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CHAPITRE II.— MALADIES DES SOURCILS ET DES PAUPIERES

Procédé d'Amussat. Ce chirurgien coupait l'adhérence morbide, puis déchirai) chaque jour la membrane pyogénique, en conduisant au fond de la plaie un stylet mousse et,aubesoin, un instrument piquant où tranchant. Cette praliqne, a-t-on dit, doit être réitérée avec persévérance, jusqu'à ce que les lèvres cutiséesde la solution decontinuité ne puissent plus contracter entre elles uneunionnouvelle.

Procédé de Cunier. Cet oculiste accordait une grande confiance au collodion, avec lequel il engendrait provisoirement un ectropion artificiel L'adhérence ayant été divisée ou disséquée, suivant le cas, à l'aide des ciseaux ou du bistouri, Cunier disposait verticalement, en travers de la paupière affectée, un ou deux petits cordons, sur lesquels il appliquait immédiatement une bandelette de linge imbibée de collodion. Cette bandelette était placée sur la peau, le long du bord palpébral ; on y faisait, autant que possible, adhérer les cils. Une seconde bandelette imprégnée de collodion était établie sur la région frontale, sil'on avait opéré à la paupière supérieure, ou sur la joue, si l'on avait affaire au voile intérieur. Puis Cunier renversait lapaupière, rapprochait les extrémités des cordons et les nouait en rosette. Une fois que l'extroversion était constituée, on pouvait la. diminuer, l'augmenter, ou même la faire cesser momentanément, sans recourir à un nouvel appareil ; rien n'est aisé comme de défaire et de rétablir le nœud, en imprimant aux cordons le degré de tension que l'on désire. La paupière ayant été éloignée du globe, Cunier pratiquait sur les plaies des cautérisations et les pansements qu'il jugeait favorables à l'obtention d'une cicatrisation régulière et rapide. Trois malades paraissent avoir dû leur guérison à ce procédé, l'ectropion artificiel ayant été maintenu en moyenne pendant 8 ou 9 jours. Il faut, d'après Cunier, mettre l'organe à l'abri de l'air, à l'aide d'une compresse flottante. La tension des fils vient-elle à déterminer de la douleur , celle-ci s'évanouit habituellement par l'application d'un petit gâteau d'ouate, que l'on fixe à l'aide du monocle. Pour donner à l'appareil toute la solidité désirable, on place de temps à autre sur les bandelettes une couche nouvelle du liquide adhésif.

Procédé par inflexion de Dieffenbach. — Si le symblépharon affecte le voile inférieur, on fait une incision qui, de l'angle interne des paupières, se prolonge le long du nez ; on en pratique ensuite une seconde commençant à la commissure externe et descendant verticalement jusqu'au bord inférieur de l'orbite. La paupière, saisie avec une pince, est détachée du bulbe avec le bistouri ; de cette dissection résulte un lambeau quadrilatère qui contient le cartilage tarse. Les cils ayant été arrachés avec soin, on replie le fragment palpébral sur lui-même, d'avant en arrière, de telle sorte que sa face épidermique se mette en rapport avec le globe, son bord ciliaire reposant sur l'arc orbitaire inférieur. On fixe par quelques points de suture les deux moitiés du lambeau ainsi disposées; les lils, qui en traversent toute l'épaisseur, sont noués au dehors. On contient, en outre, les parties par des bandelettes agglutinatives. Dès que la plaie du bulbe est guérie, on déplisse la paupière, en incisant les brides que présente sa paroi muqueuse, et on l'assujettit dans sa position naturelle par la suture entortillée ; elle guérit alors à son tour, sans se souder à la face correspondante de l'œil

i Annales d'oculistique, l. XXIV, p. 486.

déjà cicatrisée. Dielîenhach paraît avoir réussi à détruire ainsi le symblépharon à la paupière inférieure, L'opération se pratique au voile supérieur d'après les mêmes principes, mais elle ne doit être faite que sur une seule paupière à la fois, suivant ce chirurgien.

Procédé d'Ammon. L'opération se pratique en deux séances.

On commence par tailler, aux dépens de toute l'épaisseur de la paupière affectée, dont les parties libres sont tendues le plus possible à l'aide de pinces ou d'autres instruments mousses qu'on a glissés derrière elles, un lambeau qui a la forme d'un V, dont le sommet regarde le pourtour de l'orbite et dont la base intéresse le bord libre du voile ; c'est la région adhérente au globe qui doit être comprise entre les deux sections. Puis on rapproche l'une de l'autre et l'on réunit par la suture entortillée les lèvres saignantes des lambeaux latéraux, dont la face muqueuse vient ainsi se mettre en rapport avec la paroi cutanée du lambeau médian, qui reste attaché au bulbe. Si ce fragment est garni de quelques cils, il faut effectuer l'avulsion de ces derniers. Les aiguilles à suture doivent être enfoncées assez profondément pour traverser les débris des fibro-cartilages existant au sein des fragments latéraux ; on retire les tiges métalliques au bout de quelques jours, quand ces fragments sont soudés ensemble. Si, après l'incision en V, les deux lambeaux sont trop distants l'un de l'autre pour pouvoir être amenés en contact, M. d'Ammon recommande de décoller les tissus du bord de l'orbite et des surfaces osseuses voisines, manœuvre après laquelle les deux segments de la paupière cèdent avec plus de facilité aux tractions qu'on exerce sur eux pour en affronter les bords. On doit, dans le dernier cas, diriger les pansements de telle sorte que les parties détachées soient comprimées contre les os sous-jacents, afin d'en solliciter le recollement. La cicatrisation achevée, on procède à l'extirpation du lambeau fixé à l'œil. Pour cela, les paupières ayant été convenablement écartées, on saisit le fragment avec des pinces, et on le détache avec le bistouri ou des ciseaux. Le but de l'inventeur de cet ingénieux procédé a été d'éviter la présence simultanée de deux plaies, l'une à la paupière, l'autre au globe. Comme, après la première opération, les bords en coaptation des lambeaux antérieurs sont accolés à la peau du lambeau postérieur ou oculaire, et qu'après la seconde, la région excoriée du bulbe se met en contact avec la face interne d'un voile cicatrisé, la formation d'adhérences nouvelles devient presque impossible. Ces résultats ont été constatés par M. d'Ammon, par le professeur Riberi, et par quelques autres chirurgiens dans des opérations entreprises avec réussite.

Procédé par double étranglement de M. Pétrequin. On conduit derrière l'adhérence une aiguille munie d'un fil double, de telle sorte qu'on puisse simultanément effectuer deux ligatures. On serre la première assez mollement, du coté de la paupière, pour n'opérer la section qu'à la longue ; on étreint fortement la seconde, du côté du bulbe, afin de couper bientôt la bride. On a de cette manière, sur l'œil, une plaie déjà fort en voie de cicatrisation, avant qu'aucune surface soit encore mise à nu sur la paupière, la ligature y étant occupée à diviser le lien morbide. Quant au moignon, très-exigu, qui se trouve compris entre les deux fils, il est inapte, par sa nature, à contracter aucune adhérence ;

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