CHAPITRE II. — MALADIES DES SOURCILS ET DES PAUPIERES
méthode de Jager, telle qu'il l'a modifiée. Une jeune fille, qu'il guérit par ^ ce procédé, avait les deux paupières droites tellement extroversées, par 1 e et a une chute, dans laquelle le côté droit de la face porta sur une plaque métallique incandescente, que les cils du voile supérieur touchaient au sourd, et que le bord libre du voile inférieur était descendu au niveau de l'arc osseux correspondant.
Observation C. - Un Alsacien, ouvrier mécanicien, fut admis dans le service de h-cr en juillet 1838. était affligé, à la paupière inférieure gauche, d'un ectropion plus prononcé en dehors qu'en dedans, et qui reconnaissait pour cause un raccourc.ssement de ce voile, avec adhérence à l'os malaire, par suite de carie. Jœger pratiqua la résection de la conjonctive palpébrale, devenue luxuriante; ce ne fut que plusieurs jours après qu'il attaqua plus directement l'extroversion. Je ne décrirai pas l'opération qui fut faite; je crois avoir mis mes lecteurs en mesure de la deviner; je dirai seulement que le V fut excisé du côté de la moitié externe de l'organe, et que c'est vers cet endroit que porta le décollement des parties molles infraorbitaires. Quelques semaines après, le malade quitta la clinique,fort content de son sort. Je le revis à l'Académie Joséphine le 21 décembre de la même année, dans l'état suivant : les deux tiers delà paupière, du coté du nez, jouissent de leurs dispositions normales; le tiers .externe seul se porte légèrement en dehors. Cette portion du voile est le siège d'une cicatrice cutanée qui est plate, presque linéaire, oblique de haut en bas et de gauche à droite. La région qu'elle occupe peut être élevée et déprimée à volonté, comme dans une paupière qui a toujours été saine. Le résultat a donc été admirable, puisque, d'une difformité hideuse il ne reste plus qu'une légère extroversion au petit angle. C'est pour cette dernière intimité que le malade vient de nouveau consulter Jaeger; il dit que les larmes s'écoulent quelquefois par là sur la joue, ce qui le gêne. Le professeur pensa que ce qu'il y avait de mieux à faire , c'était d'exciser un peu les tissus vers la commissure ' externe, et d'appliquer là un point de suture. J'ai simulé l'effet de cette opération, en pinçant transversalement entre le pouce et l'index un petit repli de la peau vers l'angle temporal; la paupière tombant faiblement en dehors, par suite d'un excès d'ampleur dans ce point, se redressait et obtenait son attitude naturelle. Telle était le peu d'importance de la difformité que Jaîger engagea le malade à ue se soumettre à aucune tentative.
Dans la méthode de Bonnet, le chirurgien est à même d'imprimer au bord libre de la paupière le degré de raccourcissement qu'il a en vue de lui faire subir, mais tout n'est pas là. Dans les extroversions très-développécs, la hauteur du voile affecté peut-elle être suffisamment allongée? Il est permis d'en douter. Quoi qu'il en soit, le chirurgien de Lyon affirme qu'en cas d'insuccès son procédé n'expose pas à l'aggravation de la difformité, avantage que sont loin de posséder la plupart des opérations blépharoplastiques.
- La méthode de Dieffcnbach est de toutes les créations de ce genre celle dont l'emploi est le plus susceptible d'extension ; elle se prête à presque tous les cas de mutilation des paupières, et ne présente guère de difficultés sérieuses, en ce qui concerne le manuel. Le pédicule du lambeau est pourvu d'une largeur suffisante, et le transport de ce dernier, sur le lieu* qu'il doit désormais occuper, s'effectue sans torsion ; nous avons vu qu'il se faisai t par un simple déplacement latéral, par une simple inclinaison du fragment. Serre reproche à ce procédé de créer une plaie pouf en fermer une autre; je conviens que l'inconvénient est
sérieux, et bien que M. Zeis considère une telle circonstance comme propice, la cicatrice, dit-il, qui se l'orme sur la joue ou la tempe, maintenant le fragment tendu, j'aime peu la présence d'une plaie suppurante auprès d'un lambeau, sur lecjucl elle est susceptible d'exercer une fâcheuse influence. Le vice signalé peut être cependant parfois évité. Chelius a réuni par la suture la solution de continuité provenant de la soustraction de la peau, et dit avoir obtenu une guérison Irès-satisfaisante. «.Te regarde, continue-t-il, cette modification comme trèsimportante, parce que, dans le cas où la plaie vient à se cicatriser par granulations, il se fait un froncement qui change considérablement la forme et la position du lambeau et occasionne une difformité de la paupière artificielle. » Enfin, des exemples multipliés ont démontré l'utilité de l'expédient de Dieffenbach. M. Zeis, témoin oculaire des faits qu'il rapporte, annonce que ce praticien agit parfois avec tant de bonheur qu'on avait peine à remarquer quelque différence entre les dispositions du voile restauré et celles d'un voile sain. Chez un jeune homme dont le bulbe était resté à découvert, par suite de la destruction des deux paupières, ce chirurgien les reconstitua l'une et l'autre; le résultat, dit M. Zeis, fut surprenant. Ainsi furent encore réparées des demi-paupières, et, dans quelques circonstances, une portion du voile supérieur et une partie de l'inférieur, sur le même sujet.
L'ingénieux procédé du docteur François (d'Abbeville) ne saurait être l'objet d'une appréciation définitive. Cette opération paraît n'avoir été pratiquée qu'une seule fois, et la malade qui y fut soumise n'était qu'à demi-guérie lors de sa présentation à l'Académie de médecine , puisqu'elle portait un anchyloblépharon qui devait être détruit plus tard. La construction de cet anchyloblépharon provisoire qu'a proposée M. Mirault (p. 905) et qu'ont mise à contribution M. Debrou (p. 841), M. Denonvilliers 1, etc., ne doit point être perdue de vue dans la blépharoplastie. Nous en connaissons déjà les motifs.
Tl est, en matière d'autoplastie palpébrale, un principe dont l'homme de l'art ne doit jamais s'écarter, c'est qu'il faut profiter du moindre débri de la paupière qu'on répare,-pour le faire concourir à la restauration. Ce n'est, d'ailleurs, qu'après avoir mûrement réfléchi sur les meilleures ressources à mettre en œuvre qu'on se décidera à une telle tentative. Le malade n'attend qu'un succès; il apprécie peu les difficultés d'entreprises aussi ingrates, et c'est, il faut en convenir, un cruel déboire pour le praticien que de le laisser mille fois plus hideux qu'avant l'opération. Chose semblable n'arrive que trop souvent quand celle-ci n'a pas été couronnée de réussite- Serre fait observer qu'il y aurait erreur à croire que le lambeau d'emprunt se greffe avec d'autant plus de facilité qu'on le transporte sur la plaie à une époque plus rapprochée de celle du décollement. L'expérience a prouvé, dit-il. qu'immédiatement après son isolement, les parties molles qui le constituent entrent dans une sorte d'état spasmodique qui les rend peu propres à la réunion ; d'une autre part, le sang qui, dans ce moment, coule des deux surfaces, qui vont être mises en rapport, s'interpose entre elles, les tient à distance, et trouble ou em-
* Gazette hebdomadaire, année 1856, p. 411.