CHAPITRE II,— MALADIES DES SOURCILS ET DUS PAUPIERES
médecin m'a assuré qu'il avait guéri un lion nombre de ces tumeurs, en les faisant flotter avec des feuilles de chanvre. Suivant le docteur Blaschko, l'application, matin et soir, d'une pommade préparée avec 10 centigrammes de bcluomale de potasse et A grammes d'axonge fait disparaître, en trois ou quatre semaines, les productions verruqueuses les plus invétérées. Je l'ai expérimentée sans succès chez une jeune fille qui offrait un chapelet de verrues sur le bord libre des quatre paupières, la paroi cutanée de ces voiles en présentant, en outre, sur d'autres points, un très-grand nombre. Quelques oculistes conseillent la cautérisation avec les acides sulfurique et nitrique, le beurre d'antimoine, etc. Le docteur Carron du Villards dit avoir eu recours avec succès à un procédé qui consiste à enfoncer au centre de la verrue une longue épingle, analogue à celle des entomologistes. L'on approche de la tête de l'épingle la flamme d'une- bougie, jusqu'à ce qu'elle soit devenue rouge cerise ; bientôt la tumeur se flétrit, se crerce, et quand on retire la tige métallique, elle s'arrache avec elle, laissant un petit enfoncement qui se cicatrise avec facilité. Enfin la ligature à l'aide d'un fil ciré, d'une soie ou d'un crin, que l'on serre progressivement, de manière à interrompre toute circulation nutritive dans la tumeur, constitue un procédé populaire qui n'est applicable qu'aux verrues pédiculées. Nous le voyons conseillé par Maître-Jan, Saint-Yves, et presque tous nos auteurs.
Les moyens qui viennent d'être énumérés ne valent pas l'extirpation avec l'instrument tranchant. Si l'excroissance est munie d'un pédicule, on fait tendre par un aide la peau sur laquelle elle est assise, on saisit la tumeur avec une pince, on l'attire à soi, puis on la retranche d'un seul coup, le plus près possible de sa base, avec les ciseaux courbes sur le plat. L'hémorrhagie arrêtée, on touche la petite plaie avec la pierre infernale; la cicatrisation a lieu bientôt et sans récidive. Il faudrait, si la verrue était plate, en circonscrire la base par deux incisions semi-elliptiques, l'enlever avec le bistouri et réunir, autant que possible, la solution de continuité par première intention, opération dans laquelle on ne doit pas perdre de vue le danger d'un ectropion par le raccourcissement que subit la face externe de l'organe. C'est avec des ciseaux que fut extirpée l'excroissance cornée dont il a été question plus haut; la plaie fut ensuite cautérisée avec le nitrate d'argent. La guérison eut lieu au bout d'une quinzaine de jours, et deux années après, il n'y avait pas trace de récidive.
Article 4. — Grêlon (grain de grêle, gbando, hordeolum induiutum).
caractères anatomiques et physiologiques. — On entend généralement par ces dénominations le résultat d'un orgeolet, qui, troublé dans sa marche accidentellement ou par des essais intempestifs de résolution, ne s'est terminé ni par cette dernière voie, ni par suppuration ; alors, le paquet de tissu cellulaire altéré se transforme en une masse indolente qui peut contracter à la longue une du-
' Le grêlon est appelé par quelques auteurs chalaze ou chalazion, expression par laquelle d'autres oculistes désignent les kystes palpébraux dont nous parlerons à l'article 6.
858 LIVRE III.— MALADIES DES ANNEXES DE l'œil.
reté très-considérable. Il apparaît au bord palpébral sous forme d'une tumeur irrégulièrement arrondie, de la grosseur d'un grain d'orge a celle d'un petil pois, et ordinairement sans changement de coloration aux téguments, quand le mal a une origine ancienne. L'on voit parfois deux nodosités semblables placées l'une à cùtc de l'autre, comme les grains d'un chapelet. La plupart des turaeuw marginales qu'on prend pour des kystes ne sont que des grêlons ; sauf le milium et les phlyetènes des paupières, les tumeurs cystiques n'occupent presque jamais le bord libre de ces voiles.
traitement.— Bien que le grêlon puisse être presque constamment supporté toute la vie sans aucune gêne, j'ai vu des tumeurs de ce genre qui faisaient assez de saillie vers le bulbe pour incommoder le malade. Cette circonstance et le désir qu'ont quelques personnes d'être délivrées d'une telle difformité son! cause qu'on est quelquefois dans le cas d'en entreprendre le traitement. La matière qui forme. le grêlon est d'ordinaire tellement consistante, tellement compacte qu'il est presque toujours impossible d'en obtenir la résolution par des agents purement pharmaceutiques. Toutefois, avant d'en venir à un expédient opératoire chez les personnes qui répugnent à s'y soumettre, on ne risque rien de prescrire des frictions avec des pommades mercurielles ou iodurées, qui peuvent être additionnées de camphre, d'extrait de ciguë, etc. Dans le] principe, d'après Beer, on se contentera de frotter la tumeur, très-souvent dans la journée, avec le doigt ; plus tard/on fera des frictions avec l'eau de Cologne ou d'autres teintures aromatiques, qui seront ultérieurement remplacées par l'ammoniaque, et, en dernier lieu, par la teinture affaiblie de cantbarides. Après chaque friction, la production morbide sera couverte d'un petit emplâtre préparé avec parties égales de diachylon et d'emplâtre de ciguë, et qui restera à demeure jusqu'à la friction subséquente. Ces essais, dit-il, peuvent avoir un double résultat. Tantôt le grêlon se ramollit graduellement, et son volume diminue jusqu'à ce que la résolution soit complète ; tantôt la tumeur s'échauffe, rougit, devient sensible et plus grosse qu'elle ne l'était auparavant, phénomènes qui indiquent un travail phlegmasique profond et la transformation du grêlon enorgeolet. L'homme de l'art secondera cette tendance à la suppuration par des cataplasmes émollients et des agents maturatifs.
Au lieu de fatiguer l'organe visuel par ces essais, si souvent stériles, il sera généralement préférable d'attaquer le mal par des moyens chirurgicaux. Le grêlon offre-t-il un petit volume, on l'ouvre transversalement avec la lancette, et on le cautérise avec un crayon cflilé de pierre infernale. Les cautérisations sei'ont réitérées, au besoin, les jours suivants. Si la protubérance a des dimensions plus fortes, on peut en effectuer plus ou moins radicalement l'extirpation avec le bistouri. On aura soin de ménager le tarse, pour éviter une déformation du bord libre. Dans quelques cas, dès que le tubercule a été fendu par l'instrument tranchant, son contenu peut être facilement éliminé avec la curette. La précaution de loucher le fond de la solution de continuité avec le caustique est surtout avantageuse quand on a laissé en place une portion notable de l'excroissance. Uosas, Weller, etc., recommandent de considérer le grêlon comme