CHAPITRE II. — MALADIES DES SODUCILS ET DES PAUPIÈRES
ionctivale est alors effectuée, tant à droite qu'à gauche, jusqu'à ce qu'elle ait atteint la longueur de la plaie extérieure. Dans le second temps de la manœuvre, on introduit par la solution de continuité une petite érigne ou dos pinces fines, on accroche le bord inférieur du tarse, qu'on attire dans l'ouverture externe par un mouvement de bascule, sous l'influence duquel la paupière est redressée, puis on enfonce, à travers la partie médiane des deux lèvres de la plaie, une épingle qui doit traverser non-seulement le tégument externe, mais encore la marge inférieure du tarse et la conjonctive qui lui est adhérente. Tous ces tissus sont immédiatement enclavés dans une suture entortillée. Cela fait, on place, suivant le même mode, deux épingles latérales ou même quatre, pour que les lèvres de la division soient amenées à une coaptation parfaite. Les fils posés, on coupe, près des anses que forment ces derniers, les bouts des tiges métalliques. Dès que l'opération est achevée, on a recours à des fomentations réfrigérantes. Dieffenbach a remarqué qu'il se formait habituellement, dans le principe, un peu de suppuration, mais que cette circonstance ne nuisait pas au succès de la cure. Les premières aiguilles sont enlevées le troisième jour, et les autres vers le cinquième ou le sixième.
Nous avons entendu Jaeger exprimer sur le compte de ce procédé une opinion très-défavorable. Dieffenbach, Lisfranc1 et. quelques autres chirurgiens paraissent en avoir retiré des avantages à la paupière inférieure, sur laquelle il a été mis le plus souvent à exécution. Il se pratique en haut suivant les mêmes principes.
Procédé de M. Mirault, d'Angers {méthode par fusion temporaire des paupières).— Applicable aux cas d'extroversion par cicatrices bridées de la paroi palpébrale externe, ce procédé, qui a été exécuté pour la première fois par son auteur, en mai 18422, consiste: 1° dans la section des adhérences qui maintiennent les paupières captives; 2° dans la réunion de celles-ci par anchyloblépharon; 3° dans la rupture des nouveaux liens artificiellement créés, après la cessation probable de la rétraction modulaire. Cette méthode, dit M. Mirault, est fondée sur l'antagonisme de deux forces qui, agissant en sens contraire, se neutralisent réciproejuement. Les paupières, après l'opération, tendent à se renverser de nouveau, Tune par Je haut, l'autre par le bas. Si elles sont unies entre elles, pendant tout le temps que se fera sentir l'action inodulaire, la guérison des plaies pourra s'accomplir sans que les ectropions se reconstituent. Mais pour arriver au but désiré, il y aura lieu d'attendre un an au moins, avant de détruire l'anchyloblépharon. Le bénéfice de l'acte chirurgical serait à peu près perdu, sans celte précaution, puisque la cicatrisation des plaies faites aux voiles palpébraux les ramènerait graduellement à leur altitude vicieuse. M. Mirault ajoute que son expédient est destiné à remédier à l'extroversion simultanée des deux voiles; il peut s'appliquer, toutefois, au renversement d'une paupière seule.
Procédé de John France.— C'est l'application delà tarsoraphir (p. 904) à l'ec-
1 Gazelle médicale, année 1834, p. 827. * Annales d'oculistique, t. XXV, p. 122.
90(î LIVRE III. — MALADIES DES ANNIÎXF.K DK L'ŒIL.
tropïon <lc la paupière inférieure, qui reconnaît pour cause l'inactivité de l'or» biculaire, par suite d'uni1 paralysie de la portion dure de la septième paire. Parfois alors, et notamment dans les vieilles hémiplégies faciales, le voile inférieur s'alfaisse, devient immobile et se renverse en dehors, inclinaison favorisée par le boursouflement de la muqueuse qui tend à l'éloigner du glbbé. L'expédienl dont il s'agit provoque l'adhérence des deux paupières \crs l'angle temporal (anchyloblépharon partiel); mais il a moins pour but de diminuer la fente inter-j palpébrale que de placer sous la dépendance de l'élévateur de la paupière supérieure, que cette opération suppose intact, les fibres affaiblies de l'orbiculaire qui entrent dans la constitution du voile inférieur. Après avoir rafraîchi, par l'excision, les deux marges palpébrales vers l'angle externe, et dans une étendue plus ou moins considérable, on réunit par la suture les surfaces avivées. La nion ne tarde pas à s'accomplir par première intention. Dans quelques cas de ce genre, la difformité a été considérablement réduite.
Article 5.— Blépharoplastie.
La blépharoplastie ou Yanaplastie palpébrale est cette branche de la chirurgie réparatrice, qui a pour objet la restauration des paupières à l'aide d'un emprunt fait à des tissus plus ou moins éloignés de l'œil. Tantôt une paupière ou les deux voiles palpébraux sont détruits complètement ; tantôt la mutilation n'est que partielle. Les cas les plus favorables à cette restauration sont ceux où la maladie a respecté le bord libre et le cartilage tarse. Graefe père paraît être le premier qui ait pratiqué la blépharoplastie, en 1809.
méthode indienne. — Voici comment peut être caractérisé le procédé indien, imaginé, dès la plus haute antiquité, pour les réparations nasales : formation d'un lambeau à une petite distance de la partie mutilée; torsion du pédicule de ce lambeau, suivant son axe; formation, avec le pédicule, d'un pont placé audessus de la peau voisine de la solution de continuité ; section consécutive de ce pédicule.
Se propose-t-on d'appliquer cette méthode aux voiles palpébraux, on prend, avec un morceau de papier, le patron exact de la plaie qu'il s'agit de clore. Quand on a affaire aune lagophthalmie, cette plaie résulte de la section de la bride qu'on distingue à la paroi externe de la paupière. Cela l'ait, on trace, avec de I encre, le modèle du lambeau, sur le côté du front, si Ton opère à la paupière supérieure, sur celui de la joue, si l'on agit à la paupière inférieure, et l'on a soin, afin de parer aux effets de la rétraction, de fournir au fragment réparateur des dimensions plus considérables que celles de la brèche destinée à le recevoir. Puis on le taille, avec le bistouri, respectant, près de la plaie palpébrale, la portion étroite de peau qui doit constituer sa racine: on le dissèque avec précaution ; on le transporte vers l'œil, lui faisant exécuter un virement sur son pédicule; on le fixe enfin, par la suture entrecoupée, aux limites de la solution de continuité de la paupière. Les fils resteront en place pendant tout le temps que la nature emploie à l'agglutination des parties. Le pédicule est coupé, dès qu'on juge que les connexions nouvelles du fragment lui fourniront