‹ Traité théorique et pratique des maladies des yeux [electronic resource]Chapitre 404 sur 501 · CHAPITRE II. — MALADIES DES SOURCILS ET DES PAUPIERES · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. — MALADIES DES SOURCILS ET DES PAUPIERES

dépasse pas, par exemple, la moitié de la hauteur de la paupière; dans le cas contraire, l'échancrure éprouvée par le bord libre no disparaît pas complètement. Chez quelques malades que j'ai opérés suivant ce mode, la cicatrisation était d'ordinaire accomplie au bout de quinze ou vingt jours.

Dupuytren, qui finit par renoncer à l'incision en V, pratiquait la section semi-lunaire, dans tous les cas d'affection maligne du bord libre des paupières.

Extirpation aux commissures (môme figure; C). — Toutes les fois que la dégénérescence est disposée de manière à pouvoir être comprise entre les branches d'une incision en Y, à base tournée vers l'œil, ou entre deux incisions semielliptiques, avec possibilité de reconstituer par la suture l'angle palpébral altéré, il faut procéder à l'extirpation suivant ce mode. On s'est vu obligé, dans d'autres circonstances, de faire cicatriser la plaie par seconde intention.

Quelques dévastations très-étendues peuvent réclamer l'application de procédés blépbaroplastiques dont il sera bientôt question.

Article 9.— Tumeurs érectiles ou télangiectasies des paupières.

caractères an atomiques et physiologiques. — Les voiles palpébraux peuvent devenir le siège de tumeurs constituées par une dilatation et un lacis inextricable de leurs vaisseaux capillaires, et dont les nœvi materni sont le plus communément le point de départ. Tantôt aplaties, tantôt plus ou moins saillantes, parfois moriformes, les télangiectasies cutanées, c'est-à-dire limitées à l'épaisseur de la peau, sont le résultat d'une dilatation anormale des capillaires du derme. Ces altérations, qu'il ne faut pas confondre avec les nsevi pigmentaires, ont d'ordinaire une couleur rouge ou violacée. Leurs dimensions et surtout leur teinte sont influencées par toutes les causes qui activent la circulation. Dans une seconde catégorie, le tissu sous-cutané est occupé par la lésion, d'où résultent des exubérances spongieuses, à large base, de diagnostic souvent obscur. On a donné le nom de mixtes à des tumeurs télangiectasiques qui intéressent la peau et le tissu aréolaire sous-jacent. Plusieurs sont orbito-palpébrales, c'est-à-dire ont pour siège et l'orbite et les voiles palpébraux. Une catégorie de ces productions morbides de texture principalement artérielle et qui, nées dans l'orbite, peuvent faire irruption vers les limites palpébralés de cette cavité, sont déjà connues du lecteur (p. 8L27).

Les attributs symptomatologiqucs de cette sorte de désordres appartiennent à la pathologie générale, ce qui nous dispense d'entrer dans de plus amples développements en ce qui les concerne.

traitement. — Une télangiectasie superficielle et ne faisant pas de progrès sensibles ne réclame pas l'intervention d'une opération véritable, mais il y aura lieu de tenter contre elle quelques expédients doux et simples dont l'efficacité a été démontrée par l'expérience Le pire qui arrive est qu'ils nient été stérilement mis en œuvre. La persévérance sera surtout ici un gage de réussite. On a vu d'ailleurs, des productions de ce genre disparaître à la longue par les seuls efforts de la nature.

I^e soin de maintenir sur la parie- affectée une bandelette enduite de collodioo

ou d'y étaler de deux jours l'un une couche de cette substance a parfois suffi pour amener la guérison, par suite de la rétraction et de la compression sollicitées dans la région de la tumeur1. Nous mentionnerons encore une solution très-concentrée de sous-acétate de plomb qui pourra être remplacée par le collyre huileux formulé page 149.

Le docteur Mangenot a fait connaître la puissance d'un moyen qui lui avait été indiqué par une personne étrangère à la médecine. Le doigt, préalablement humecté, est plongé dans de la poudre de nitrate de potasse, puis on fait avec le même doigt quelques onctions douces sur la partie affectée. Une éruption, analogue à celle de Yherpes labialis, est habituellement le résultat de cette application. M. Mangenot a vu, sur l'un de ses enfants, un nae vus congénital de la face disparaître au bout de huit jours. Les frictions n'étaient faites par la mère que durant le sommeil; on les pratiquait assez légèrement pour ne pas réveiller le jeune malade. Chez un sujet de douze ans, deux mois du même traitement réduisirent à une faible cicatrice une tumeur de 4 centimètres de diamètre et qui donnait lieu, par le frottement, à un suintement sanguin. On lit dans le Bulletin de thérapeutique (t. LVII, p. 141) que, sur trois malades soumis aux frictions nitrées par le docteur Tillieux (de Courtrai), deux guérirent d'une manière complète.

On a relaté quelques rares succès obtenus avec les applications de teinture d'iode. Un enfant, âgé de trois semaines, quand il fut présenté à M. Hutchinson, portait sur la face et sur d'autres parties du corps plus de 150 nœvi materai d'une teinte rouge vif, bien circonscrits et comme découpés à l'emporte-pièce. La médication ne consista que dans des onctions deux ou trois fois par jour avecune pommade iodée. L'on en constatait déjà les bons effets au bout de quelques semaines. Six mois après, il ne restait plus qu'une douzaine de taches qui s'évanouirent avec rapidité par des applications d'acide nitrique.

Il résulte de quelques données cliniques qu'on peut triompher de certaines télangiectasies superficielles en les touchant avec un pinceau imprégné de collodion caustique (4 grammes de deulo-chlorure de mercure pour 30 grammes de collodion). Solide et de deux millimètres environ d'épaisseur, l'escarre se détache habituellement au bout de quelques jours, et la guérison du noevus aurait lieu avec une cicatrice exempte de difformité.

Privées dans presque toute leur étendue d'un point d'appui solide, les paupières ne se prêtent pas à ce que la plupart de leurs tumeurs érectiles puissenl être combattues par une compression méthodique. Celle-ci u'esl applicable que quand la position de la télangiectasie vers l'une des commissures, ou vers quelque autre point de la périphérie extérieure de l'orbite, nous met à même de 1 tenir aplatie contre la région osseuse correspondante. Souvent stérile et lente en général, dans ses effets, elle agit en empêchant le sang d'affluer aux capil laires dont est composée la masse morbide qui, dans les circonstances les plu heureuses, s'affaisse et s'atrophie, sous l'influence de l'inflammation qui a soud entre elles les parois de ses aréoles vasculaires. Quelques exemples de succès

i BuMindelhèra-peutiqm, t. XXXVIII, p. «6; i. XL1I, p. 284.

Page 1