CHAPITRE II. — MALADIES 1)KS SOURCILS ET DES PAUPIERES. 8-W
joue soient irrités et excoriés par les mucosités et les larmes, d'où Fextl'oversion du bord palpébral intérieur.
Les malades affectés de blépharite ciliaire éprouvent, dans les parties phlogoœes, un sentiment de prurit qui alterne avec de la cuisson et avec quelques élancements de courte durée. C'est aux démangeaisons qu'elle occasionne qu'est dû le terme de gi-atelle des paupières que lui donnent des anciens auteurs. Plusieurs sujets sont atteints de kopiopie.
Lorsque les bords palpébraux ont été le siège d'inflammations opiniâtres, ils peuvent se transformer en un bourrelet épais, dur, noueux, état désigné sous le nom de iylosis. Tantôt la tumeur est couverte de plaques rouges et d'excoriations garnies de croûtes; tantôt, très-invétérée, elle est calleuse, blanchâtre et insensible. Souvent les cils normaux ont tous ou presque tous disparu dans la partie dégénérée, où l'on ne rencontre guère que des tronçons de cils et des pseudocils, dont la position, ordinairement vicieuse, contribue à irriter le globe. Le tylosis est partiel ou total; ce dernier est parfois compliqué d'un entropion par recoquillement du tarse, surtout quand il affecte la paupière supérieure. Les malades en proie au tylosis sont atteints de larmoiement et d'une ophthalmie qui s'exaspère quand ils s'exposent au vent, à la poussière, etc. Privés des cils, leurs protecteurs naturels, froissés en outre par un corps rude et inégal, les yeux redoutent l'éclat du jour.
traitement . — Les collyres au sulfate de zinc, au sous-acétate de plomb, la plupart des solutions astringentes, en un mot, qui réussissent contre la conjonctivite catarrhale, sont stériles, et souvent même nuisibles dans la blépharite ciliaire. Le collyre de borax peut être utile quand l'état de phlogose des parties semble contre-indiquer l'application de moyens énergiques. Les onctions pratiquées trois ou quatre fois par jour, sur le bord libre des paupières, avec la glycérine, méritent d'être conseillées. Le collyre au sublimé est, dans l'espèce, l'une des préparations les plus avantageuses. Je formule habituellement de 12 à 25 milligrammes de ce sel pour 30 grammes d'eau distillée, solution avec laquelle le bord palpébral est fomenté tous les soirs, et même soir et matin si elle est convenablement tolérée. L'huile de cade a encore été fructueusement employée (p. 161).
Les pommades rouges, douées de propriétés légèrement escharotiques, ne sauraient être assez recommandées (p. 166); elles suffisent souvent à elles seules pour l'accomplissement de la cure. Tantôt l'oxyde rouge de mercure figure seul dans les pommades que je prescris (de 10 à 23 centigrammes environ de cet oxyde pour 4 grammes d'axonge); tantôt j'y introduis des ingrédients divers. L'une de mes formules les plus faibles comprend 15 centigrammes de précipité rouge, 5 centigrammes de camphre et 4 grammes d'axonge; l'une des plus énergiques se compose de 50 centigrammes de précipité rouge, 10 centigrammes d'oxyde de zinc, 10 centigrammes de campbre, 4 grammes d'axonge et une ou deux gouttes d'huile de roses. Cunier accorde la préférence à un collyre mou dans lequel il fait entrer de 10 à 40 centigrammes d'oxyde rouge pour 6 grammes d'axon"e'et une semblable quantité d'huile d'olives. Quelques oculistes substituent lepréc.p.té blanc au précipité rouge (p. 167). M. Arlt formule l'association des deux
850 i.ivuk m. — UALAD1ES DES ANNEXÉS m: l Œil,,
ingrédients, c'est-à-dire de S à- l<> centigrammes de chacun d'eux pour4grammes d'axonge. Le docteur Vignali m'a dit qu'il avait vu employer avec avantage, en Italie, contre, quelques blépharites ciliaireSj une pommade composée de 50 centigrammes de protoiodure de mercure et de 8 grammes d'axonge.
Le camphre est surtout utile pour calmer la sensation d'ardeur el Je prurit qui accompagne les maladies de ce genre. L'oxyde de zinc tend au même but. C'est pour ce motif què Cunier conseillait souvent un collyre mou composé de 10 à 50 centigrammes de fleurs de zinc, 6 grammes d'axonge et ('» grammes d'huile, et ne passait au collyre mou de précipité rouge que. quand la démangeaison s'était apaisée, ce qui peut arriver à la suite de deux ou trois applications de la préparation zincique.
L'emploi des pommades douées de quelque activité n'aura généralement lieu que le soir (p. 168); il faut veiller à ce qu'elles se mettent en rapport avec les points d'émergence des cils. C'est dans ce but qu'on ramollira au préalable et qu'on fera tomber les croûtes avec de l'eau tiède, si elles sont peu adhérentes, et avec un cataplasme émollient, si elles sont fortement soudées. Les pommades, sans cette précaution, n'auraient presque aucune prise sur le tissu malade, et ne viendraient que couvrir stérilement des incrustations inertes. Pour que ces préparations s'introduisent profondément dans les parties, il faut que le doigt, chargé des frictions, les effectue par des mouvements longtemps répétés de va-etvient, ce doigt s'appuyant fortement contre le bord palpébral.
Quelle que soit la médication mise en œuvre, nous recommandons à nos malades de débarrasser chaque matin leurs paupières des sécrétions qui peuvent s'ytrouver accumulées; ce décapage des cils (p. 165) seconde beaucoup les progrès de la cure. Les lotions seront pratiquées aussitôt après le lever, avec de l'eau aussi chaude qu'elle pourra être supportée; ce topique, d'après notre expérience, est l'un des meilleurs remèdes contre la lippitude ciliaire.
Les blépharites rebelles à ces moyens trouveront souvent dans les cathérétiques une ressource salutaire; rien n'est plus propre à modifier les conditions du sol pilifère ulcéré et à l'acheminer vers la guërison. Quelques oculistes se servent de teinture d'iodej de pommades très-concentrées de nitrate d'argent : je préfère une solution caustique de ce sel, le h° 3 mentionné p. 193. S'agit-il, ce qui arrive le plus souvent, de l'appliquer sur la paupière supérieure, invitez le malade à regarder en bas, et déprimez avec un doigt de la main gauche le voile supérieur vers le bord libre, de telle sorte que celui-ci chevauche et bascule un peu sur la marge ciliaire de la paupière inférieure, l'œil se trouvant ferme par cette manœuvre. Alors, le pinceau chargé du remède, et tenu de la main droite, est promené commodément et largement sur le bord palpébral, sans crainte que quelques gouttes de la solution pénètrent dans l'œil. Se détacheraient-elles de la partie qu'on cautérise ou du pinceau, elles ne pourraient tomber que sur la joue. La paupière ne sera abandonnée à elle-même qu'après avoir été plongée dans un vase rempli d'eau.
Celte opération serait insuffisante, dans un bon nombre de blépharites invétérées, si on ne lui associait pas une précaution préalable: l'avulsion des cils. L'observation démontre que, le plus souvent, ces appendices fonctionnent connue