CHAPITRE H. — MALADIES DES SOURCILS ET DES PAUPIERES
dépourvu de vitalité, par suite de l'étranglement qu'il subit, il est destiné à tomber en s'atrophiant. Les brides sont-elles très-épaisses, on en effectue la section en plusieurs temps, et l'on pénètre chaque fois aune plus grande profondeur. M. Pétrequin immobilise, en même temps, l'œil par une compression méthodique, qui le met à l'abri de l'impression des agents extérieurs, prévient les mouvements de cet organe et ceux des paupières, et s'oppose au tiraillement des brides et à leur rupture trop rapide.
Procédé de M. Hays. — Ce praticien divise l'adhérence, passe, avec des aiguilles courbes, un certain nombre de fils à travers les deux bords de la plaie de la conjonctive oculaire , en rapproche très-exactement les lèvres et les réunit par la suture , de manière à obtenir une cicatrisation par première intention. C'est ainsi qu'il paraît être parvenu à triompher d'un symblépharon, qui, depuis huit années et par suite et de l'extirpation d'un ptérygion, soudait la paupière inférieure au globe, les mouvements de cet organe ne pouvant s'exécuter du nez à la tempe.
Procédé de M. Arlt. — Ce mode opératoire, qu'on a encore attribué à Ryba et au professeur Laugier, consiste à mettre en contact le globe oculaire, séparé des brides cicatricielles, avec la face cutisée du lambeau formé de ces mêmes brides et qu'on tient rabattu sur la face interne de la paupière.
L'opération suivante, pratiquée par M. Arlt, donnera une juste idée de son exécution. Il s'agit d'un malade porteur d'un symblépharon qui s'étendait du voile inférieur à la sclérotique et à la partie adjacente de la cornée.
Armé d'une aiguille à suture, M. Arlt fit pénétrer un fil derrière l'adhérence, près la portion inférieure du limbe kératique. Soulevée par ce fil, la bride fut détachée, avec le bistouri, de la cornée d'abord, puis de la sclérotique. Le lambeau obtenu fut saisi avec des pinces et traversé d'avant en arrière, sur chacun de ses bords et près de son extrémité supérieure, par les deux chefs d'un fil de soie, deux aiguilles ayant été affectées à cet usage. Le reste de la manœuvre consista à enrouler, de haut en bas, la fausse membrane, de telle sorte que la face, naguère antérieure, devînt postérieure, c'est-à-dire tournée contre le globe oculaire; l'enroulement fut effectué par des tractions sur les deux chefs du fil, auxquels on fit traverser toute l'épaisseur de la paupière, à sa base, percée d'arrière en avant par les aiguilles. Ces deux chefs furent noués sur un petit coussinet de toile qu'on plaça sur la peau du voile inférieur, vers l'arc correspondant de l'orbite. La ligature fut retirée au bout de trois jours.
Procédé de M. Brulet (de Dijon) .— Cunier attribue la priorité de cet expédient à Himly, qui finit, dit-il, par renoncer à son emploi.
Quand un conduit n'existe pas derrière la cicatrice qui constitue le symblépharon, le docteur Brulet enseigne de pratiquer, au préalable, un canal artificiel. Pour arriver à ce but, il traverse, avec une aiguille lancéolée, la base de l'adhérence, parallèlement à la direction de la gouttière palpébrale ; un fil de plomb, réuni par ses extrémités en forme d'anneau, remplace l'aiguille ; il est laissé à demeure deux ou trois semaines , c'est-à-dire jusqu'à ce que le trajet soit cicatrisé. L'on a soin, durant ce laps de temps, de lui imprimer chaque jour quelques mouvements de. droite à gauclw et «le gauche à droite. Lorsque la
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fistule calleuse présente des conditions de persistance qui conduisent à l'aire penser qu'elle ne se bouchera plus, on détruit le symblépharon, en le coupant dans la partie qui limite en avant le canal artificiel.
Appréciation.— Les auteurs des procédés qui viennent d'être décrits ont mis en avant des faits de guérison pour en démontrer l'excellence. Ces succès se sont-ils maintenus ? 11 y a lieu d'en douter, pour un bon nombre, au moins, ce qui infirme singulièrement l'efficacité de beaucoup d'entre eux.
M. Sichel considère le procédé d'Amussat comme frappé d'une stérilité radicale. « Je l'ai vu échouer, dit-il, malgré de longs et de persévérants efforts, entre les mains de son inventeur, chez un malade que je lui avais confié, parce qu'il avait émis un pronostic favorable, alors que le mien était absolument négatif. »
Quelques documents extraits du Bulletinde thérapeutique (tome LU, page 326), édifieront le lecteur sur le compte du procédé qu'on attribue généralement à M. Arlt. « M. Laugier, y est-il dit, s'est rencontré avec ses prédécesseurs dans l'énoncé des principes et dans l'exécution. Mais ce qui importe beaucoup plus qu'une question de priorité, c'est de savoir le résultat définitif de cette opération. Le malade de M. Jarjavay paraissait, sinon guéri , au moins amélioré, après un mois. De même, dans l'opération pratiquée par M. Laugier, et dont ce chirurgien a communiqué les détails à l'Académie des sciences, l'opérat.on avait été suivie de succès ; l'œil avait recouvré ses mouvements. Dans une autre opération pratiquée cette année par M. Maisonneuve , d'après ce procédé , le résultat immédiat fut aussi complet pendant plus d'un mois. Mais, à ces succès momentanés, nous avons malheureusement à opposer autant de récidives sur les mêmes malades Revu, en 1856, à Bicêtre, par M. le docteur Vautrin, l'œil gauche du malade de M. Jarjavay était réuni à la paupière inférieure par une bride, large d'un demi-centimètre à la base, et dont le sommet, un peu plus étroit, s'insérait au-dessous de la cornée. Quant au malade de M. Laugier, la guérison ne s est pas maintenue ; les adhérences se sont reformées, et la gêne de la vision est! redevenue aussi grande qu'avant l'opération. Même récidive chez le malade de M. Maisonneuve,) Une réussite, due à ce procédé et qui ne s était pas démentie au bout de trois mois, a été plus récemment annoncée par M. Warlomont
Le procédé de Himly ou du docteur Brulet paraît avoir également fourni de cruels mécomptes. « M. Brulet, dit Cunier', cite deux succès. Ne s est-il pas] trop hâté de les publier ? N'aurait-il pas à s'adresser le reproche que nous nous! sommes tait lorsque nous avons recherché les opérés avec lesque s nous avion s obtenu, par la division combinée avec la cautérisation, une amel.orat.on tel ement considérable de la difformité, que M. Burggraeve s'empressa de la signaler* comme un succès? De ces succès et de quelques autres non moin s encourageants, il ne subsiste presque plus rien. Dès que le travail de M Brulet n ou i été connu, nous avons essayé «méthode ; le résultat définitif a ete nul, absoluj ment nul. »
. Journal de médecine, etc. , de Bruxelles, mars \ 860, Annales d'ocidislique, t. XL1II, p. 99.
* Annales d'oculistique, t. XXIV, p. 488.