CHAPITRÉ II. — MALADIES DES SOURCILS ET DES PAUPIERES. 8M
devéritables corps étrangers qui perpétuent l'inflammation de leurs follicules. Tantôt il y à lieu de les extirper le long de toute la continuité du bord palpéhral, ce que je pratique généralement en plusieurs séances, à trois ou quatre jours d'intervalle; tantôt on n'effectue cette avulsion que dans les points où l'on constate des érosions ou des follicules en suppuration et dans ceux où le bord palpébral est plus 'engorgé et plus rouge. Immédiatement après celte opération, et quelle que soit l'étendue qu'on lui donne, on cautérise suivant le mode précédemment indiqué. On peut même passer sur la paupière partiellement dénudée le crayon de nitrate d'argent, qu'on laisse assez de temps en place pour donner lieu à une escarre distincte ; les pustules seront cautérisées isolément par l'introduction de la pointe du crayon dans chaque masse globuleuse. J'ai souvent exécuté cette opération, sur un même sujet, un certain nombre de fois pendant deux ou trois semaines de suite. Les résultats, qui sont susceptibles d'en émaner, consistent non-seulement dans la cicatrisation des ulcérations interciliaires, dans la disparition des engorgements, dans la cessation, en un mot, des désordres inflammatoires, mais encore dans la reproduction des cils, qui repoussent longs et touffus et dans une direction normale. J'ai vu cette reproduction modifier notablement la physionomie des malades. Chez plusieurs d'entre eux, examinés cinq ou six années après le traitement, la guérison se maintenait à merveille. Une fille, âgée de dix-huit ans, fut ainsi délivrée d'une blépharite hideuse, dont elle faisait remonter l'origine aux premières années de sa vie. Nous ne saurions assez recommander cette application à l'ophthalmologie d'un principe efficace au point de vue du traitement de la mentagre et de la teigne l.
L'expédient qui vient d'être signalé sera employé avec avantage contre le tylosis avec ulcérations et irrégularités du bord palpébral. On aura encore recours, contre cette induration, à des cataplasmes chauds de ciguë et de saponaire, avec addition d'un peu de camphre, et à des onctions sur la paupière malade avec l'onguent napolitain et avec des pommades iodées. Rosas conseille des scarifications faites de temps à autre sur la région calleuse. Quelques procédés, dont nous parlerons en traitant de l'entropion et du trichiasis, peuvent être avantageux contre le tylosis associé à ces déviations anormales. Si l'induration ne cause qu'une gêne supportable, il n'y a souvent rien de mieux à faire que de la respecter. On arrachera de temps en temps les poils introversés, on fera porter des verres colorés et l'on recommandera au malade d'éviter le grand soleil et toutes les influences qui peuvent lui nuire.
Les pseudo-cils ou faux cils, qu'on rencontre si fréquemment dans les blépharites chroniques, émanent de bulbes altérés et devenus impropres à fournir des
I 1 Le docteur Cramoisy a fait part à l'Académie de médecine (séance du 21 septembre <8'i8) de quelques reclierclies entreprises aveç M. Robin, et qui lui ont démontré que la blépharite ciliaire n'était pas due à une végétation microscopique; ces observateurs pensent qu'il se passe entre le cil et son follicule un travail inflammatoire analogue à celui qui a lieu dans la pyorrbée alvéolaire. M. Cramoisy croit que l'arrachement des cils, répété un certain nombre de fois, suffit, sans cautérisation, pour assurer la guérison.
X,V2 L1VHE 111. — MALADIES HKS ANNEXES DE l.'iKII..
produits pourvus de la couleur et de la consistance des cils normaux. Il Huit souvent un examen minutieux pour découvrir ces poils lanugineux, très-lins, se , cassant avec facilité ; leur ténuité, leur pâleur, leur peu de longueur, leur allais- ; sèment, que déterminent les mucosités et les larmes, sont les motifs pour les- quels ils échappent fréquemment à nos regards. M. Meininger a signalé une autre forme d'altération ciliaire encore peu connue et insuffisamment appréciée 1 . Ce praticien fait observer qu'un cil normal présente toujours un étranglement i vers son collet; à partir de ce dernier jusqu'à l'extrémité inférieure du bulbe, la , décoloration du poil est sensible chez les bruns comme chez les blonds; dans ces > limites, il devient blanchâtre. Un mauvais cil, que M. Meininger appelle tri- ■ chorhize, à cause de la ressemblance de son bulbe avec un rhizome horizontal, . ne montre pas d'étranglement à son collet, qui offre, au contraire, dans ce point, . un épanouissement sensible. De plus, au lieu de se décoller dans sa partie infé- rieure, il présente une teinte plus foncée chez les bruns comme chez les blonds. . Le bulbe prend un accroissement considérable et se recourbe ; toutefois, la di- • rection de la portion aérienne des trichorhizes est d'ordinaire parallèle à celle de la partie correspondante des bons cils. M. Meininger insiste sur la nécessité ? d'arracher les trichorhizes à l'aide d'une pince épilatoire, maniée de telle sorte; qu'on tire sur eux, suivant leur axe, sans les casser. Chez quelques personnes, . ces mauvais cils ne repoussent plus après une première extirpation ; ils se re- • produisent chez d'autres avec une grande persistance, au point qu'il faut les ar- racher de mois en mois jusqu'à neuf ou dix fois de suite. Mais il devient habi- • tuellement sensible, à chaque opération, que les appendices arrachés ont fait l un pas vers l'organisation normale.
Les blépharites ciliaires étant généralement considérées comme le résultat t d'un vice de la constitution, on a conseillé contre elles les poudres de Plummer, .1 l'éthiops antimonial, le chlorure de baryum, les iodiques, etc. Ces divers élé-l ments de la médication des scrofules ne nous semblent guère avoir d'effets,.! quant à un soulagement immédiat; les ressources tirées de l'hygiène et le temps » seront propres surtout à améliorer les conditions de l'organisme et à prévenir r les récidives (p. 130). Une révulsion sollicitée derrière les oreilles s'est parfoismontrée utile. Il en a été de même de l'application d'un vésicatoire au bras.
La blépharite ciliaire monoculaire est habituellement liée à une souffrance i chronique des voies excrétoires des larmes , d'où il résulte que l'inflammation i palpébrale ne peut guérir si l'on n'a point égard à la cause locale qui la tient sous sa dépendance et en perpétue la durée.
1 Communication à l'Académie des sciences, 8 décembre 1856.