CHAPITRE I. — DIAGNOSTIC
de l'ophthalmoscopie, qui nous a fourni déjà un contingent précieux d'explications satisfaisantes. Nous en sommes même à ce point que la constatation de certaines manifestations fonctionnelles nous conduit fort souvent à celle, prévue d'avance, des altérations d'où elles dérivent. La myodésopsie, par exemple, dénote fréquemment la présence d'opacités dans le corps vitré. L'invasion d'une cécité soudaine ou d'un obstacle qui vient de se placer tout à coup dans le champ visuel mettra sur la voie d'un épanchement sanguin dans la région de la rétine. Une myopie, qui a subi une grande augmentation, au lieu de diminuer par les progrès' de l'âge, annonce généralement une scléro-choroïdite postérieure. La méropïe indique parfois un décollement de la rétine ; il y aura surtout lieu d'y songer, d'après M. de Graefe, quand l'obscurcissement occupe les parties supérieures du champ visuel, descend peu à peu et s'associe à une position oblique et à un brisement des objets. « Mon œil gauche, me disait un malade, est comme ombragé par une visière de casquette découpée à son bord, et qui couvre la moitié supérieure des corps que je regarde. »
La photophobie est le symptôme, peut-être, qui se montre le plus souvent à l'observation des oculistes. Elle doit être considérée comme le résultat d'une exaltation exagérée de la sensibilité spéciale du nerf optique et de la rétine. La cinquième paire et cette membrane ne sont pas non plus tellement étrangères l'une à l'autre pour que le premier élément nerveux ne communique pas au second une part de sa souffrance l. Ne peut-on pas interpréter d'après ce mode la photophobie associée à la névralgie trifaciale et parfois même à une irritation des rameaux dentaires de la cinquième paire, par suite de la carie d'une dent ou d'une inflammation du périoste alvéolaire? Nous devons ajouter encore que la crainte de la lumière, si commune dans les ophthalmies des jeunes sujets, ne dénote pas pour nous une disposition scrofuleuse, mais indique un autre mouvement pathologique, qui sera mentionné tout à l'heure. Dans quelques cas, il faut admettre que la photophobie est le fruit d'une modification non inflammatoire, d'une condition purement nerveuse. Il est difficile de se rendre compte autrement de celle qu'on rencontre chez quelques femmes hystériques ou en proie à une grande susceptibilité nerveuse,' ou chez d'autres sujets, à la suite d'évacuations abondantes.
La photophobie nous montre une intensité variable. Dans le degré le moins élevé, la lumière ne donne lieu qu'à un peu de gêne et à une fatigue légère ; dans le degré le plus avancé, l'impression de ce fluide est très-pénible, douloureuse, et les paupières sont convulsivement serrées contre les globes. Entre ces deux degrés existent des nuances intermédiaires qu'il est aisé de prévoir.
On a dit que les sujets, qui avaient éprouvé de longues ophthalmies dans leur enfance, étaient très-prédisposés à devenir amaurotiques, quand ils commençaien t à appliquer leurs yeux, à une période plus avancée de la vie. Bien que notre expérience ne nous ait fourni que peu de preuves à l'appui de cette assertion, nous ne sommes pas éloigné de l'admettre. Qu'est, en effet, la photophobie,
«Tiedcmann, Ribes et d'autres analomistes admettent que des filets provenant des nerfs ciliaires traversent la choroïde, dans le trajet de ceux-ci entre celle membrane et la sclérotique, et se portent sur la rétine.
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compagne fidèle de la plupart des opbthftlmies dites scrofuleuses, si ce n'est |c résultat d'un désordre hyperslhéniquc des éléments nerveux de l'organe visuel? Celui-ci ayant été déjà longtemps alleclé, on conçoit qu'il doive être moins apte à résister aux influences morbiliques que des organes qui se trouvent dans des conditions opposées. Nous envisageons comme une pure création hypothétique la théorie qui explique la photophobie, dans un grand nombre d'inflammations oculaires, par l'étranglement delà rétine, sous l'influence de la phlogose et de la tuméfaction de la sclérotique. 11 me parait plus logique d'admettre que le mouvement pathologique qui siège dans la conjonctive, dans la cornée , dans tout autre tissu de l'œil, est susceptible de se communiquer, comme phénomène de voisinage, à la rétine, d'où la crainte de la lumière, vomie, pour ainsi dire, par ce réseau nerveux, de même qu'il peut se communiquer à la glande lacrymale, d'où l'épiphora. Et si la photophobie complique si fréquemment les inflammations des tissus oculaires superficiels , dans les premières années de la vie, c'est que la éoque scléroticale, beaucoup moins dense chez les enfants que chez les adultes, et assez mince souvent chez les premiers pour laisser entrevoir la coloration de la choroïde, permet, par cela même, à l'irritation extérieure de retentir avec plus de facilité sur les tissus internes de l'organe.
Le blépharospasme, uni à la photophobie , nous paraît dépendre d'un sentiment purement instinctif qui porte les paupières à se fermer pour empêcher la lumière de pénétrer dans la cavité du bulbe. On a encore invoqué une action réflexe de l'excitation rétinienne sur la portion dure de la septième paire et sur la cinquième, d'où la contraction palpébrale et une augmentation de la sensibilité tactile du globe et des paupières. D'après Burkard Eble, leur resserrement spasmodique, dans l'ophthalmie des nouveau-nés et dans d'autres affections du même genre, repose sur la sympathie qui existe entre la muqueuse enflammée et le muscle orbiculaire. Il s'expliquerait de la même manière que la toux dans l'irritation des bronches, l'éternument dans le catarrhe, le vomissement dans les concrétions bilieuses, la rétraction testiculaire dans les calculs de la vessie.
Nous sommes journellement consulté par des sujets qui se plaignent d'éprouver une sensation de gravier derrière les paupières ; parfois elle se continue longtemps à la suite de l'opération de la cataracte, et dénote, quelle qu'en soit la cause, une turgescence des vaisseaux conjonctivaux, qui agissent comme des corps étrangers. La douleur, dans les phlegmasies oculo-palpébrales, siège tantôt dans l'organe phlogosé, tantôt dans les régions voisines, souvent dans ces deux parties en même temps. Des élancements douloureux, se propageant dans la branche frontale et quelquefois dans toutes les ramifications de la cinquième paire, indiquent généralement une souffrance des tissus internes de l'organe et surtout de l'iris. Il est digne de remarque que les crises douloureuses, qui dérivent d'une iritis, surgissent principalement à la brune, puis se continuent jusqu'à minuit et souvent jusqu'au malin, de telle sorte que le malade est privé des douceurs du sommeil. Cardez-vous de confondre une iritis avec une névralgie intermittente de la cinquième paire, à accès revenant le soir.