CHAPITRE III. — MALADIES UE LA MEMBRANE SEMI -LUNAIRE. à,ià
sacré aux maladies de l'appareil de la vision chez le cheval. M. Leblanc, qui signale, au nombre des causes des fongosités de la caroncule, les contusions de cet organe, avance qu'elles sont surtout fréquentes sur les bœufs et lés vaches, qui sont très-exposés aux coups de cornes.
traitement. — Quelques applications résolutives pourront triompher de l'encanthis inflammatoire à ses débuts. Si la phlegmasie est très-intense, là médication desophthalmies aiguës devient applicable. La tumeur vient-elle à s'abcéder, on donnera issue au pus à la faveur d'un coup de lancette. Il faudra rechercher, aVant tout, si les désordres ne sont pas liés à la présence d'un corps étranger, et l'on en effectuerait, s'il y a lieu, l'ablation. Lés réfrigérants et les résolutifs suffiront, presque constamment, ensuite pour dissiper avec rapidité l'inflammation.
Les procédés opératoires qu'on a proposés contre l'encantlhs fongueux sont : 1° la cautérisation ; 2° la ligature ; 3° l'extirpation avec l'instrument tranchant.
Les végétations très-peu développées de là caroncule peuvent être consumées par quelques cautérisations avec la pierre Infernale ; on doit, en général, lui préférer l'excision, sauf à réprimer, avec le nitrate d'argent, les végétations qui pourraient renaître. Quant aux poudres cathéré tiques dont quelques auteurs veulent qu'on saupoudre l'excroissance, je crois qu'elles méritent peu d'être conseillées ; infidèles contre le mal sur lequel on les applique, elles enflamment l'œil, en étendant leur action sur des tissus non destinés à en subir l'influence.
C'est par la ligature, que Purmann délivra un malade d'une tumeur grosse comme le poing, et qui pendait sur la joue, supportée, à l'angle interne de l'œil gauche, par une racine étroite ; celle-ci fut ensuite touchée avec un bouton de feu. L'excision l'emporte encore de beaucoup sur la ligature, moyen fatigant, douloureux, qui agit lentement et exaspère l'inflammation locale, pendant la durée de son application.
Si l'excroissance est petite, et surtout si elle est pédiculée, son extirpation est chose facile ; une pince ordinaire et les ciseaux de Cooper, dont on dirige la convexité contre le bulbe, en feront prompte justice. L'opération est plus délicate et plus compliquée, quand la masse morbide, de dimensions considérables, est munie d'une large base et de racines étendues. Dans une observation relatée par le docteur Rouault1, un encanthis bénin était sondé à la conjonctive, jusqu'au limbe kératique, et adhérait amplement, en outre, à la paroi interne de la paupière supérieure. Force fut, pour en effectuer l'ablation, de démasquer préalablement la tumeur par une incision verticale faite sur ce voile et qui s'étendit depuis la commissure interne jusqu'à l'arc orbitaire correspondant. Les anciens oculistes étaient très-partisans d'une ligature par laquelle ils traversaient ce genre de tumeurs pour en faciliter l'extirpation. L'on préfère généralement aujourd'hui les pinces ordinaires et les pinces à griffes. Il sera souvent très-commode de se servir alternativement des ciseaux et du bistouri. L'aide placé debout derrière le patient, se chargera de fixer et la paupière supérieure
1 Union médicale, année 1 854, p. 31 .
et l'inférieure. Il ne «aurait être ici question de ménager en plus ou eu moins la caroncule, laquelle est comprise dans la masse totale de la dégénérescence • tout doit être enlevé, en respectant le plus possible le globe, les conduits lacrymaux et la commissure interne. Si l'hémorrhagie consécutive dépassait les bornes ordinaires, on chercherait à l'arrêter par le tamponnement avec de la charpie, ou par le perchlorure de fer. Chez un ecclésiastique, dont parle Pôllier, un accident de ce genre, à la suite de l'extirpation d'un encanthis fongueux d'un fort volume, faillit mettre le malade au tombeau.
