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CHAPITRE IV.— MALADIES DE l'aPFAREIL LACRYMAL. 9o

de ces matières, le canal nasal n'étant que rarement tout à fait bouché; on doit considérer surtout que la source qui alimente le réservoir est, durant la nuit, presque entièrement tarie. « Pendant le sommeil, dit Ribes père l, la sécrétion des larmes est en partie suspendue; aussi, quand on se réveille en sursaut, on n'aperçoit les objets que très-confusément; alors, on parte la main aux yeux, et en les frottant et les comprimant, on excite le mouvement des paupières, on réveille l'action de la glande lacrymale et les larmes coulentassez abondamment ; elles sont bientôt épanouies sur le devant de l'œil, et les rayons de lumière ? vont peindre exactement l'image des objets sur la rétine. »

Un sentiment de sécheresse, dans la fosse nasale du côté affecté, fait quelquefois partie du cortège symptomatique de la forme morbide qui nous occupe, mais ce phénomène, considéré comme à peu près constant par la plupart des auteurs, me paraît, au contraire, fort exceptionnel.

Cette affection peut se maintenir plusieurs années, toute la vie même, dans un état stationnaire, par le peu d'intensité de l'irritation, céder aux moyens curatifs qui seront exposés tout à l'heure, ou guérir spontanément, chez les jeunes sujets, à mesure que le corps se développe, que le canal nasal s'élargit ou que la membrane muqueuse qui le garnit, acquérant plus de ton, cesse de mettre obstacle à la libre descente des larmes. Dans d'autres cas, des crises inflammatoires plus ou moins répétées se terminent par l'établissement d'une listule permanente, le larmoiement diminuant, chez la plupart des malades, dès que le sac est ouvert à l'extérieur, car les fluides trouvent alors dans le nouvel orifice un écoulement que le conduit nasal ne pouvait auparavant leur fournir. Enfin, dans quelques circonstances rares, la nature leur fraye d'ellemême une route insolite vers le nez, par une perforation interne qui rend le canal inférieur inutile ; nous verrons qu'une méthode chirurgicale est basée sur ce phénomène. « J'ai beaucoup d'observations de chute de l'os unguis, même sans carie, dit Demours ; j'ai vu cette chute suivie de la liberté du passage des larmes, ce qui est, jusqu'à un certain point, un argument en faveur de sa destruction par un procédé opératoire. J'ai traité, il y a dix ans, un jeune homme de 25 ans, par de simples injections, pour une tumeur lacrymale du côté gauche. L'os unguis, après quelques injections, tomba par la narine; il nie l'apporta. Cet os n'était altéré par aucune carie; mais il était seulement un peu corrodé à quelques points de son contour. Le conduit est resté libre. »

Il résulte des documents qui précèdent que l'inflammation des voies excrétoires des larmes peut se trahir par trois caractères symptomaliques : 1° larmoiement ou période du début; 2° dacryoblennorrhée ou période d'état; 3° fistule lacrymale ou période terminale.

Beer, et d'après lui, la plupart des oculistes allemands appellent hernie du sac (hernia sacci lacrymalis; daenjocystocèle) une tumeur que la pression surmonte et eiface et qui se reproduit ensuite; pour eux, Vhydropisie du sac (hydrops sacci lacrymalis) est une protubérance, plus ou moins volumineuse, atteignant parfois le volume d'un œuf de pigeon, et qui, constituée par une véritable

1 Archives générales de médecine, t. XXII, avril 1830.

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poche sans ouverture, ne peut être vidée ni par les points lacrymaux ni par le conduit Lpférieur'1. Cette dernière condition, que je rencontre quelquefois, doit cependant être considérée comme rare. Nous ajouterons que la plupart des auteurs français, et même quelques Allemands, n'attachent pas à l'expression d'hydropisie du sac lacrymal le sens que lui donnent Beer et ses élèves, mais entendent par là cet état dans lequel le sac se laisse distendre par un liquide transparent , composé presque uniquement de larmes, ce qui arrive quand celles-ci ne rencontrent pas dans le réservoir des matières assez épaisses pour troubler leur diaphanéité. Tanin qui admettait la présence d'un muscle constricteur vers le milieu, et plus rarement vers l'orifice inférieur du canal nasal, expliquait la rétention du fluide lacrymal dans le sac, par l'éréthisme de ce sphincter. On sait aujourd'hui que le muscle dontJanin, Àrraehart et quelques autres auteurs supposent l'existence, est un organe purement hypothétique, dont on invoquerait à tort l'intervention dans le mécanisme de la progression des larmes.

11 est toujours facile de reconnaître la fistule lacrymale aux symptômes qui l'ont précédée, à la nature des fluides qu'elle fournit, et par l'emploi de quelques moyens d'exploration. La sonde, en cette occurrence, gagne la cavité du sac ; elle reste hors de ce récipient, quand vous n'avez affaire qu'à une plaie résultant de l'ouverture d'un anchylops ou à toute autre lésion superficielle. La liqueur d'une injection, poussée dans les conduits lacrymaux, s'échappe, dans le premier cas, par l'orifice anormal; elle ne dépasse pas, dans le second, la paroi externe du réservoir. Un liquide coloré, versé au grand angle, sort en partie par une perforation du sac ; il ne saurait en être ainsi, lorsque ce dernier n'est point perforé. Irritée par les matières qui s'échappent de la fistule, la peau qui entoure celle-ci est communément rouge, excoriée, garnie de croûtes et de desquamations ; le malade y éprouve une démangeaison pénible qui le porte à la gratter fréquemment ; il arrive souvent que le voile inférieur est le siège d'une extroversion partielle, par suite de la rétraction qu'ont subie les téguments altérés. Dans quelques circonstances, l'inflammation ayant disparu et l'ulcère complètement cicatrisé, un pertuis capillaire subsiste, à peine visible à l'œil nu et livrant passage à un suintement de larmes pures. C'est ce que j'ai notamment observé chez des jeunes sujets ; des parents même m'ont assuré que l'ouverture était congénitale.

La fistule lacrymale est distinguée, dans quelques auteurs, en complète et en incomplète. Ils entendent, par la première qualification , un ulcère qui aboutit à l'intérieur du sac et à la peau; dans le second état morbide, les parois du réî sont seules trouées, d'où résulte la stase des matières entre l'envc-

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loppe fibreuse et le tégument externe, autant que dans le sac lui-même, phénomène qui ne subsiste pas longtemps, la peau ne. tardant pas à s'amincir et a se perforer.

1 La tumeur à laquelle donne lieu cet enkystement du sac contient presque consomment un mucus plus ou moins épais. On l'a encore désignée sous le nom de mucocèU </» suc lacrymal.

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