees auteurs] qui ont imposé à cette variété de blépharite la qualification à'ophthalmia tarsi (tarsal inflamination des Anglais), se sont surtout fondés sur cette circonstance, que le travail pathologique se propage quelquefois au périchondre et à la substance du tarse.
caractères anatomiques et physiologiques. — Dans les cas les plus légers, le bord libre de la paupière présente un certain degré de rougeur et de tuméfaction. Celle-ci occupe tantôt toute l'étendue et tantôt une partie seulement de ce bord. Du mucus s'agglomère et se concrète sur les marges palpébrales, souvent agglutinées le matin par cette matière, qui contracte, pendant le sommeil de la nuit, une consistance épaisse.
A un degré plus avancé, le bord libre est d'un rouge plus vif; il acquiert parfois une teinte livide ou bleuâtre. Fréquemment on le trouve irrégulièrement engorgé et comme bosselé. Il devient le siège d'abcès (blepharophthalmia pustulosa) et d'ulcères (lippitudo ulcerosa). Les premiers présentent des# tumeurs globuleuses d'où l'on voit s'échapper les cils; parmi les seconds, les uns sont à nu, les autres, plus nombreux, sont couverts par de l'ichor desséché sous forme île croûtes. Cet état est communément associé à une rougeur érythémateuse et à une desquamation furfuracée des parties cutanées voisines.
Nous avons signalé déjà (p. 37) les différences notables qui existent entre les croûtes de la conjonctivite catarrhale cl celles de la blépharite ciliaire, quand elle est surtout invétérée. Celles-ci se montrent souvent sous tonne de masses racornies et brunes; elles sont enchâssées à la base des cils, collés entre eux et réunis en paquets, de. telle sorte que le malade ne peut s"en délivrer qu'en les humectant longtemps, en faisant parfois douloureusement saigner les paupières, et en entraînant fréquemment avec les produits morbides les cils arrachés au sol qui les supporte.
Au début de la blépharite ciliaire, la face interne des paupières devient légèrement rouge, et des vaisseaux injectés se portent vers le bord palpébral. A une période plus avancée, la conjonctive scléroticalc peut être frappée d'un certain degré d'hypérémic. || arrivé quelquefois encore que les téguments du haut de la