‹ Traité théorique et pratique des maladies des yeux [electronic resource]Chapitre 455 sur 501 · CHAPITRE IV . — MALADIES DE L5APPARE1L LACRYMAL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV . — MALADIES DE L5APPARE1L LACRYMAL

la paroi osseuse. La brûlure de la peau aurait, pour conséquence des souffrances vives, et, ce qui est beaucoup plus à redouter, une cicatrice vicieuse et souvent Introversion delà paupière intérieure, vers le. grand angle. Pour arriver au but, des aides maintiendront les lèvres de la plaie, largement écartées avec des érignês. Pendant que l'œil du patient sera couvert d'un linge mouille, le chirurgien, qui tient le cautère de la main droite, le promène hardiment depuis la partie supérieure delà cavité béante jusqu'à l'entrée du canal nasal.

Dans les vingt-quatre ou trente-six heures qui suivent l'opération, on pratique des fomentations réfrigérantes. Plus tard on se contente de panser la plaie avec un linge enduit de cérat. La guérison a lieu au bout de deux ou trois semaines. .

2° Application des caustiques. Emploi de la pâte de Canquoin. Bien que 1 expédient qui précède ait fourni d'excellents résultats, il offre quelques inconvénients qu'il importe de signaler. Très-effrayant pour le malade, il ne saurait guère être présenté dans la pratique civile. Comment offrir à une dame, à une jeune personne du monde, de lui brûler ainsi la face avec le fer rouge, et quel triste déboire pour le praticien, si, après cette tentative encore inusitée, il avait à déplorer un sinistre arrivé dans l'un de nos hôpitaux : la mort par suite d'un érysipèle de la face! La section du tendon du palpébral et la longue incision que le procédé réclame doivent plus prédisposer à une cicatrice difforme qu'une plaie moins étendue ; c'est ordinairement après l'emploi du feu que j'ai vu se constituer dans la région du sac un infundibulum souvent fort disgracieux. Ces motifs nous ont engagé à substituer au cautère actuel les caustiques chimiques, qui, bien maniés, procurent des guérisons tout aussi promptes et tout aussi solides. Dans presque tous les cas, aujourd'hui, je procède de la manière suivante 1 :

Incision méthodique du sac, le tendon de l'orbiculaire restant intact. Lavage à l'aide d'une éponge imbibée d'eau froide. Quand l'écoulement du sang a cessé, on prend un cylindre de pâte de Canquoin, no 1 (page 191), de la grosseur d'une plume de corbeau, on en coupe un morceau long de 8 à 10 millimètres et on l'introduit profondément dans le sac par la solution de continuité. Celle-ci est ensuite recouverte de quelques brins de. charpie retenus par un fragment de taffetas d'Angleterre, et l'œil est ombragé par le monocle. Le malade reçoit l'ordre de rentrer chez lui, autant que possible en voiture. La douleur cuisante qu'il éprouve s'amortit graduellement.

Vingt-quatre heures après, j'enlève le taffetas et la charpie, et j'entraîne au dehors les détritus de la pâte, avec la curette de Daviel. Même pansement. L'escarre présente une teinte d'un gris noirâtre, à bords parfaitement tranchés. La plaie est entourée d'une auréole rouge, quelquefois œdémateuse, qui se propage souvent à une assez grande étendue de la paupière inférieure ; elle pourrait, à première vue, en imposer pour de l'érysipèle, mais c'est là un simple effet de la cautérisation. Toutefois, il faut continuer à recommander aux malades d'éviter le refroidissement, car une inflammation érysipélaleuse plus

'Voir la Gazette des hôpitaux, année '1860, p. 218.

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étendue pourrait être le résultat d'une imprudence. Cet accident, au reste toutes les t'ois qu'il s'est montré, a cédé à l'emploi des moyens les plus simples et n'a jamais nui au succès de l'opération.

L'escarre se détache au bout de douze ou quinze jours, et bientôt la chute des parties sphacélées est suivie de la cicatrisation, qui a lieu habituellement du dix-huitième au vingt-unième jour, quelquefois plus tôt. L'apparition d'un bourgeon sur la région de la plaie peut rendre utile la cautérisation ou l'excision du corps fongueux. Peu à peu, les téguments s'assouplissent et la cicatrice devient de moins en moins visible ; à la longue même, elle disparaît complètement. Les soins consécutifs ne se bornent guère qu'à garantir la plaie du contact de l'air, et à quelques verres' d'eau de Pullna, si, comme je le constate quelquefois, la langue devient suburrale. Je fais revenir les malades à la consultation tous les deux ou trois jours. Telle est la simplicité de ce traitement, qu'opérée le 47 septembre 4859, une femme de l'hospice des Incurables ne reparut à ma clinique que trois semaines après, pour faire constater sa guérison.

La pâte de Canquoin aune action d'autant plus lente, plus graduelle, plus efficace, et, en même temps, d'autant moins douloureuse qu'elle a été préparée plus longtemps à l'avance. C'est là le résultat d'une observation pratique qui n 'est pas sans valeur. On sait que cette préparation occasionne une douleur vive ; tout ce qui peut tendre à en modérer la violence doit être accueilli avec faveur. L'expérience a démontré l'influence favorable de ce genre de caustiques sur les altérations du tissu osseux. L'intervention de la pâte de Canquoin, dans les affections lacrymales, peut donc être salutaire, même quand elles sont accompagnées de carie.

On objectera peut-être, contre le procédé qui vient d'être décrit, un larmoiement que la persistance de la glande lacrymale doit rendre incurable, inGonvénient, d'ailleurs, qui serait commun à tous les expédients qui se rattachent à la méthode dont il s'agit. Or l'expérience démontre que si cet écoulement subsiste quelquefois en assez grande abondance, il est assez faible, dans d'autres cas, pour ne pas incommoder le malade; très-souvent même, il s'évanouit à la longue. Cette possibilité de la reprise du fluide lacrymal parles vaisseaux absorbants, en l'absence du libre jeu des tubes destinés à les pomper, est corroborée par les observations de tous les chirurgiens qui ont pratiqué cette méthode. Comme l'a fait justement remarquer M. Stoeber, la cessation du larmoiement, après la destruction, comme après la guérison du sac, s'explique si I on admet que, dans l'état normal, la sécrétion des larmes n'est pas assez abondante pour donner lieu à un écoulement permanent dans les naiines, et qu'il n'y a larmoiement, dans les dacryoblennorrbées, que parce que l'irritolion du sac se communique à la conjonctive et à la glande lacrymale et augmente la sécrétion de celle-ci. M. Tavignot dit avoir noté que le larmoiement avait souvent de la tendance à persister, quand la tumeur lacrymale était fort ancienne, la réaction sympathique du sac enflammé sur la glande ayant alors produit une habitude d'hypersécrétion qu'il fallait s'attendre à voir durer plus longtemps, mais non pas indéfiniment.

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