CHAPITRE II.— MALADIES DES SOURCILS ET DES PAUPIERES. X
radicale du mal et aux mutations qui doivent probablement résuUer de l'application de tel ou loi moyen, quant à l'attitude «lu voile affecté.
1° caustiques.— La poudre (lu frère Côme, celle de Rousselot, composée de sulfure de mercure, d'oxyde .l'arsenic, et de sang-dragon ont invoqué des succès. Nous préférons généralement l'intervention moins dangereuse du chlorure (le zinc pur ou sous forme de pâte de Canquoin. Quel que soit l'agent choisi, il faut éviter avec soin, pendant son application, la corrosion du bulbe, quand cet organe est sain. Une plaque de corne qu'on fait glisser derrière la paupière, la pinceanneau recommandée pour l'ablation des tumeurs tarsiennes, ou tout autre appareil protecteur conviennent d'après les cas individuels.
Observation XCVI. — Un musicien ambulant., qui portail des ulcères irès-élendus à l'une el à l'autre paupière, avec phlhisie du globe, fut soumis par moi à l'application du caustique de Vienne. Peu de temps suffit pour que j'obtinsse une belle cicatrisation, accompagnée d'un anchylobléphuron, si ce n'est au grand angle, où un permis livrait passage aux larmes. Une rechute milita pour l'extirpation simultanée des paupières et du bulbe, ce qui malheureusement ne prévint pas une récidive.
Le sulfate de zinc a été recommandé comme escharotique par M. Simpson (d'Edimbourg). Une pâte épaisse, préparée avec ce sel pulvérisé et de la glycérine, ayant été appliquée par M. Mackenzie sur un ulcère siégeant près du grand angle de l'œil l, on constata le lendemain qu'elle avait presque complètement détruit les bords calleux de la plaie devenue d'une belle couleur rose. Ce moyen n'avait d'ailleurs été suivi que de peu de douleur. A la suite de deux ou trois autres applications, on laissa la plaie se cicatriser. Un mois suffit pour la durée de la cure.
Fie. 25.
2° extirpation avec l'instrument tranchant. Opération par l'incision en V (fig. 25; A). — El le consiste dans deux sections obliques qui, partant de la marge ciliaire de la paupière, se joignent sous un angle plus ou moins aigu, vers le bord adhérent de l'organe, en comprenant dans leur écartement toute la partie dégénérée. Comme elle offre le bénéfice de la réunion par première intention, on doit y recourir toutes les fois que les conditions pathologiques en permettent l'application, c'est-à-dire quand le mal ne s'étend pas assez, dans le sens du diamètre transverse de la paupière, pour qu'il soit impossible, après l'extirpation
1 Annales d'oculistique, t. XLIU, p. 112.
du lambeau, d'affronter les lèvres de la solution de continuité, en les rapprochant suffisamment l'une de l'autre.
L'espérance de faire convenablement cicatriser, par la suture, les deux branches d'une incision en V ne saurait se réaliser ici dans la pensée de Bégin et Sanson, et elle doit être conséquemment bannie de la pratique. Nous avons vu trop souvent l'opération d'cclropion d'Adams et l'ablation en triangle de tumeur cancéreuses couronnées de succès et n'être suivies que d'une cicatrice linéaire, sans coloboma, pour que nous ne considérions pas comme inexacte la proposition mentionnée ci-dessus.
Les instruments nécessaires, pour l'exécution du procédé dont il s'agit, sont des pinces à disséquer et un bistouri convexe sur le tranchant. Les ciseaux peuvent être utiles vers la fin de la manœuvre. 11 sera toujours très-commode de fournir au couteau un point d'appui sur la palette de l'élévateur (pl. I, fig. 2), qu'on engage entre le bulbe et le voile affecté. On peut encore tailler le V avec des ciseaux droits bien tranchants et à pointes mousses ou avec ceux en bec de grue (ph IV, fig. 3), et en s' aidant de pinces. Dans tous les cas. les deux sections par lesquelles on cerne la région malade intéresseront toute l'épaisseur de la paupière, en tombant sur les tissus sains, qu'on ménagera néanmoins le plus possible. Dans lasuture, les épingles traverseront le tégument externe et les lèvres des deux lambeaux restants du tarse.
Opération par l'incision semi-lunaire (même figure; B). — Elle est plus particulièrement applicable aux.cas où le mal ayant rongé une portion très-étendue en largeur du bord libre, il y a lieu de penser que les lèvres de la plaie, qui doit résulter de son extirpation, seront trop distantes l'une de l'autre pour qu'une réunion immédiate soit exécutable. Pour effectuer cette résection avec le bistouri, on commence par établir derrière la paupière la plaque de l'élévateur, puis on extirpe les tissus affectés, en les contournant par une incision demicirculaire, dont la convexité regarde le bord adhérent du voile. Si l'on veut opérer avec les ciseaux courbes sur le plat, on enlève un lambeau figuré suivant le même mode, leur concavité étant dirigée vers la fente interpaïpébrale, et le bord libre ayant été saisi avec des pinces. On peut encore, au lieu de se soi n ir de ce dernier instrument, passer à travers la paupière deux fils, dont l'un correspond à l'angle externe et l'autre à l'angle interne de l'œil. L'opérateur, qui tient les ciseaux d'une main, saisit, de l'autre, l'une des ligatures, tandis qu'il confie la seconde à l'aide.
Dans les 24 ou 36 heures qui suivent l'opération, on pratiquera des fomentations réfrigérantes, auxquelles on substituera plus tard l'application d'un morceau de charpie anglaise enduit de cérat et soutenu par une compresse et le monocle. Bientôt le fond de La plaie se couvre de bourgeons; ses angles s'arrondissent et s'effacent; sa partie moyenne se comble aux dépens du corps de la paupière et des tissus limitrophes, double mouvement par lequel les divers points de la solution de continuité viennent se ranger sur une ligne moins courbe, plus égale et plus unie. Lorsque la cicatrice est achevée, il n'y a parfois d'autre difformité que celle qui résulte de l'absence des cils. Pour qu'il en solj ainsi, il faut que la perte de substance ne soit pas très-considérable, qu'elle ne