CHAPITRE II,— MALADIES DES SOURCILS ET DES l'A U1M i:UKS
niques, et même clans les inflammations les plus bénignes. On conçoit avec quelle facilité ces poils doivent se porter vers le globe, quand ils sont humectés par les larmes, agglutinés par du mucus et déjetés par des matières desséchées à leur base, sous forme de croûtes. L'on rencontre parfois cette première variété, qui est exempte de gravité, chez les malades qui se couchent sur le visage, pendant le cours d'une ophthalmie.
Dans la seconde, les tiges ciliaircs ne sont recourbées en dedans que parce qu'elles s'échappent vicieusement du sol d'où elles émanent, soit que le bulbe pi li 1ère se soit dévié de manière à présenter son orifice à l'oeil, soit que le poil se soit frayé une route insolite, par suite d'un obstacle survenu dans sa voie naturelle. Les causes les plus communes de cette variété morbide sont les blépbarites de date ancienne, avec déformation du bord palpébral par des engorgements, des hypertrophies, des cicatrices, des callosités, etc. 11 faut tenir compte aussi d'un degré plus ou moins élevé de rétraction conjonctivale qu'un long travail phlegmasique a pu faire naître. L'on trouve souvent les cils dégénérés dans la trichiase (p. 851); des poils sains et des poils malades introversés émanent, dans un grand nombre de cas, d'un même sol pilifère.
Les sujets atteints de cette cruelle infirmité éprouvent constamment le sentiment pénible et douloureux auquel donne lieu la présence de corps étrangers dans l'œil. L'épaississement panniforme de la cornée en est l'une des suites les plus communes; l'obscurcissement est quelquefois limité à la moitié supérieure ou inférieure de cette tunique, suivant que la déviation existe en haut ou en bas. J'observe souvent des facettes, des ulcérations à la cornée ayant pour point de départ un ou plusieurs cils déviés et exactement accolés à la partie affectée du miroir. Implanté dans le conduit lacrymal supérieur droit et tourné vers l'œil, un cil donnait lieu à un état permanent de phlogose, chez Canuel, l'un de mes malades. Je l'arrachai et le trouvai muni d'un bulbe. Un bon nombre de phlegmasies oculaires ne sont rebelles que parce qu'elles sont entretenues par un trichiasis et que le traitement, au lieu d'être dirigé contre ce dernier, ne l'est que contre les maux qui en dérivent.
Il est une disposition susceptible de produire un mouvement fluxionnaire vers l'œil, et plus particulièrement le larmoiement, et que je ne trouve mentionnée dans aucun auteur : je veux parler de ce qui peut être désigné sous le nom de trichiasis du grand angle. On sait qu'entre les points lacrymaux et la commissure palpébrale interne, les cils ne sont constitués que par quelques poils rudimentaires et visibles à peine. Or, il peut arriver qu'existant plus ou moins nombreux et anormalement développés, ils soient déviés vers le globe et l'irritent d'une manière permanente. Leur contact avec les fluides qui viennent affluer au réservoir doit les prédisposer, d'ailleurs, à se recourber avec facilité. Tel était le cas d'un habitant de Carcassonne, au teint brun et aux cheveux noirs qui m'a été adressé par M. Page, pharmacien de Paris. L'incommodité dont il était affligé l'avait déterminé à se faire poser un vésicatoire au bras. A l'œil droit où il n'yavaitquedc répbiphora, j'arrachai deux longs cils introversés qui étaient logés entre les points lacrymaux et l'angle interne, tandis qu'à l'œil gauch< . où il y avait et du lani.oieme.it et une accumulation assez considérable^ mucus
890 LIVRE III. — MALADIES DES ANNEXES DE l'oîIL.
vers le sac, j'effectuai l'avulsion de sept ou huit cils implantés comme ceux qui précèdent.
L'existence d'une douhle rangée de cils, dont l'une conscne sa direction normale tandis que l'autre est inclinée vers l'œil, a reçu le nom de distichiasis. Quelques auteurs parlent encore d'un tristichiasis, et môme d'un tetrastichiasis, c'est-à-dire de la présence d'un triple ou d'un quadruple rang de cils plus où' moins déviés. Lassus rapporte, d'après Gleize, qu'une femme portait à chacune, des paupières, et depuis sa naissance, quatre rangées de cils qui ressemblaient à un sourcil. Elle perdit la vue, après avoir éprouvé les plus cruelles douleurs/ 11 est digne de remarque que, bien qu'ils semblent placés sur une seule ligne, les cils sont irrégulièrement implantés sur la lèvre antérieure du bord palpébral. Ceux qu'on trouve recourbés en arrière dans le distichiasis n'appartiennent pas à une rangée supplémentaire d'appendices pileux; ce sont les poils naturels qui ne sont inclinés vers le globe que dans la série la plus postérieure. Cette considération se rattache au tristichiasis, etc. Ne doit-on pas admettre encore la possibilité d'un déplacement de quelques bulbes ciliaires, sous l'influence d'une compression engendrée par une affection du bord libre et qui opère le refoulement de ces bulbes vers l'œil?
traitement.— Il arrive souvent que, par suite d'une blépharite ou d'une ophthalmie, quelques cils déviés et non associés à une implantation vicieuse peuvent être redressés à l'aide d'un stylet, de tout autre instrument mousse ou même avec le doigt. On les fixe, dans d'autres cas, avec le collodion, contre la surface cutanée voisine, et la nouvelle attitude qu'on leur imprime est apte à leur restituer leur direction primitive.
Ces autres ressources les plus propres à porter remède à la trichiase sont . \ 0 l'arrachement des cils ; 2° quelques moyens de redressement pour la plupart fondés sur les procédés chirurgicaux de l'entropion ; 3° l'excision d'une partie de l'épaisseur du bord palpébral ; 4° l'extirpation de ce dernier dans toute son épaisseur. Après avoir déterminé les indications qui les réclament et le mode suivant lequel on les applique, nous mentionnerons quelques autres expédients que les résultats favorables qu'ils ont produits, dans certains cas, rendent dignes d'être connus.
1° arrachement des cils. — L'instrument le plus usité pour exécuter cette avulsion est la pince représentée pl. 1, fig. 11. Chacune de ses branches si recourbe, à son extrémité libre, el aboutit à une surface plaie et cariée, qui se met exactement en rapport avec celle du côté opposé, quand les deux tiges sont rapprochées l'une de l'autre ; de cette manière, le cil s'enclave entre elles, dans une grande partie de son étendue, cl ne risque pas ou risque peu de se brisera délaisser, près de sa racine, un tronçon qui irriterait l'œil plus vivement que le poil tout entier et offrirait trop peu de prise pour qu'il put être facilement extrait. Rien n'est plus aisé, d'ailleurs, que l'avulsion des cils, qu'on est appelé à exécuter journellement. On fait asseoir le malade; on engage les pinces entre le pouce et l'indicateur de la main droite; on éloigne du globe, avec un doigt de la main gauche, le bord palpébral sur lequel on doit agir; on saisit les cils introversés, un à un et le plus près possible, de leur point d'implantation, et on