CHAPITRE 11.— MALADIES DES SOURCILS ET DES PAUl'lÈKES
blanc dans 250 grammes d'une forte infusion de fleurs de sureau et de rnélilot; ie malade trempe dans cette solution très-chaude une petite éponge, qu'il appuie sur la paupière, répétant cette manœuvre dix ou douze fois de suite, et la réitérant deux ou trois fois par jour. Les topiques, que nous conseillons le plus souvent, sont l'onguent napolitain camphré et des pommades contenant le calomel, l'oxyde noir de cuivre, le sel ammoniac. Une préparation composée d'iodure de potassium, de camphre', et d'extrait de ciguë, de chaque 50 centigrammes pour 10 grammes d'axonge, nous parait digne d'être recommandée. Quelle que soit, d'ailleurs, l'efficacité de ces pommades, nous invitons le malade à s'en servir souvent, en frictions très-énergiques sur la face externe de la paupière affectée, comptant plus, dans l'espèce, sur la rupture de la tumeur en dedans que sur la vertu résolutive du remède.
Les deux principales ressources opératoires que l'art nous indique sont les caustiques et l'extirpation du produit morbide.
Caustiques.— On peut presque constamment détruire jusqu'aux derniers vestiges de la protubérance, en la fendant largement avec la lancette, en la débarrassant de son contenu par expression ou avec la curette de Daviel, et en promenant au fond de la plaie un crayon délié de pierre infernale (p. 1 93). J'attaque le plus habituellement la paupière supérieure par la peau, et la paupière inférieure par sa paroi muqueuse, en enfonçant profondément le doigt dans l'orbite, sous le voile, pour faire saillir la tumeur. On aura soin de mettre le globe à l'abri des atteintes du caustique par les expédients déjà signalés. C'est pour arriver plus sûrement à ce but que le docteur Malcorps (de Louvain) a proposé l'emploi d'un stylet, dont on a préalablement couvert le bouton d'une couche mince de nitrate d'argent. Après avoir fait fondre une petite quantité de ce sel, on y trempe le bouton de la tige métallique. La couche de pierre infernale s'y attache mieux, quand on a rendu la surface du bouton inégale et rugueuse.
Lorsque le malade répugne à l'intervention de l'instrument tranchant, on peut, d'après Demours, porter sur la peau, avec un brin de paille, une goutte d'acide nitrique, dont on réitère l'application les jours suivants, jusqu'à ce que le kyste soit ouvert. On le vide alors de son contenu, avec une curette ; puis, on introduit, toutes les vingt-quatre heures, dans la cavité morbide, un peu de charpie enduite d'onguent digestif, et chaque fois qu'on change l'appareil, on touche le fond de la plaie avec le même acide. Ce procédé défectueux, dont une vieille pratique de Woolhouse parait avoir donné l'idée *, ne vaut pas la peine d'être réfuté.
Dans le cas où un kyste profond se manifestait par une tache jaunâtre à la paroi interne de la paupière supérieure, Dubois et Béclard touchaient fortement ce point aminci avec l'extrémité très-déliée d'un crayon de pierre infernale, et attendaient que le contenu de la coque morbide se fit jour au dehors, par l'ouverture résultant de la chute de l'escarre, ce qui arrivait habituellement au bout de quelques jours. Ce procédé leur a valu plusieurs succès.
Extirpation. — 1° Manuel opératoire à la paupière supérieure. — L'adhérence
Consultez Jungkeu, Autjenopcrulioncn, p. '174.
864 LIVRE M. — HA I.A 1)1 US DES ANNEXES DE l'<BIL.
intime de la tumeur au tarse nous impose l'obligation de ne L'enlever que partiellement, précaution sans laquelle on endommagerait gravement le (ibro-cartilagc. L'on fend en travers la peau et le muscle orbiculaire avec le bistouri, l'on accroche la niasse morbide comme il a été indiqué ci-dessus, on l'isole suffisamment des tissus limitrophes, et on la retranche avec les ciseaux courbes sur le plat, au niveau de la surface antérieure du tarse. L'introduction préalable de la pince-anneau détermine la saillie plus prononcée de la tumeur, et rend la manœuvre on ne peut plus expéditive. J'ai toujours vu Rosas et Jaeger père placer derrière la paupière la palette de l'élévateur (pl. I, lig. 2). Le pansement consiste à rapprocher les lèvres de la division et à les maintenir dans cette situation avec une ou deux bandelettes de taffetas d'Angle terre (p. 184). Lorsque l'opération a été bien faite, le petit lambeau resté au sein de l'organe s'atrophie, contracte de nouvelles adhérences, et la cicatrice s'établit sans difformité.
Il est rare que, dans la condition qui nous occupe, l'excroissance puisse être commodément attaquée par la voie conjonctivale. On peut établir que, dans la généralité des cas, il faut enlever par la muqueuse les tumeurs tarsiennes de la paupière inférieure, tandis qu'il y a lieu d'extirper par la peau celles du voile supérieur. L'opération ne laisse après elle aucune trace apparente de la lésion qu'elle a nécessitée, quand le voile a été attaqué par sa paroi interne; faite par la peau, elle ne donne lieu qu'aune cicatrice linéaire, visible à peine, et qui se perd dans les plis des téguments.
2° Manuel opératoire à la paupière inférieure. — Bien qu'il soit très-facilité par l'enfoncement du doigt dans l'orbite, le long du plancher de celte cavité, de manière à ramener la protubérance au-devant de ce doigt, je préfère encore la pince fenêtrée, mais appliquée dans un sens opposé à celui de la manœuvre précédemment décrite. Je place, dans ce cas, l'anneau contre la paroi interne de la paupière inférieure, la plaque correspondant ainsi à la face cutanée; j'imprime un mouvement de rotation à la vis de rappel pour rapprocher l'une de l'autre les extrémités de la pince ; le voile ayant été bien enclavé, je le retourne en portant en avant l'anneau. La tumeur se présente au chirurgien saillante et bien circonscrite. On confie alors l'instrument à un aide. Le reste de l'opération consiste : 1° dans l'implantation d'une double érigne (pl. I, fig. 7) au sein de la conjonctive et de la tumeur sous-jacente; 2° dans deux incisions semi-elliptique, l'une au-devant de l'érigne, l'autre derrière cet instrument . qui se trouve ainsi au milieu d'un fragment conjonctival ovalaire; 3° dans la dissection de l'excroissance en avant et en arrière, jusqu'à ses racines. On termine en coupant celles-ci avec le même bistouri ou avec des ciseaux courbes sur le plat. La crainte d'un entropion déterminé par l'ablation d'une petite partie de la mem brane interne de la paupière est chimérique. J'ai opéré plus de cent tumeurs tarsiennes par ce procédé, et je n'ai jamais constaté cet accident.
Procédés divers (séton, ponction, énucléation). — Quelques praticiens disent avoir obtenu des guérisons en passant à travers la tumeur un corps étranger, qu'on laisseen place, en guise, de séton. Le 11 1 dont Mauchart traversait les loupes palpébrales était enduit d'une pommade irritante. Demours a eu recours, dans ce but, à une aiguille qu'il appelle séton métallique. Dans les circonstances les