CHAPITRE II. — MALADIES DES SOURCILS ET DES PAUPIERES
assez de sang pour qu'il puisse, sans autre secours, participer à la vie commune. Quant à la surface saignante d'où a été extrait Le Lambeau, on doit, autant que possible, en seconder la cicatrisation immédiate.
Telle est l'entreprise chirurgicale qu'en 1829, Jûngken engageait ses collègues à soumettre au creuset de l'expérience 1 . Les deux exemples qu'il rapportait à son appui 2 étaient peu laits pour édifier en sa faveur. Jûngken avoue que ces tentatives échouèrent complètement (m beiden Fallen misslang die Heilung ganzlich); aussi abandonna-t-il plus tard' la méthode indienne, pour adopter celle de Jae- «xer, dont il eut beaucoup plus à se louer. Le docteur Jobert paraît avoir été plus heureux, chez une femme dont il restaura le voile inférieur droit, à l'hôpital Saint-Louis, en avril 1835 3. Le pédicule du lambeau fut ici retranché trois semaines après l'opération.
Fis. 32.
Fig. 33.
méthode de fricke (fig. 32 et 33). — On Commence par rompre les brides modulaires qui maintiennent la paupière extroversée, ce qui doit être effectué d'une double manière. La cicatrice est- elle épaisse, dure, noueuse, on l'extirpe, en la circonscrivant par deux incisions semi-elliptiques. Est-elle mince et plate, on la fend par une section parallèle au bord ciliaire du voile, et qui doit être éloignée le plus possible de ce bord. Fricke fait observer que, bien qu'il soit désirable, sous le rapport de la mobilité future de l'organe, que l'on conserve intact le muscle orbiculaire, il ne faut point hésiter à le comprendre dans la division, quand il est intimement soudé à la cicatrice. La conséquence de l'acte préparatoire que nous venons de signaler est l'allongement normal de la paupière, sous l'influence du bâillement des lèvres de la plaie, allongement qu'il s'agit de rendre définitif, en comblant la solution de continuité par une pièce d'emprunt.
La figure 32 montre l'exécution du procédé de Fricke à la paupière supérieure. L'espace A, destiné à loger le fragment cutané D, ayant été préparé, et le voile ayant été déployé sur le globe et fixé dans cette position par un aide, on
1 Jûngken, Die Lehre vonden Augenoperationen. Berlin, 1829, p. 267.
2 Préface du même ouvrage, p. 9 et 1 0 .
» Cette opération est longuement décrite dans la Gazette médicale, année 1835, p. 405.
prend la mesure de la plaie, el l'on dessine le lambeau sur la tempe. Il doit être muui d'un ample pédicule et avoir, tant en longueur qu'en largeur, des dimensions plus fortes que celles de la solution de continuité palpébraïe. On le disposera de telle sorte que son bord interne tombe à peu près sur la queue du sourcil correspondant, et que son bord externe se prolonge un peu en bas et en dehors au point C. L'extension, que la lèvre externe reçoit dans le sens mentionné, a pour objet d'assurer au lambeau un virement facile, el de permettre qu'on effectue la coaptation, sans aucun froncement dans la pièce. Puis on taille le fragment, et on l'isole des surfaces sous-jacentes. Avant de le transporter au domicile qu'il doit occuper, on coupe le pont tégumentaire qui existe en B, et l'on y retranche autant de peau qu'il est nécessaire pour qu'on puisse imprimer au lambeau un libre mouvement de rotation sur son axe et fournir une place à son pédicule.
Le résultat de la manœuvre de Fricke est représenté fig. 33. B est le lambeau qui occupe sa position définitive, son bord interne ou antérieur ayant rejoint la lèvre inférieure de la plaie palpébraïe, tandis que la lèvre supérieure de celle-ci s'est mise en rapport avec le bord externe ou postérieur du fragment. La plaie qui l'a fourni existe en A ; elle offre à peu près la forme d'un triangle dont la base se trouve entre l'extrémité externe du sourcil et la partie correspondante du pavillon de l'oreille. La lèvre antérieure est plus courte que la lèvre postérieure. La première est presque verticale; la seconde se dirige obliquement de haut en bas et de dedans en dehors.
L'hémorrhagie arrêtée, on assujettit le lambeau par la suture entrecoupée, que Fricke recommande d'appliquer d'abord le long des limites supérieures. Il prescrit d'établir huit ou dix points de suture en haut, six ou huit en bas. La paupière est ensuite couverte de charpie mollette, que l'on soutient par des bandelettes agglutinatives.
Modification du docteur Gaillard (de Poitiers). Suture en pont. — Dans deux cas de blépharoplastie, pratiquée à la paupière inférieure et avec un grand succès par M. Gaillard (de Poitiers) l, le lambeau fut transversalement taillé au-dessus du sourcil, du côté de l'œil affecté, et la solution de continuité qui le fournit fut réunie par la suture entortillée. Ce qui particularise encore le procédé du docteur Gaillard est la suture, dite en pont. Pour l'effectuer, et nous supposerons ici une paupière inférieure détruite avec conservation d'un simple bourrelet muqueux vers l'œil, l'on traverse de bas en haut, avec l'aiguille à suture, la peau de la joue, à cinq millimètres du bord delà plaie; puis, passant par-dessus celle-ci, l'on perfore, de bas en haut, le bourrelet muqueux. On place ainsi trois fils, qui croisent la plaie, et sous lesquels on engage le lambeau. Une petite compresse ayant été établie entre ce dernier et les fils, on fixe à la joue et au front, au moyen de bandelettes, les extrémités de chaque ligature, qu'on a soin de bien tendre. On obtient de la sorte une application exacte, un contact parfait,
i Rapport sur la Chirurgie oculaire de M. Ch. Deval, présenté à la Société de médecine de Poitiers pur le docteur Gaillard, au nom d'une commission composée de MM. Quolard , de Morineau el Gaillard. (liullelin n» 4 3 de la Société de médecine de Poitiers, année 1847.)