‹ Traité théorique et pratique des maladies des yeux [electronic resource]Chapitre 46 sur 501 · CHAPITRE l. — DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

CHAPITRE l. — DIAGNOSTIC

naisse à un âge en général le même pour tous les membres d'une même famille. Anrès avoir pratiqué avec succès l'abaissement chez une dame de soixante-deux ans, Dupuytren opéra, quelques années après, par la même méthode et avec un égal bonbeur, la fille de cette dame, el plus tard son petit-fils âgé de dix-sept ans. Le frère et la sœur de ce dernier furent amenés à la consultation de PHôtellieu en avril 1820; les cristallins commençaient à se troubler, et les objets n'étaient plus distingués qu'à travers un nuage. Le docteur Duval rapporte que son père opéra, en 1821, à Argentan, quatre sœurs dont la mère et l'aïeule étaient mortes cataractées. Des faits de ce genre sont nombreux dans les annales de notre art. Roux citait, dans ses leçons cliniques, l'histoire d'un paysan de Seine-et-Oise qu'il avait opéré d'un bcc-de-lièvre double, et qui était en même temps affecté d'un eclropion des deux paupières supérieures. Son fils présentait également ces deux écarts de la nature. J'ai donné des soins à Clémence Guichard, atteinte d'une dacryoblennorrbée gauche, et dont la mère, les deux tantes, sœurs de celle-ci, et la grand' mère maternelle ont toutes été sujettes à des affections lacrymales. Si les enfants peuvent ressembler à leurs parents sous le rapport du physique extérieur, pourquoi ne leur ressembleraient-ils pas aussi en ce qui concerne les autres particularités de l'organisme? Dans quelques cas, les parents ont joui du plein exercice des fonctions visuelles, et les enfants, par une prédisposition funeste, deviennent aveugles. On me consulta en 1850, pour la jeune Noémie, âgée de deux ans, du département de la Somme. Cette enfant, dont le père, la mère et les autres ascendants ne s'étaient jamais plaints de troubles dans la vision, était frappée de cécité. Je constatai l'immobilité des pupilles et le balancement amaurotique. La sœur, âgée de six mois, offrait des symptômes identiques. Au rapport du docteur Pauli (de Landau), Rodolphe Médian et sa femme, doués d'une conformation normale, eurent neuf enfants, tous aveugles-nés. Le père a les cbeveux noirs, la mère les cheveux blonds. Cinq enfants, à la chevelure foncée et aux iris bruns , sont affligés d'amaurose ; les quatre autres, pourvus de cheveux blonds et d'iris bleus, sont amaurotiques et cataractes en même temps.

J'ai été consulté pour quelques enfants en bas âge attaqués d'iritis, les uns à un œil, les autres aux deux yeux, par suite d'une syphilis héréditaire. Deux de ces enfants portaient des papules granulées aux commissures labiales. Toutefois, je crois devoir admettre que l'irilis est l'une des formes les plus rares de la syphilis héréditaire, au début de la vie.

Le chagrin, la frayeur , la colère deviennent maintes fois la source d'effets paralytiques du côté des yeux. « Lorsqu'un mouvement de colère irrite l'homme et l'enflamme, dit l'abbé Desmonccaux 1 ; lorsque, tout hors de lui-même, il fâche les uns et maltraite les autres, alors les yeux, qui sont le tableau de sa fureur frénétique, deviennent quelquefois celui de son malheur; car on voit des gens qui ont perdu la vue dans un accès de colère, et qui n'ont jamais pu la re-

couvrer. »

i l/abhn Desmonccaux , Traité des maladies des yeux et des oreilles. Paris, '1786. t. I«, p. 307.

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