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CHAPITRE II. — MALADIES DES SOURCILS ET DES PAUPIERES. 8t

plus heureuses, la matière que la tumeur renferme s'écoule peu à peu par les ouvertures qu'entretient la présence du corps étranger; la poche s'affaisse graduellement et s'oblitère par l'inflammation et la soudure mutuelle de ses parois. Ce moyen, presque constamment infidèle, est généralement banni de la pratique.

Lorsque le tarse offre vers sa partie muqueuse un point ramolli, il arrive quelquefois qu'on parvient à triompher de la tumeur adjacente en effectuant dans cet endroit une ouverture avec la lancette ou avec un bistouri étroit et pointu. Ce procédé, qui est loin d'être infaillible, nous a réussi. Il tend, mais d'une manière plus expéditive et plus certaine, au même but que celui de Dubois et de Béclard. J'ai guéri un grand nombre d'enfants par une simple ponction de la protubérance en dedans. C'est peut-être le meilleur procédé qui puisse être recommandé à cet âge.

M. Faber, ancien aide du professeur Arlt, nous a dit qu'il avait vu souvent ce praticien manœuvrer de la manière suivante, tant à la paupière supérieure qu'à la paupière inférieure. La tumeur est ouverte, par une seule incision, du côté delà conjonctive palpébrale, d'arrière en avant, et non transversalement, comme on le pratique le plus habituellement; puis on la vide vers l'œil par une forte compression bilatérale avec les doigts ou avec des pinces. M. Malgaigne fend la peau par une incision longue d'un centimètre environ et parallèle au bord libre delà paupière1, ouvre le kyste, puis en évacue le contenu au dehors à la faveur de pressions exercées, tant en arrière qu'en avant, par des pinces, dont une branche est appliquée sur la paroi cutanée et l'autre sur la paroi muqueuse de la paupière.

Article 7.— Macules safranées des paupières (vitiligo des paupières

de M. Mackenzie).

La qualification de macules safranées, que nous donnons à cette disposition anormale, nous paraît devoir être préférée, provisoirement au moins, à celle de taches lipomateuses sous laquelle elle a été désignée. La première expression sera éternellement exacte, puisqu'elle ne s'adresse qu'à un caractère physique extérieur, tandis que la seconde implique la connaissance intime d'une lésion dont l'essence est encore ignorée.

caractères anatomiques et physiologiques. — Les macules safranées se présentent sous forme de plaques indolores, de dimensions variables, d'un jaune de safran ou de rhubarbe, habituellement ovalaires, et apparaissant sur la paroi cutanée des voiles palpébraux. Pourvues d'un consistance un peu empâtée, elles forment de petites élevurcs, et sont, dans quelques cas, légèrement rugueuses à leur surface. Elles sont situées dans l'épaisseur delà peau, suivant M. MacEd/ zie ; 1 epiderme qui les couvre paraît sain ; d'autres parties du corps (paume des mains, doigts, coudes, etc.) peuvent ci être simultanément affectées On I rencontre le plus souvent sur la paupière supérieure, au voisinage du grand

1 Archives d'ophthalmoloyie, 1. 111, p. 155.

S()(i LIVRE III. — MALADIES DÈS ANNUXKS DE L IK I L .

angle; il n'est pas rare qu'elles existent des deux côtés de la lace. Il est digne de remarque, qu'où observe le plus fréquemment ces excroissances sur des personnes atteintes d'une maladie du l'oie et notamment de son hypertrophie. « Dans ce dernier cas, dit le docteur Sicliel1, nous les avons maintenues stalionnaires, ctmcme nous avons réussi aies dirninuerunpeu, à l'aide de moyens thérapeutiques indiqués par l'affection principale. Cette coïncidence avec l'hypertrophie du foie, où l'on trouve cet organe comme infiltré d'une matière grasse, la couleur caractéristique et l'élévation de ces taches nous font supposer qu'elles sont formées par de la matière graisseuse. » M. Mackenzie dit également qu'elles accompagnent quelquefois la jaunisse, d'où la pensée que, connue certains cas de taches ou d'éphélides, dites hépatiques, elles sont susceptibles de se lier à une disposition morbide interne, à une lésion quelconque du foie ou des voies digestives.

11 nous a été donné de vérifier cliniquement l'exactitude des assertions précédemment exposées.

Observation XC1I. — Sur un cadavre qui sortait des salles du professeur Andral, j'ai vu avec le docteur Hûbseh, à l'amphithéâtre de la Charité, deux protubérances de ! la nature de celles qui viennent d'être décrites, et qui siégeaient, à chaque paupière supérieure, au-dessus du grand angle. Le malade venait de succomber à une affection hépatique.

Observation XC11I— Une femme, couchée dans le service de M. Cruveilhier, à l'hôpital delà Charité, m'offrit, en 1847, et à la paupière inférieure droite, non loin du sac, une tumeur de même aspect. La malade prétendit que cette disposition lui paraissait avoir pour source des étincelles qui avaient atteint sa figure, pendant qu'elle allumait son feu. Or, on la traitait pour une maladie du foie, et ses conjonctives montraient une teinte ictérique.

Observation XCIV. — Madame Ronchot , atteinte de conjonctivite et d'amblyopie (juillet 1 850) présentait sous chaque sourcil, non loin du grand angle, une vaste plaque ambrée formant relief. La malade me dit que les productions pathologiques, dont l'origine remontait à dix ou douze années, devenaient par intervalles le siège de picotements très-vifs; elle était sûre, dès lors, d'en voir accroître le développement. Elleétnu suiette à la constipation; ses membres, les régions circuni-orbilaires, etc., offraient parfois une coloration ictérique. J'appris de son mari, en 1857, qu'elle était morte d une affection de foie.

Observat.on XCV.-Madame Saunis (février 1853), qui montrait cette même disposition aux deux paupières droites , était souvent tourmentée par des maux d estomac ; ses digestions étaient pénibles; elle éprouvait de fréquentes douleurs dans la reg.on des lôLbes. Cette femme annonça que ces taches cutanées existaient également chez sa sœur et sa nièce. C'est, me dit-elle, un apanage de famille.

Non-seulement le contenu de ces tumeurs n'a point encore été analysé mais leur description elle-même n'existe dans presque aucun traité d ophthaImolog.c.

1 Annales d'oculisliquc, t. XV, p. 234.

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