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CHAPITRE IV. — MALADIES DE l'aPPAREIL LACRYMAL

forme ; l'altération revêt alors l'aspect d'un érysipèle. Il résulte de mes observations que, sur dix inflammations aiguës de la paupière inférieure, neuf, peutêtre, ont pour point de départ une dacryocyslite phlegmoneuse. Il est aisé de s'en convaincre en posant le doigt sur la région phlogosée. Tant qu'on presse sur la partie moyenne de la paupière, le malade n'accuse qu'une faible sensation douloureuse ; celle-ci devient très-vive aussitôt qu'on a gagné le grand angle, et le sujet, pour l'éviter,porle brusquement la tête en arrière.

La résolution peut arriver lorsque la phlegmasie a été attaquée à temps par un traitement énergique. Si la tumeur s'abcède, elle devient culminante, fluctuante, et finit par s'ouvrir et donner issue à des larmes, à des mucosités et à du pus (abcès lacrymal de quelques auteurs)'; alors, les soulfrances se calment par la cessation de l'étranglement, et quand aucune complication morbide n'existe dans les voies lacrymales, l'inflammation décroît par degrés , la fistule se ferme et tout peut rentrer dans l'ordre physiologique. Mais lorsque le canal nasal est frappé de sténochorie, l'orifice fistuleux reste béant, ou, s'il se cicatrise, c'est en général, pour être suivi tôt ou tard d'une perforation nouvelle. On a vu, ce qui est fort rare, la gangrène atteindre la portion de peau qui correspondait à l'abcès lacrymal. Lawrence eut cet accident à déplorer chez une femme qui n'avait point consenti à ce que cet abcès fût ouvert.

étiologie. — La dacryocysti te phlegmoneuse est le plus ordinairement consécutive à une inflammation chronique du feuillet muqueux qui tapisse le sac, inflammation en tretenue par des conditions dont il sera question tout à l'heure. L'une de mes malades, atteinte de dacryoblennorrhée, était assaillie régulièrement tous les mois, à l'époque des règles, d'une dacryocystite phlegmoneuse. Elle se manifeste, dans d'autres cas, sans être précédée de slillicidium ou de dacryoblennorrhée. Un coup sur la région de l'angle interne, une métastase, un refroidissement, etc., sont susceptibles de la produire.

traitement. — Cette forme morbide réclame qu'on s'occupe, avant tout, de solliciter la résolution de la phlegmasie ; les évacuations sanguines et les topiques mercuriels conduiront le plus efficacement à ce but. On placera autour de la tumeur dix ou douze sangsues dont on fera largement couler les piqûres; une saignée du bras, qui précédera ou suivra cette application, ne peut qu'être avantageuse, si l'inflammation est forte et la réaction intense. Il convient d'incorporer une certaine dose d'opium à l'onguent napolitain avec lequel on fait pratiquer, plusieurs fois par jour, des onctions sur les parties tuméfiées. On prescrira, comme adjuvants, le calomel à l'intérieur, les purgatifs, les pédiluves irritants. Si la suppuration ne peut être évitée, on a recours aux cataplasmes émollients ; puis, dès que l'abcès est formé, on l'ouvre avec la lancette l. L'on continuera les topiques émollients jusqu'à ce que le dégorgement soit opéré et que l'inflammation soit dissipée. Ce résultat obtenu, il sera sou-

Ul arrive quelquefois que la région du sac est occupée par une tumeur rouge qui n'aboutit franchement ni à la résolution ni à la suppuration. Un bon moyen, dans ce cas, pour activer le travail, consiste à fendre le sac d'un coup de lancette et à prescrire ensuite l'application des cataplasmes.

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vent indiqué* du recourir à une ressource plus radicale, pour prévenir les récidives incessantes d'accidents pénibles. Toutefois, chez quelques personnes atteintes de dacryoblennorrhée chronique, l'invasion d'un phlegmon du sac suivie d'une suppuration abondante, peut constituer une crise salutaire. J'ai vu' dans des cas de ce genre, la poche lacrymale abolie, comme si Ton y avait appliqué les caustiques (voir l'article suivant).

Article 4. — Inflammation chronique du sac lacrymal (tumeur et fistule

du sac lacrymal).

caractères anatomiques et PHYSIOLOGIQUES. — Peu de sujets, atteints d'il lie phlegmasie chronique des voies excrétoires des larmes, peuvent indiquer au médecin l'époque précise de son origine Us n'éprouvent communément, pendant un laps de temps fort long , qu'un larmoiement plus ou moins copieux {stillicidium lacrijmarum), qui s'exaspère surtout quand ils s'exposent à un air vif, à la poussière, à une lumière éclatante. Ce symptôme s'amende généralement beaucoup dans la belle saison pour devenir plus intense en hiver -. Dans quelques cas, la région du sac est le siège d'une sorte d'empâtement, d'un gonflement à peine appréciable. Plus tard, les larmes s'échappent des points lacrymaux blanches et muqueuses (dacryoblennorrhée), surtout quand le malade exerce une pression avec le doigt sur le grand angle, au-dessous du tendon de Pprbiculaire. Au début de cette seconde période, le flux est le plus souvent analogue au blanc d'œuf et ne devient qu'ultérieurement plus consistant et plus jaune. Quand le sac se laisse engorger à un plus haut degré, sa paroi externe se dessine sous forme d'une tumeur ovoïde, habituellement incolore, exempte de douleur, même au toucher (tumeur lacrymale) ; la pression en évacue également le contenu, soit par les points lacrymaux, soit dans la narine, si, pendant qu'on l'exécute, on a la précaution de comprimer les conduits lacrymaux, afin d'en interdire l'accès aux fluides. Cette manœuvre, qui a pour effet d'éloigner momentanément la cause matérielle delà distension, affaisse à l'instant le sac; mais au bout d'une ou deplusieurs heures, une accumulation nouvelle le ramène par degrés à ses dimensions morbides.

J'ai été à même de vérifier plusieurs fois la justesse des observations de Saint- Yves, Demours, Rosas et de beaucoup d'autres oculistes qui, contrairement à l'opinion de Bichat, avancent que la tumeur lacrymale décroit ordinairement, durant le repos de la nuit, pour reprendre, après le réveil, son volume habituel. Un tel affaissement ne peut s'expliquer que par l'absorption des fluides agglomérés dans le sac, et par la chute dans la narine d'une certaine quantité

Ces affections sont le plus communément unilatérales. Quelques observateurs, qui avaient remarqué qu'elles se montraient le plus souvent à gauche, ont attribué cette particularité à ce que c'est de ce côté du corps que la charpente osseuse est le moins développée.

2 M. Desmarres place au nombre des causes susceptibles de produire le larmoiement Yeurybléphuron, ou ampleur trop grande des voiles palpébraux par rapport au volume de l'œil.

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