CHAPITRE IV. — MALADIES DE l'aPPAREIL LACRYJHAL
la, et que la lettre répond à la troisième corde, ou ré. Le sol (corde filée d argent et non employée) est représenté par <j. L'humidité dont les cordes se pénètrent les gonfle el en rend l'action des plus douces, ce qui est surtout avantageux à une époque où les parois du tube ne sont pas encore habituées au contact des corps étrangers.
•1° Procédé de la corde longue. — Le malade étant assis, le canal nasal ayant été sondé et débarrassé des matières qui l'obstruent, à l'aide d'injections poussées à travers la fistule, le chirurgien prend la corde enroulée, en déploie un bout ayant à peu près la longueur de l'espace compris entre le menton et Tare supérieur de l'orbite, tend ce fragment pour le redresser, en mâche un peu l'extrémité, afin de l'arrondir et d'éviter qu'elle n'éraille les parties, enduit la corde de cérat ou d'huile d'amandes douces, pour en rendre le glissement plus facile, puis l'introduit dans l'orifice fistuleux, horizontalement d'abord, ensuite de haut en bas. On la pousse peu à peu et sans efforts dans le conduit, jusqu'à ce que le malade la sente dans le nez; cela fait, on place quelques brins de charpie entre les lèvres de la plaie du sac, et par-dessus une petite pièce de taffetas d'Angleterre qui recouvre la fistule; quant à la portion encore enroulée, on l'enveloppe d'une compresse, et le tout est assujetti sur le front avec une bande. Le bout qui a pénétré dans la cavité nasale se recourbe sur lui-même en paquet, et il est parfois diflicile de le dégager de la narine, immédiatement après l'introduction ; mais, quand, une ou deux heures après, la corde a été ramollie par les fluides, il suffit de quelques efforts d'expiration, la narine du côté sain et la bouche étant fermées, pour que le fragment soit rejeté au dehors. Son extrémité sera fixée au moyen d'une-bandelette de taffetas d'Angleterre sur la joue voisine, sur l'aile du nez ou sur la lèvre supérieure. Le chirurgien pourra charger de ce soin le malade lui-même.
Le lendemain, on détache le bout inférieur; on enlève le taffetas d'Angleterre attenant à la fistule, ainsi que la charpie; on fait quelques injections d'eau tiède; puis on déroule un nouveau morceau, aussi long que celui du jour précédent; on le redresse, on le graisse de même, et le malade le fait descendre à la place du fragment ancien par une traction qu'il exerce sur l'extrémité inférieure de ce dernier. Dès lors, la portiwn dégagée, et qui ne sert plus à rien, est retranchée, et le morceau récent est assujetti comme celui de la veille. Ce pansement, tout à fait exempt de douleur, sera réitéré tous les jours.
La corde à boyaux peut être chargée d'agents pharmaceutiques appropriés aux conditions morbides de la paroi muqueuse du conduit. Dans les cas les plus ordinaires, c'est-à-dire quand la membrane n'est que boursouflée, lîosas se servait d'une pommade composée de 20 ou 30 centigrammes de sucre de saturne ou de pierre divine et de 8 grammes de beurre frais, avec addition de 40 ou 15 gouttes de teinture d'opium. Quand, au contraire, la présence d'obstacles inégaux e1 résistants faisait soupçonner un bourgeonnement granuleux dans le canal, ce professeur employait une pommade de précipité rouge (de 20 à 50 centigrammes de précipité pour 8 grammes d'axonge ou de beurre), ou l'onguent citrin de la pharmacopée d'Edimbourg. Les injections qu'on effectue par la fistule peuvent aussi être rendues médicamenteuses avec l'acétate de plomb, le sulfate
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de zinc, le sublimé corrosif. Quelques praticiens (llau, Dubois) trempent, au préalable, les cordes dans une solution plus ou moins concentrée de nitrate d'argent (cordes nil ratées).
La corde à laquelle on aura recours en premier lieu est la chanterelle du violon: on passera plus tard au la, puis au ré; on peut quelquefois débuter par le la. Jseger, Rosasctla plupart des Allemands recommandent de continuer l'emploi des cordes pendant cinq ou six semaines, cl même deux ou trois mois, jusqu'à ce que le calibre du conduit ait à peu près récupéré ses dimensions premières, résultat qu'on peut regarder comme atteint lorsque la sonde traverse librement le tube, et que les injections, pratiquées parle sac, le malade inclinant la tête en avant, s'échappent en torrent par le nez. C'est alors qu'on passe à un moyen généralement considéré comme le plus propre à consolider la cure et à diminuer les chances d'une récidive : à l'application des clous.
2° Procédé de la corde courte. — 11 est certaines conditions sociales qui s'opposent à l'établissement des cordes à boyaux suivant le mode que nous venons de décrire, car il est gênant et loin de présenter un aspect gracieux. 11 fournit toutefois au malade l'avantage de pouvoir se panser lui-même. Rosas ne traitait pas autrement les gens de la campagne, qui ne pouvaient se rendre journellement à la ville pour y visiter le chirurgien. L'introduction, au contraire, de la corde courte exige ordinairement l'intervention de l'homme de l'art.
Pour déterminer les dimensions que le fragment doit avoir, on sonde la première fois le conduit avec un stylet de baleine, que l'on pousse jusqu'au plancher de la cavité nasale; la longueur de la portion engagée indique celle qu'il faut donner à la corde. Puis on recourbe et on fend en plusieurs lambeaux le bout qui doit rester en dehors; la bougie perd ainsi en longueur vers la partie destinée à être introduite; cette diminution est nécessaire, son extrémité inférieure devant rester distante de quelques millimètres du plancher de la narine. On redresse le fragment, on en mâche le bout, on l'enduit d'un corps gras; après qu'il a franchi le canal et est arrivé sous le cornet, on sépare les lambeaux de l'extrémité fendue, on rabat chacun de ceux-ci sur les bords de la fistule, afin que la corde, une fois fixée, ne puisse pas glisser en bas, et la plaie est enfin garnie d'une mouche de taffetas gommé. Un tel pansement ne donne lieu à aucune difformité, surtout si l'on a l'attention de choisir du taffetas de la couleur des téguments. La bougie sera renouvelée tous les jours, et l'on pratiquera chaque fois, avant de s'en servir, une injection appropriée. Dans quelques cas, les malades mouchent le bout de corde; nous en avons vu qui, l'ayant axait' - venaient en émoi implorer le secours de leur médecin. Quant à la durée de son application et aux autres détails qui se rattachent à son emploi, ils sont les mêmes que pour le procédé de la corde longue.
Application des clous. — Les tentes métalliques qu'on introduit dans le canal nasal sont désignées généralement sous le nom de clous, parce qu'elles offrent à leur extrémité supérieure un renflement aplati , semblable à la tète d'un clou ordinaire. Ce renflement, destiné à rester au dehors, empêche la tige de descendre trop bas dans la narine; il présente encore l'avantage d'exercer une pression sur la paroi externe du sac, qui ordinairement a été longtemps distendue;