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I.o l'ail suivant u été recueilli pur nous à Vienne

OnsiiiivATio.N I. — Un jeune homme du duché de Brunjjwick était affecté, depuis son enfance, d'une cataracte d'origine traumatique; le crislallin s'était résorhé; la capsule oLscurcie restait seule en place. Comme il allait se marier bientôt, il voulut être débarrassé de sa difformité. Wallher et d'autres praticiens, consultés, n'avaient trouvé à l'opération aucun obstacle. 11 se confia aux soins de Jaeger. Une ouverture ayant été l'aile à la périphérie de la cornée avec le couteau lancéolaire, le crochet à décollement, introduit par la solution de continuité, amena au dehors la membrane opaque, et la pupille devint parfaitement nette. Aussitôt après, le malade vit double. La diplopie ne céda i) aucun moyen ; elle disparaissait quelquefois, mais ne tardait pas à se reproduire; l'occlusion seule de l'œil opéré ou de son congénère la faisait cesser à l'instant même.

Jaeger expliqua le phénomène de la manière suivante. A la partie supérieure de la capsule opaque existait un pertuis par lequel les rayons lumineux pouvaient encore pénétrer au fond du bulbe, disposition par suite de laquelle ce dernier s'était insensiblement accoutumé a se porter en bas. La pupille ayant été complètement démasquée, l'organe avait conservé la même habitude; la diplopie était la conséquence de ce strabisme.

• Un jour que ce jeune homme se regardait clans une glace, il se vit deux bouches,

deux nez, etc. ; son impatience et sa colère étaient au comble, quand tout à coup la diplopie cessa. La faculté visuelle venait de s'éteindre pour toujours dans l'œil opéré : il était frappé d'amaurose.

Plusieurs observations de cécité subite, sous l'influence de l'ébranlement surgissant dans le système nerveux, par suite d'une alï'ection de l'âme, sont consignées dans les annales de la science. Demours rapporte qu'une femme fut frappée d'amaurose, dans une nuit, après avoir appris la mort de son fils. Un homme, attaqué par des voleurs qui ne lui firent aucun mal, tomba en syncope et devint aveugle : le docteur P. Jones le traita par l'émétique et l'électricité, renouvelée trois fois par semaine, moyens qui lui rendirent, au bout de trois mois, l'usage de la vue. Un autre sujet, dont m'a parlé M. Otto Roehrig, ayant été surpris , pendant la nuit, par l'incendie de la maison dans laquelle il habitait, fit une corde avec ses draps, la pendit à une fenêtre, et tenta de descendre dans la rue en s'y glissant. Le lien s'étant trouvé trop court, ce malheureux resta longtemps accroché à l'une de ses extrémités; on parvint à le délivrer. Il se coucha avec de la céphalalgie et une lièvre ardente. Peu de jours après, ses cheveux avaient blanchi et il était aveugle.

Les affections morales, l'ivrognerie, toute agitation du système nerveux, ont communément une inlluence marquée sur les déviations oculaires. « Je louche horriblement, me disait une dame, quand je me mets en colère. »

Chez Collibert, sculpteur sur bois, dont nous avons publié l'observation , en J 847, dans la Gazette médicale, l'iris est le siège d'un coloboma inférieur, à l'un et à l'autre œil, le diaphragme étant imperforé dans ses deux tiers supérieurs, et l'extrémité inférieure de chaque pupille étant accolée au limbe kératique. Cette corectopie est congénitale, d'après Collibert, et dépend de ce que sa mère regardait constamment les yeux d'un gros chat noir, qui habitait sa maison, pendant qu'elle était enceinte. «Mon lils a-t-il des yeux de chat?» s'écria-lelle, après avoir mis son enfant au monde. Le docteur Cornaz rapporte que la

..II.W1IUK I. — DIAGNOSTIC 91

femme d'un ouvrier anglais, qui séjournait à Bruxelles, pendant la révolution de 1830, fut très-eflïayée en voyant amener dans son domicile un malheureux auquel un coup de sabre avait longucmcnl entaillé la lace, du front à la bouche. Elle mit au monde un enfant qui offrait un coloboma de la paupière supéneure, un coloboma de l'iris et un bec-de-lièvre. Les impressions éprouvées par la mère, durant sa grossesse, peuvent-elles influer sur le développement de dispositions anormales chez les enfants? Des faits innombrables , que la raison a peine à accepter, ont été relatés à l'appui de celte opinion par M. Bry ( d'Angers), par M. Magne, par M. Philippart (de Roubaix), et par plusieurs autres observateurs. Je l'ai trouvée fortement enracinée dans les contrées de l'Orient , et elle me parait accréditée chez tous les peuples.

Article A. — Professions. — Habitations. — Vêtements. — Climats. — Substances pharmacologiques et alimentaires.

