‹ Traité théorique et pratique des maladies des yeux [electronic resource]Chapitre 431 sur 501 · CHAPITRE U.— MALADIES DES SOURCILS ET DES PAUPIÈRES · texte numérisé non relu

CHAPITRE U.— MALADIES DES SOURCILS ET DES PAUPIÈRES

lade y vit et me témoigna toute sa satisfaction. Mais comment maintenir ainsi les paupières dans un état d'isolement? Il me suffit, pour cela, de placer deux points de suture entrecoupée sur chacune d'elles, de manière à affronter la conjonctive palpébrale avec la peau. Ce que j'avais prévu arriva : la réunion se fit à merveille. »

Une autre ressource dans le phimosis des paupières, quand la fente de celles-ci n'est pas trop étroite, consiste dans l'excision d'un lambeau de peau, au voile supérieur, comme dans l'entropion. Chez quelques malades, l'exercice de la vision a été facilité, par l'exécution de cette opération, .d'une manière notable.

Article 7.— Symblépharon.

Caractères anatomiques et physiologiques. — Le symblépharon est l'adhérence des paupières au globe. Il peut être occasionné par les brûlures, par la projection dans l'œil de substances corrosives, par toutes les causes, en un mot, susceptibles de produire une perte de substance ou des ulcérations dans les feuillets oculaire et palpébral de la conjonctive. Des cautérisations trop profondes et mal conduites, sur la paroi muqueuse de paupières atteintes de granulations, lui ont très-souvent donné naissance.

Dans le symblépharon complet, qui est fort rare, les deux voiles sont soudés au bulbe par la totalité de leur face interne. Lorsqu'il est partiel, tantôt l'adhérence existe entre une paupière et le globe, tantôt les deux paupières sont attachées en un ou plusieurs points à cet organe. Le symblépharon, qui n'intéresse que la région scléroticale, est moins grave que celui qui s'étend à la cornée ; la vue peut être plus ou moins troublée, dans le dernier cas, et même abolie, si l'adhérence s'est faite en face de la pupille. Jûngken a connu un jeune garçon chez lequel, l'œil ayant été atteint par une parcelle métallique incandescente, la paupière supérieure se souda, près de son bord cilicaire, à la région centrale de la cornée, tandis que les autres parties du voile et du bulbe restèrent libres. L'on a attribué la rareté du symblépharon sur la tunique cornéale au suintement continuel d'un fluide à travers cette membrane. Dans quelques circonstances, l'union des parties entre elles est immédiate ; dans d'autres, le symblépharon est établi par l'intermédiaire d'exsudations fibro-plastiques, sous forme de filaments ou de cordons plus ou moins larges, d'une teinte blanchâtre ou rosée et d'une consistance variable. U peut arriver que la bride entraîne vers le bulbe le bord ciliaire du tarse, disposition qui donne lieu à l'entropion. J'ai vu la diplopie émaner de la présence d'un symblépharon ; elle ne se manifeste dans ce cas que dans certaines positions contractées par le roulement du globe dans tel ou tel sens.

L'adhérence complète des paupières à l'œil , constamment atteint, dans cette circonstance, de lésions qui suffisent à elles seules pour déterminer la cécité est au-dessus des ressources de l'art ; quelles que soient les tentatives auxquelles on se livre pour détacher les brides, l'adhérence se reconstitue. Chelius rapporte un fait qui démontre qu'il ne faut pas toujours désespérer d'un symblépharon qui comprend une partie considérable de la cornée. Un œil avait été

926 LIVRE 111. — MALADIES DES ANNEXES DE l'(EIL.

détruit à la suite d'une brûlure par la chaux vive ; son congénère offrait une pseudo-membrane qui l'unissait à la paupière supérieure et s'étendait à la moitié de la cornée ; la vue était abolie dans cet organe et la lésion déclarée incurable. Trois opérations successives furent nécessaires pour que le voile se maintînt décollé ; l'auteur prétend que l'usage de la teinture d'opium et d'une pommade iodée rendit à la cornée assez de transparence pour que le malade pût distinguer les objets, même d'un petit volume, tandis qu'auparavant il avait besoin d'un guide pour se conduire.

Traitement.— Ici, comme dans l'anchyloblépharon, la grande difficulté ne gît pas dans la destruction des adhérences; le point le plus épineux est de s'opposer à leur retour. Or, le succès de la cure est dominé surtout par une condition d'une appréciation capitale. L'angle de réflexion palpébro-oculaire estil libre (symblépharon antérieur d'Ammon, symblépharon tubulaire de M. Chassaignac), un stylet peut-il passer derrière l'adhérence, l'opération ofl'n* des chances de réussite. Les brides sont-elles serrées au contraire, Ja soudure intéresse-t-elle assez le repli rétro-tarsien pour qu'il n'existe, le long de celui-ci. aucun canal qui puisse livrer passage au stylet (symblépharon postérieur d'Ainmon), le pronostic est mauvais, et l'opération incertaine et livrée aux chances du hasard, quoi qu'on fasse.

1° OPÉRATION DU SYMBLEPHARON AVEC PER.TUIS DERRIERE L'OBSTACLE. — La séparation du tissu anormal s'effectue avec le bistouri ou avec les ciseaux. Les pinces à disséquer et une sonde canneléee que l'on recourbe et que l'on fait filer derrière les brides peuvent seconder la manœuvre.

Il y aura moins de risque de voir la difformité se reproduire, quand, ce qui est fort rare, les deux points saignants sont assez distants l'un de l'autre pour que leur contact puisse être à peu près évité. Il faut, dans le cas contraire, s'y opposer par des moyens efficaces. L'un d'entre eux, quia invoqué quelques succès, consiste dans la cautérisation de la paupière, avec la pierre infernale; on réitère l'emploi du caustique, afin d'entretenir continuellement des escarres, jusqu'à parfaite [cicatrisation du bulbe. Le procédé par ectropion artificiel de Cunier, dont il sera question tout à l'heure, ne mérite-t-il pas la préférence, surtout dans les grandes dénudations oculo-palpébrales? Jûngken conseille les bandelettes agglutinatives, et, si elles sont insuffisantes, l'anse de fil (p. 9-23). On a recommandé d'empêcher l'opéré de dormir longtemps de suite; il doit, a-ton dit, mouvoir souvent les paupières et le globe et introduire fréquemment une tige arrondie entre les surfaces contiguës.On a prescrit rétablissement.entre l'œil et les voiles palpébraux, de corps étrangers de nature et de configuration variables. Un œil artificiel, enduit d'huile d'amandes douces, a été proposé par Demours; une capsule en ivoire ramollie par le docteur Carron. C'est avec raison que la plupart des auteurs modernes déconseillent l'emploi de ces moyens irritants et douloureux, et que les mouvements des organes ne tardent pas souvent à déplacer.

2" OPÉRATION DU SYMBLÉPHARON AVEC ABSENCE D'UN PERTCIS DERRIÈRE L'OBSTACLE. —

Un grand nombre de procédés méritent ici une description spéciale. Plnsieur> d'entre eux sont applicables d'ailleurs à l'autre condition précédemment mentionnée.

Page 1