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CHAPITRE IV. — MALADIES DË l'aI'PAREIL LACRYMAL

J'ai aboli un bon nombre de sacs avec le chlorure de zinc, auquel j'ai renoncé, car, infinimcnl plus énergique que la pâle de Canquoin, il est d'un maniement, moins commode è\ plus dangereux et donne parfois lieu à des escarres plus étendues qu'on ne le désire. Pour l'appliquer dans les conditions qui nous occupent, on en place un fragment, de la grosseur d'un petit pois, dans un tuyau de plume long d'environ dëiîx Centimètres ; on met dans le tuyau, audessus du caustique, quelques brins de charpie ou un peu de papier mouillé; le tout doit pouvoir être commodément expulsé au dehors, à la faveur d'un bâtonnet qui glisse dans le tube. Le sac ouvert et les parties ayant été bien abstergées, on enfonce la plume jusqu'à l'os unguis, le caustique étant tourné contre cet os ; on pousse le bâtonnet, pour que le chlorure d'abord, puis la bourre pénètrent dans le sac ; on dégage alors le tuyau et en dernier lieu le bâtonnet, qui, pendant la sortie du tube, a maintenu les deux corps étrangers contre la paroi interne du réservoir ; immédiatement après, une grande quantité de charpie est introduite dans la poche affectée, précaution destinée à empêcher le caustique mêlé aux larmes de cautériser les lèvres cutanées de la plaie. On bande l'œil et le malade reste dans cette position pendant une demi-heure. Ce temps écoulé, la charpie est enlevée et une seringue, prête à fonctionner, verse une grande quantité d'eau froide dans le sac et dans ses environs, pour prévenir encore la cautérisation des lèvres de la solution de continuité, point essentiel de la manœuvre.

La pierre infernale, recommandée par Lallemand et par un grand nombre de praticiens, ne me semble pas jouir d'une énergie suffisante pour l'accomplissement du but qu'on a en vue dans les circonstances de ce genre. Rosas, les docteurs Magne et Gosselin se servent du beurre d'antimoine ; M. Stœber emploie la potasse caustique.

procédés divers. — Il est d'autant plus utile que nous exposions quelques autres expédients opératoires, qu'un bon nombre d'entre eux rentrent encore dans la pratique de chirurgiens distingués.

compression. — Cette méthode, jadis fort en vogue (page 188), est à peu près tombée dans l'oubli. Il est une circonstance, néanmoins, où elle ne mérite pas la proscription qui pèse sur elle ; celte condition est l'atonie, le relâchement atonique du sac lacrymal (dacryocystectasis). Quand, en effet, cet organe a été le siège d'une tuméfaction prolongée, surtout chez quelques sujets de constitution débile et molle, ses parois, longtemps distendues, peuvent avoir perdu la faculté de revenir sur elles-mêmes, comme les parois abdominales restent flasques et ridées, après l'évacuation de la sérosité d'une ascite ou après des grossesses multipliées. Le réservoir, alors, se remplissant de larmes, le malade le comprime de temps en temps, pour le vider vers la narine ou vers l'œil ; il se voit contraint d'exécuter, avec le doigt, ce que les tissus accomplissent d'eux-mêmes, quand ils sont doués de leur élasticité physiologique. M. Mackenzie accorde ici la préférence aux compresses graduées, dé jà conseillées par Laurent Verduc, et par-dessus lesquelles on place un petit coussin de cuir ; on les maintient, avec une bande étroite qui fait le tour de la tète ; de celte manière, ajoutc-t-il, la pression assujettit exactement les parties sur lesquelles on se propose d'agir, et

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elle peut être accrue chaque jour. L'appareil de Fabrice et de J. L. Petit, précédemment décrit, ue serait-il pas plus commode et plus approprié au but qu'on veut atteindre? Je suis fondé à le penser, ayant essayé sur moi-même cet ingénieux: instrument, dans l'intention d'en apprécier le mécanisme. Dans le cas cependant où le relâchement qui nous occupe constitue une infirmité trop gênante, il vaut beaucoup mieux ouvrir le sac et appliquer la pâte de Canquoin que de pratiquer l'ablation d'un lambeau de la paroi antérieure de la poche lacrymale, opération qui a été recommandée par quelques auteurs.

dilatation temporaire. Procédés de J. L. Petit, de Méjan, de Desault, etc. — J. L. Petit doit être considéré comme le père de la méthode qui nous occupe; le travail dans lequel il la lit connaître est inséré dans les Mémoires de. l'Académie des sciences de l'année 1734. «Il ne s'agit, dit-il, que de rétablir une machine hydraulique dérangée. Les larmes ne coulent point dans le nez ; elles tombent sur la joue ; elles sont retenues dans le sac lacrymal ; elles dilatent ce sac ; elles y causent tension, inflammation, rupture et fistule. La cause de tous ces effets est l'obstruction du siphon lacrymal. Pour détruire ces effets, il ne s'agit donc que de déboucher ce siphon ; puis les larmes couleront dans le nez, et alors plus de larmoiement, plus de rétention de larmes, plus d'inflammation, de rupture ni de fistule. »

J.-L. Petit ouvrait le sac, franchissait le canal nasal avec une sonde cannelée poussée jusque dans la narine, puis faisait glisser dans le sillon du dernier instrument une bougie conique, dont l'extrémité supérieure était munie d'un fil destiné à son extraction, lors des pansements. La bougie était changée tous les jours, jusqu'à ce que la guérison parût assurée. Modifiant, quelque temps avant sa mort, son appareil instrumental, J. L. Petit supprima la sonde cannelée, et fit établir sur l'une des faces d'un bistouri étroit et court, et près du dos, une gouttière, le long de laquelle il conduisait dans le canal un stylet mousse, qui était ensuite remplacé par une bougie. « Cette méthode, dit Bordenave, exige deux bistouris, dont la cannelure ne soit pas sur le môme côté ; elle ne permet pas qu'on emploie indifféremment le même pour les fistules lacrymales des deux yeux, à moins qu'il n'y ait une cannelure sur chacune de ses surfaces. » C'est cette dernière disposition que l'on rencontre habituellement dans les bistouris cannelés qu'on trouve chez nos fabricants d'instruments (Pl. V, fig, 16) et dont quelques opérateurs se servent encore pour engager dans le canal nasal une sonde, ou un mandrin armé de sa canule, immédiatement après avoir fendu le sac. Toutefois, le bistouri cannelé, qui ne présente pas une utilité réelle, peut être très-bien remplacé par un bistouri ordinaire, à lame étroite.

Aux bougies de J. L. Petit, Méjan, chirurgien de Montpellier, substitua des mèches. Son appareil instrumental se composait d'un stylet aiguillé (Pl. Y, fig. 8) et d'une sonde cannelée, forée vers son cul-de-sac. 11 commençait par introduire le stylet pourvu d'un fil de soie, dans le conduit lacrymal supérieur, et lui faisait parcourir, de haut en bas, toute la continuité des voies lacrymales. Dès que la lige métallique avait gagné le méat inférieur, Méjan cherchait à en recevoir le bout dans le sillon de l'autre instrument insinué dans la narine ; il attirait ensuite ce dernier, d'arrière en avant, et faisait passer l'extrémité info-

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