Les professions sont tellement nombreuses, et beaucoup d'entre elles se composent d'opérations si multipliées, que nous ne pouvons entrer que dans des généralités eu égard à leur influence sur l'organe visuel. Celles dans lesquelles les yeux sont soumis sans cesse à des poussières irritantes donnent lieu à des conjonctivites chroniques et à de la lippitude. Ces molécules, d'ailleurs, diffèrent essentiellement quant à leur malignité. Tandis que les unes n'agissent que d'une manière mécanique, comme la farine, à laquelle sont exposés les meuniers, les amidonniers, la poussière qui entoure les marbriers, les menuisiers, les matelassiers, etc., d'autres sont pourvues de propriétés plus ou moins corrosives, qui engendrent des phlegmasies plus vives, plus pénétrantes et plus tenaces. Telles sont les vapeurs sulfureuses, nitreuses, les émanations qui s'exhalent dans la manipulation de diverses drogues : poivre, cantharides, matières cuivreuses, arsénicales, etc. Les vidangeurs sont sujets à la mitte. Une ophthalmie à peu près analogue atteint les cureurs d'égouts, que leur profession soumet aux exhalaisons méphitiques provenant tout à la fois de substances animales, végétales et minérales.

Qui ne connaît l'influence délétère sur l'économie du blanc de céruse et d'autres préparations saturnines ? L'amaurose , qui peut en dériver, devra d'autant plus fixer notre attention qu'elle a presque complètement échappé à la description des ophthalmologistes. Le tabac à priser, longtemps conservé dans un emballage de plomb, a parfois donné lieu à des accidents toxiques de ce genre. M. Fiévée a beaucoup insisté sur les dangers qu'entraine le blanc de fard dont se servent certaines femmes du monde , les femmes galantes et les artistes de nos théâtres pour relever l'éclat de leur teint1. Cette préparation, d'un beau blanc, a pour bases le carbonate de plomb et la chaux. On peut calculer, d'après le docteur Fiévée, que les sept dixièmes au moins des comédiens vieillissent avant le temps et meurent dans une sorte de décrépitude anticipée ; ils succombent habituellement à des lésions organiques. La figure flétrie et le teint plombé (ju'ils offrent , état qu'un préjugé calomnieux attribue aux excès d'une vie de

1 Gazette médicale, 1853, p. 744 et 764,

J- LIVRE I. OOISSWKHATIONS I.KNKKAI.KS.

plaisirs et de débauche, nesont, dans l'opinion «le M. Fiévée, mie les conséquences de I' pM prolongé de ce fatal cosmétique.

J'ai vu quelques batteurs d'étain, chez lesquels le blanc des yeux, et même les cornées, avaient contracté, après six ou huit années de travail, une teinte grisâtre. Cette condition ne paraissait pas nuire à la vue.

Certains états dans lesquels les yeux subissent l'action continuelle d'un feu ardent ( verriers, émaillcurs, fondeurs sur métaux, etc.) prédisposent, dit-on, à la cataracte, ce qui semble vrai théoriquement, mais ce qui, en réalité , m'a paru loin d'être exact.

Les chaufourniers, les maçons sont exposés à des vulnérations graves par la chaux; les artificiers, les mineurs, à la brûlure des yeux par la poudre à canon et à l'incrustation de grains de cette même poudre dans leurs membranes; les rémouleurs , les tourneurs sur métaux, les mécaniciens , à l'implantation de fragments métalliques dans la cornée ; les moissonneurs à des blessures par des épis d'orge ou de blé, forme d'ophthalmie qui sera l'objet de quelques détails. Le principe de la pustule maligne ayant, en général, pour véhicule les dépouilles des animaux charbonneux, il en résulte que les tanneurs, les corroyeurs, etc., sont surtout enclins à contracter cette maladie.

Rien n'est commun comme les congestions ehoroïdiennes dans les professions qui exigent l'immobilité des membres inférieurs, pendant .que le ventre et la poitrine sont comprimés et que les yeux sont astreints à une application soutenue, durant le jour, dans un lieu souvent mal éclairé, et, pendant la nuit , à une lumière artificielle. Nous citerons dans cette catégorie les tailleurs et les cordonniers. Le docteur Tardieu a fait la remarque qu'un enfoncement du thorax existe presque constamment chez ces derniers, au niveau de l'articulation chondro-sfernale des sixième, septième et huitième côtes.

Quelques professions sont surtout nuisibles, parce que l'accomplissement des travaux qu'elles réclament répugne à la conformation visuelle des individus qui s'y adonnent. C'est à cette catégorie que se rattachent les maladies oculaires dues à un défaut d'accommodation et dont nous parlerons plus tard.

Les habitations sont susceptibles d'exercer une grande influence sur l'intégrité de l'organe visuel. On prévoit les inconvénients, à cet égard, des logements bas, obscurs, humides, sans courants d'air, et ceux des maisons dont les alentours sont encombrés de fumier, d'immondices, d'eaux croupissantes, d'une vase infecte, remuée par les roues des voitures ou desséchée par les rayons du soleil. J'ai vu les murs encore frais d'une maison nouvellement construite avoir pour résultats des ophthalmies et même des paralysies oculaires. Tel était le cas de cette jeune mariée, dont Auguste Bérard relatait l'histoire à sa clinique, et qui fut atteinte d'une hémiplégie faciale, la première nuit de ses noces, après avoir couché dans un lit qui touchait à un mur dont les plâtres étaient récents. J'ai été consulté par des hommes de cabinet, dont l'amaurose reconnaissait pour cause le travail devant un mur blanc qui réfléchissait une vive lumière.

Si, dans quelques cas, les corsets imaginés pour soutenir la taille sollicitent l'engorgement des viscères abdominaux et un afflux de sang vers la tête , cette dernière conséquence, fatale aux yeux, est surtout imputable aux cols et cravates

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