Il est une circonstance dont il importe que les chirurgiens soient avertis, pour qu'ils s'efforcent de la prévenir, autant que possible ; c'est qu'après l'ablation du corps morbide, le tissu inodulaire, qui lui succède, peut créer, entre la paroi interne de l'orbite et l'œil, des connexions telles que ce dernier demeure comme bridé en dedans, ses mouvements d'abduction devenant bornés, parfois même impossibles.
S'il s'agissait d'extirper un encanthis cancéreux, on se conduirait suivant les principes indiqués ci-dessus. L'ablation effectuée, on recherche, avec le petit doigt porté au fond de la plaie, s'il n'existe pas en ce point des parties indurées, et, dans ce cas, l'on procède immédiatement à leur extirpation, à l'aide des ciseaux courbes et des pinces. Il est aussi très-important, dans le traitement consécutif, de détruire, avec l'instrument tranchant et les caustiques, toutes les ^ productions qui pourraient inspirer quelque crainte.
TRICHIASIS DE LA CARONCULE LACRYMALE.
Albinus a parlé d'un poil né sur la caroncule lacrymale, et pourvu de dimensions telles qu'il entretenait une ophthalmie très-aiguë, que l'on avait combattue par des émissions sanguines, des collyres de toutes sortes, les drastiques et même les cautères. Albinus vit la production pileuse et l'arracha, ce qui fit cesser iou> les accidents. Chez un malade de Weller, deux poils caronculaires se reproduisirent après avoir été extirpés deux fois, et ne reparurent plus après la troisième avulsion.
Observation CI ,.— Madame C , demeurant à Paris, rue Rousselet, femme d'une
cinquantaine d'années, brune, forte, d'une haute stature, d'un tempérament sanguin, vintàmon dispensaire le 28 février 1848. Un larmoiementdont elle se plaignait, à l'œil gauche, durait depuis dix-huit mois environ; la conjonctive élait injectée, notamment j vers le grand angle. Plusieurs praticiens lui avaient prescrit des collyres astringents qui n'avaient apporté aucune amélioration à son état. Je ne sais sous l'influence de quelle inspiration je m'armai d'une loupe; la cause de la maladie, que je vis parfaitement en-
1 Ch. Deval , Larmoiement chronique déterminé par un développement de poils sur la caroncule lacrymale. (Gazette médicale, année 1847, p. 828.)
CHAPITRE IV. — MALADIES DE LAl'I'/UIBIL LACRYMAL. 941 suite à l'œil nu, apparut soudainement à mes regards. Quatre ou cinq poils blancs, fins, lanugineux, étaient implantés sur la caroncule lacrymale; inclinés vers l'œil, ils le brossaient sans cesse, d'où un épiphora continuel. Je les arrachai avec la pince à irichiasis, ce qui parut amener un soulagement sensible ; puis j'ordonnai un collyre de sulfate de zinc. Plus tard, je revis la malade, et je lui enlevai encore deux ou trois poils logés de même. Comme elle ne se présenta plus à mes consultations publiques, je fus fondé à croire que la guérison avait couronné mes tentatives.
La disposition pilogène de cette femme est chose ici digne de remarque. Elle porte ou pourrait porter moustaches, car elle a contracté l'habitude de couper ou d'arracher de temps à autre les poils qui viennent envahir sa figure. Lors d'une affection de poitrine, pour laquelle elle me dit avoir reçu les soins de M. le docteur Pidoux, elle négligea ce point essentiel de sa toilette, et devint, suivant son expression , effrayante à voir. « Elle a de la barbe jusque dans les yeux, » dit, d'un air narquois, un jeune étudiant qui assistait à la consultation.
Ne pourrait-on pas conclure de ce fait que les larmoiements qui surgissent chez les individus, dont le système capillaire est doué d'une grande énergie, peuvent quelquefois dépendre du développement excessif des poils courts, déliés et imperceptibles, dans l'état ordinaire, qui garnissent la caroncule lacrymale, et que, dans des conditions pareilles, le chirurgien attentif ne doit point oublier de porter son investigation sur cet organe ?