‹ Traité théorique et pratique des maladies des yeux [electronic resource]Chapitre 48 sur 501 · CHAPITRE I. — DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. — DIAGNOSTIC

trop serrés. Ce n'est pas impunément, en effet, lqu> détermine une constriction circulaire violente sur une région sillonnée par tant de vaisseaux , et qui établit une communication entre tant d'organes. «Depuis quelques années, dit le docteur Serre (dWlais)1, nous avons contracté l'habitude de passer 1 index entre le cou et la cravate des malades qui viennent à nos consultations , et un grand nombre de fois, il nous a été difficile d'y faire glisser ce doigt , tant était forte l'action compressée. Pas un de ces malades ne veut convenir de 1 excès de pression exercée par la ligature, ni croire à la nécessité de la diminuer. 11 y a, dan. la pose de ce collier, un charme trompeur, qui tient à l'activité même de sa puissance compressée; en augmentant la vascularité de la face, elle lui donne un aspect passager de santé qui charme certaines natures. On remarque alors, et c'est là le signe pathognomonique de la maladie, le gonflement quasi-variqueux des veines frontales et jugulaires, derrière l'angle du maxillaire inférieur ; il nous a été donné d'observer une fois un cou ramené au volume de la colonne vertébrale, légèrement augmentée de ses parties molles, diminuées et réduites à leur plus simple expression. Malaise général, difficulté de marcher, faiblesse dans les jambes, gène dans la respiration, douleur dans le cœur, digestions difficiles, constipation, amaigrissement , diminution considérable dans les forces, vertiges ; voilà le tableau général des souffrances ressenties par ces malheureux étranglés. »

Le chapeau d'homme , tel qu'on le porte dans un grand nombre de contrées, ne garantit guère les yeux de l'impression du vent et du soleil; toutefois, il ne peut nuire , s'il est doué d'une conformation spacieuse. On a reproché, par contre, aux chapeaux de forme exiguë de donner lieu à la raréfaction de l'air contenu entre le crâne et la coiffure, d'où la constitution d'une sorte de ventouse qui appelle le sang à la tète ; la compression des nerfs tégumentaires, et notamment de la branche frontale de l'ophthalmique de Willis, peut surtout causer une céphalalgie pénible. Au rapport du docteur Rigler, qui a longtemps exercé la médecine à Constantinople2 , l'adoption en Turquie de la calotte ou fez, en guise de l'ancienne et lourde coiffure appelée turban, y a singulièrement diminué le nombre des aveugles. Ce praticien annonce que la plupart des individus chez lesquels la cécité dérivait de cette cause étaient affligés d'amaurose. Plusieurs furent trouvés atteints de glaucome.

11 est aisé de prévoir, d'après ce qui vient d'être dit, combien doit être nuisible aux yeux la double constriction émanant d'un lien cervical serré et d'une coiffure étroite. Quelques médecins belges , qualifiés de compressionnistes, ont attribué à cette influence la cause de l'ophthalmie dite des armées, opinion erronée d'après nous, comme nous l'établirons dans la suite.

C'est dans les contrées humides et brumeuses, où abondent les affections catarrhales, rhumatismales et strumeuses, que j'ai constaté le plus d'ophthalmics. Je me souviens d'en avoir rencontré beaucoup dans les gorges du Valais , pays

1 Un mot sur la Constricliondu Cou, ou maladie de la cravate. (Bulletin de thérapeutique, t. L, p. 123.) s Annales d'oculislique, t. XX. p. 59.

des goitreux et des crétins. La masse des maux d'yeux de tout genre m'a paru fort considérable à Londres. Qui lie eonnaîl les ravages que produisent les ophthalrno-blenhdrrhécs on Egypte? Les affections ophthalmiques m'ont paru infiniment moins communes dans le midi de la France que dans le nord.

L'influence du soleil ardent des pays chauds ne me semble guère devoir figurer dans I eliologic désaffections amaurotiqnes, en ce qui concerne les naturels de ces pays, habitués à son éclat. Il peut être funeste, au contraire, aux étrangers qui ne s'en garantissent pas par des moyens artificiels. C'estainsi que l'Iiéméralopie atteint souvent, le voyageur sous la zone lorride. On a dit que l'on rencontrait fréquemment l'amaurose rétinienne en Laponie et dans des contrées couvertes de neige pendant une grande partie de l'année; attribuée à la longue influence des surfaces qui éblouissent les yeux, cette affection a été appelée cécité rie neige. Fondé sur les observations de M. Martins, membre de la commission Scientifique du Nord, M. Furnari pense que l'habitude de séjourner dans des cabanes, ou sous des tentes remplies de fumée, est plus propre à engendrer des ophthalmies chez les Lapons que l'éclat delà lumière réfléchie par la neige.

D'après le docteur Mon tain ( de Lyon), les hommes qui vivent dans les lieux secs et arides sont plus exposés à la cataracte que ceux qui sont soumis à des conditions contraires, et une longue observation a prouvé aux opérateurs de Lyon qu'elle était souvent fréquente chez les habitants du Vêlai et du Yivarais, pays montueux et couverts d'anciens cratères. Je dois dire, à ce sujet , que le nombre des cataractes ne m'a pas paru , toutes choses égales d'ailleurs , plus considérable à Naples qu'à Paris. J'en ai fort peu rencontré en Algérie, observation qui concorde avec celle de chirurgiens militaires qui y avaient fait un long séjour. Pour prouver que l'insolation prolongée était lune des causes de la cataracte, l'on a cité l'exemple des cultivateurs} parmi lesquels cette affection serait très-fréquente. Mais ne convient-il pas plutôt d'admettre que, si Ton rencontre plus d'agriculteurs que d'autres personnes qui soient affligés de cataracte, cette circonstance tient à ce que le nombre des habitants des campagnes l'emporte de beaucoup sur celui des habitants des villes ?

Nous verrons, en traitant surtout de l'amaurose, que le sulfate de quinine, les iodiques , quelques poisons narcotiques ou narcotico-âcres , etc., peuvent donner lieu à des désordr-es du côté du sens visuel. L'abus des boissons fermentées, qui engendrent des symptômes de pléthore et d'excitation , lui est princibalement nuisible, quand, prises à jeun et pendant la vacuité de l'estomac, elles sont mises en contact immédiat avec les parois gastriques.

Article 5. — Répercussion d'irritations cutanées. — Suppression d'un écoulement auriculaire, d'une phthiriase, de la sueur habituelle des pieds.

Les écoulements fournis par des anciens ulcères , etc. , étaient considérés comme fort avantageux par la médecine humorale; c'étaient , disait-on, de précieux émonctoires, à la laveur desquels la nature purgeait le sang de quelque acrimonie qui en altérait la pureté ; on évitait donc de les arrêter. Bien que cette doctrine ne soit plus en harmonie avec les idées actuelles, la prudence

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