CHAPITRE 11. — MALADIES DES SOURCILS ET DES PAUPIERES
Le tubercule, disent-ils, faisant corps avec le tarse, il en résulte que, si vous voulez l'extirper en totalité, vous faites un trou au iibro-cartilage, et quand vous avez commencé l'opération par la peau, vous pouvez percer la paupière de part en part1.
M. Walton, qui s'est livré à des recherches spéciales, sous ce rapport, est arrivé à quelques conclusions dignes d'être connues2. Un peloton de substance sébacée endurcie seloge à l'intérieur d'un follicule deMeïbomius ; unequantiléde matière liquide, plus abondante que de coutume, est sécrétée autour de l'obstacle. Le follicule s'obstrue et s'entoure d'une substance iibro-plastique, qui distend, sous forme de kyste, la loge fibreuse destinée à contenir l'organe. La tumeur peut donc être regardée comme un kyste fibreux dense, à l'intérieur duquel existe une couche de tissu fibro-plastique, abondamment pourvue de vaisseaux qui lui sont fournis par la tunique fibreuse. L'intérieur de cette seconde enveloppe est doublé par une troisième, pellucide et mince, qui contient un fluide puriforme, composé de globules de pus et de cellules d'épithélium chargées de graisse, et au centre duquel on rencontre une pelote arrondie de matière sébacée. On lit dans la onzième édition du Dictionnaire de Nysten, annotée par les docteurs Ch. Robin et E. Litlré, que le chalazion est constitué par des éléments fibro-plastiques et plus souvent par des cyloblastions, de la matière amorphe, du tissu lamineux et des vaisseaux. Souvent, ajoutent les annotateurs, son centre offre un petit kyste provenant d'une glande ou d'une portion de glande de Meïbomius.
Qu'elles soient superficielles ou profondes, les tumeurs dont il est question dans cet article ne causent pas de douleurs, mais donnent lieu aune difformité désagréable, quand elles ont acquis un certain développement. Elles peuvent gêner le jeu du voile qu'elles affectent, en modifier la direction naturelle, et s'opposer à ce que le bulbe puisse être largement démasqué, lorsqu'elles occupent la paupière supérieure.
J'ai donné des soins à un homme qui portait quatre tumeurs tarsiennes à la paupière supérieure gauche, trois à la paupière supérieure droite et deux à la paupière inférieure de ce côté. Cet homme était depuis longtemps atteint de gastro-entérite. Je dois ajouter néanmoins que je n'ai pas trouvé dans ma pratique la confirmation de l'opinion de M. Mackenzie qui avance que les personnes affectées de ce genre de tumeurs présentent le plus habituellement un dérangement des voies digestives, Je les ai vues surgir à la suite de couches. Abandonnées à elles-mêmes, elles peuvent rester stationnaires, passer à la résolution par l'absorption de leur contenu, se vider par la face interne de la paupière ou se terminer par suppuration, la masse désorganisée s'évacuant le plus souvent avec le pus du côté de la paroi muqueuse. Il n'est pas rare, dans les deux derniers cas, qu'un petit fongus vasculaire surgisse consécutivement du
i Dupuytreu :i vu une femme chez qui, à la suite de l'enlèvement d'une tumeur de ce genre, la paupière était perforée, de telle sorte que, même dans son abaissement complet, la malade voyait fort bien par cette ouverture. (Dupuylren, Leçons orales.)
5 Annales d'oculistique, t. XXXI, p. ISo.— Archives d'ophlhalmoloyic , t. III, p 1o7.
8(i2 LIVRE m. — MAI.ADIKS liKS ANNBXBfl DE l'œil.
fond de la partie affectée et vienne l'aire saillie vers la lace interne de la paupière. J'ai entendu dire à M. Velpeau qu'une dame, cpi'il devait opérer de dew tumeurs de ce genre, fut prise d'une pneumonie, pendant laquelle elles disparurent d'une manière complète et durable.
traitement. — Kystes sous-cutanés. — Quand ils sont récents et d'un p'etil volume, on peut en tenter la résolution par quelques-uns des topiques dont il géra question tout à l'heure. Ces remèdes échoueront presque toujours, d'où la nécessité d'effectuer l'extirpation. Pour la pratiquer on fait, au-devant du kyste, une incision transversale qui, n'intéressant que la peau, se prolonge, tant a droite qu'à gauche, au delà des bornes du corps morbide., CèlifiUei ayant été découvert, on y implante un crochet ou une pince-érigne; rien n'est aisé, dès lors, comme de détacher la tumeur de ses adhérences et de l'extraire. L'introduction préalable de la pince-anneau de M. Desmarres (pl. IV, fig. •]) facilite beaucoup cette extirpation, comme celle des tumeurs plus profondément placées. Elle assure l'immobilité du voile, fournit un plan fixe au chirurgien, prévient la blessure du globe, empêche ou diminue l'écoulement sanguin si gênant dans de telles tentatives. Cet excellent instrument est une pince ordinaire dont les mors sont remplacés par une plaque et par un anneau, tous deux de forme ovale. Une vis de rappel rapproche de la plaque la partie [fenêtrée de la pince! La plaque ayant été glissée -sous le voile, dont la peau a été préalablement tendue, il suffit de frapper du bout du doigt la vis de rappel, pour que la paupière soit serrée entre les branches; la pression, d'ailleurs, peut être graduée comme on le désire. La tumeur est-elle peu volumineuse, on se contentera de n'introduire derrière la paupière que le tiers ou la moitié de la plaque; une pince, munie d'un anneau plus petit que celui de l'instrument de M. Desniarrcs, m'a paru souventfort commode. Dans la modification de M. J . Ansiaux (pl. IV, tig. 2), la forme ronde de l'anneau et de la plaque a remplacé la disposition ovale, les branches étant entre-croisées de telle sorte qu'elles s'écartent dès qu'on les presse et se rapprochent quand elles sont livrées à elles-mêmes.
2° Tumeurs sous-musculaires . — Bien que les agents phiiimacologiques ne nous aient qu'exceptionnellement réussi et ne nous inspirent guère de contiance contre cette sorte de tumeurs, nous pensons que, si elles ne sont pas invétérées et lorsque le malade surtout se refuse à l'application de ressources d'un autre ordre, l'on peut tenter l'emploi de quelques topiques. Nous ferons toutefois observer qu'on a cru, dans un grand nombre de cas, à une terminaison par résolution, tandis que la tumeur s'était vidée par un permis du côté de la face interne de la paupière.
Boyer employai L les fomentations souvent répétées avec une solution aqueuse de chlorhydrate d'ammoniaque cl un emplâtre composé d'un mélange d'eniplàtre de savon et de diachylon gommé. « Lu mettant de la persévérance, dit-il, dans l'usage de ces moyens, nous sommes parvenus plusieurs fois à faire disparaître des tumeurs de cette espèce, (pic leur volume paraissait rendre peu susceptibles de se résoudre. » Demours prescrivait de frotter, malin et soir, la partie alfcclée, avec un mélange de salive et de sel marin pulvérisé finement, l^c procédé suivant paraît lui avoir réussi. On lait fondre 3 ou & grammes de savon