CHAPITRE IV. — MALADIES DE l'aPPAREIL LACRYMAL
rieure du stylet dans le trou du conducteur; après quoi, amenant à lui la sonde cannelée, tout en refoulant, de haut en bas, la première branche, il entraînait au dehors le bout de celle-ci ; le stylet était alors entièrement extrait, tirant après lui le fil dont était traversé son chas. Comme il fallait retrancher à chaque pansement la soie qui avait servi au pansement précédent, le fil, engagé la première fois, devait faire suite à une pelote, qu'on cachait sous le bonnet ou sous la perruque du malade. Le lendemain ou le surlendemain, Méjan attachait à la ligature saillante hors de la narine une mèche de quatre ou cinq brins de charpie, de la longueur du conduit nasal et enduite de basilicum ou d'huile d'amandes douces ; une traction, exercée de bas en haut, la faisait monter jusqu'à l'orifice supérieur du canal ; le séton était, en outre, garni à son extrémité inférieure d'un second fil, pour qu'il pût être retiré de la narine, au pansement suivant. La suite de la cure consistait dans le renouvellement quotidien de la mèche, qu'on chargeait de divers agents médicamenteux, et qu'on grossissait graduellement, par l'addition de nouveaux brins de charpie, jusqu'au volume d'une plume d'oie. L'on en continuait l'emploi, durant deux ou trois mois, parfois davantage, c'est-à-dire jusqu'à ce que le tube parût assez dilaté, le séton s'y élevant et descendant sans efforts.
Le procédé de Méjan, qui exempte d'une opération sanglante à la face, eut d'abord beaucoup d'apologistes ; mais bien que modifié, sous le rapport de l'extraction du stylet, par Cabanis, Balayer, etc., il finit par être presque généralement abandonné. La difficulté de la pose du fil, les fausses routes auxquelles on s'exposait, surtout lorsque, comme le voulait Méjan, on substituait un stylet aigu au stylet mousse, dans le cas où celui-ci ne pouvait arriver à la narine, la douleur, l'inflammation de l'œil et des paupières, la déchirure du conduit lacrymal supérieur, qui étaient les suites presque inévitables de la présence du fil, furent les inconvénients principaux qu'on reprocha à ce mode d'opérer, et qui engagèrent la plupart des oculistes à revenir à la voie tracée par J.-L. Petit, tout en conservant la mèche dilatatrice du chirurgien de Montpellier. Le premier qui fil l'application de lacombinaison des deux procédés paraît être Lecal.
La canule qu'employait Desault, pour mettre en place le fil conducteur, est d'argent, conique, légèrement recourbée, afin qu'elle puisse s'accommoder à lu direction du canal nasal ; coupée en bec de flûte, à son extrémité inférieure, elle est munie, près de son pavillon, d'un anneau latéral. Desault fendait le sac, avec le bistouri, faisait filer, le long de l'une des faces de celui-ci, un stylet mousse, qu'il conduisait jusqu'au canal nasal; dégageant alors l'instrument tranchant, il s'efforçait d'atteindre, avec sa sonde, le méat inférieur; cela fait, le bout supérieur de celte dernière était porté dans la canule, que Desault refoulait, de haut en bas, jusque dans la fosse olfactive. Il retirait ensuite la sonde, se servait d'un fort stylet, à extrémité bifurquée, pour entasser dans la cavité nasale et par la canule un fil de-Bretagne non ciré, que le malade devait expulser de la narine, en se mouchant1 ; puis, la canule était extraite, et quelque temps après, on passait le séton, de bas en haut, à l'aide du fil.
1 Lorsque les efforts du malade n'ont point réussi à chasser le (il, Boyer, qui avait
974 livkk m. — maladies des annexes de l'œil.
Pamavd (d'Avignon) introduisit dans le procédé de Désunit une modification importante. Il se servait d'xm ressort de montre, stylet élastique terminé en bas par un petit bouton, tandis qu'à l'autre extrémité, il est percé d'un chas. Le tube ayant été introduit comme dans le procédé qui précède, Pamard faisait passera travers sa cavité le ressort de montre, dont l'œil était garni d'un il 1 ; dès que la tige métallique avait quitté la canule, elle se déployait comme le ressort de la sonde de Bclloc, et son renflement olivaire venait se présenter à l'orifice antérieur de la narine ; il ne restait plus, pour établir le lil dans le conduit nasal, qu'à retirer le stylet, de haut en bas, avec les doigts ou avec une pince, et la canule, de bas en haut, après quoi on plaçait la mèche. L'expédient de Pamard offre cela d'avantageux que, la canule, une Ibis fixée, on peut ordinairement terminer l'opération avec rapidité, tandis que, dans celui de Desault, il faut quelquefois un temps assez long pour l'expulsion du fil.
Dans la pratique d'un bon nombre d'opérateurs, la canule de Desault a été remplacée par un tube analogue qui présente une perforation latérale, son extrémité voisine étant arrondie et mousse. Il faut que l'ouverture inférieure regarde en avant, au moment où l'on pousse le ressort ; il est aisé de ne commettre aucune erreur à cet égard, l'orifice étant placé sur la même ligne que l'anneau qui avoisine le pavillon. La modification que nous venons de signaler offre le bénéfice qu'on ne risque jamais, avec un tel appareil, d'érailler la paroi interne du conduit nasal, inconvénient dont ne met pas à l'abri le bec de cuiller de celui de Desault. Qu'on emploie l'un ou l'autre de ces tuyaux métalliques, nous ajouterons qu'un fort mandrin en argent, mousse à son extrémité inférieure, et d'un volume tel qu'il remplisse exactement la canule, tout en glissant aisément dans son intérieur, fournit à la main une prise solide et rend parfois l'introduction de l'instrument plus facile. Quelques opérateurs ouvrent le sac, font glisser une sonde cannelée déliée sur le bistouri, retirent ce dernier, poussent la sonde jusqu'à la narine, introduisent dans son sillon un stylet aiguillé armé supérieurement d'un fil ; quand le stylet a atteint le méat inférieur, ils enlèvent l'instrument conducteur et cherchent à amener à l'ouverture de la narine le bout inférieur de la tige métallique, à l'aide d'une sonde cannelée ordinaire, conduite sous le cornet; ce résultat obtenu, ils saisissent le stylet avec une pince, et l'entraînent au dehors, ainsi que le fil. Ce procédé nous parait loin de valoir celui de Pamard. Je comprends peu également l'utilité de l'expédient imaginé par M. Manec, et qui consiste à perforer le sac, de dedans en dehors, à l'aide d'une petite sonde à dard, qu'on fait arriver jusqu'au grand angle, par l'orifice inférieur du conduit nasal, l'œil dont le dard est percé, près de sa pointe, servant ensuite à passer le fil.
Application des cordes. — Dans les auteurs allemands, les cordes à boyaux sont dénommées par les lettres de l'alphabet. ÎNous ferons observer, pour l'intelligence de leurs écrits, que la lettre e correspond au mi, ou chanterelle du violon, que la lettre a désigne la corde qui vient immédiatement après, c'est-à-dire le
fréquemment recours à ce procédé, poussait des injections dans la canule, ou allait chercher la ligature sous le cornet inférieur avec un crochet mousse.