CHAPITRE I. — VICES DE CONFORMATION. 1UIJ
dont l'apparence d'un organe supplémentaire ne serait que la plus faible trace.
Il arrive quelquefois que les yeux présentent congénitalement une situation insolite ; que l'un d'eux, par exemple, soit plus élevé que son congénère. Le degré de développement des os, un épanchement, une tumeur, une maladie quelconque de l'enceinte orbitaire ou des cavités limitrophes, peuvent être les causes de ces anomalies de position des deux globes ou d'un seul de ces organes. On a prétendu qu'on avait trouvé des yeux à l'occiput, à la poitrine, aux aisselles, aux cuisses, etc. M. Cornaz fait observer que le récit de presque tous ces phénomènes remonte à des temps anciens, où le peu de lumière, en ce qui concerne l'anatomie pathologique, faisait souvent accepter à la légère les contes les plus absurdes. Quelques-uns avaient probablement rapport à des tumeurs qui ont été prises pour des yeux; d'autres ont pu être observés chez des acéphales, des hémicéphales ou des fœtus à deux têtes soudées l'une à l'autre, d'où il résulterait que ces vices de conformation seraient encore, dans quelques cas, le résultat d'une duplicité monstrueuse.
DE QUELQUES AUTRES YICES DE CONFORMATION DE l'(EIL ET DE SES DÉPENDANCES.
1° globe oculaire. — Microphthalmie. Iridérémie. Coloboma de Viris, etc. — Par suite d'un arrêt survenu dans son évolution , le globe peut être plus petit que dans les conditions normales ; c'est ce qui a été appelé microphthalmie congénitale. Elle affecte plus souvent les deux yeux qu'un seul œil. Parfois, dans l'espèce, l'organe n'est pas pourvu de toutes ses parties constituantes; dans d'autres cas, celles-ci continuent de subsister avec des altérations plus ou moins complexes (opacités du miroir, coloboma de l'iris, cataracte, etc.). M. Gescbeidt a émis à cet égard la théorie suivante. Le premier degré du microphlhalmos remonte à la phase de la vie embryonnaire, où il n'existe encore aucun vestige de l'iris. Il y a alors iridérémie; c'est la variété la plus rare. Caractérisé par les différentes nuances du coloboma iridien, le second degré date d'une période plus avancée de la vie intra-utérine, époque à laquelle l'iris a commencé à se former. Le troisième degré surgit, quand le développement de l'organe a été enrayé à une époque où ses parties constituantes, bien que formées, ne possédaient point la force et la perfection nécessaires. La microphthalmie n'entraîne pas nécessairement la privation de la vue ; si quelques-uns en sont affectés, d'autres voient plus ou moins. Les conditions dans lesquelles ils se trouvent peuvent se bonifier d'ailleurs à mesure que le corps prend de l'accroissement. Une opération de cataracte, de pupille artificielle, pratiquée sur un œil microphlhalmique, est susceptible d'en seconder le développement, par suite de l'exercice auquel l'organe acquiert dès lors la faculté de se livrer.
M. White Coopcr annonce que, dans tous les cas de double microphthalmos qu'il a eu l'occasion de constater, il a en même temps rencontré un vice de développement du système dentaire. Exiguës, ébréchées, présentant une coloration t anormale, les dents se cariaient avec promptitude. La cause qui s'opposait au développement de l'œil semblait tenir l'appareil dentaire sous sa dépendance (p. 352). Ce genre de sujets étaient de petite taille, souvent rachitiques; le plus habituellement, leur caractère était bizarre et leur intelligence obtuse.
Le défaut opposé à celui qui vient d'être signalé est la mégalophthalmie, augmentation de volume du globe. Une accumulation exagérée de liquides dans la coque de ce dernier nous paraît la condition la plus fréquente de cette anomalie (mégalophthalmie hydropique, p. 796). Les yeux peuvent être encore refoulés en avant sous l'influence d'une diminution de la capacité orbitaire, par suite d'un développement insolite des lobes antérieurs du cerveau ou d'une hydrocéphalie.
La conjonctive scléroticale peut être le siège de quelques anomalies congénitales : le xérosis (Wardrop), le ptérygion (p. 321), des tumeurs mélaniques, des nœvi, des excroissances garnies de poils. On a rencontré des cas dans lesquels cette membrane donnait lieu , vers l'angle externe , à un repli, à une sorte de valvule, sous laquelle allait se cacher une certaine partie de la cornée, dans les mouvements d'abduction de l'organe *.
Nous avons dit que la sclérotique était sujette à être maculée de taches pigmenteuses, et que sa teinte, d'un bleu d'azur chez les enfants, ne devait pas être considérée comme l'expression d'un état morbide (p. 43). Dans la mierouhthalmie, dans l'hydrophthalmie congénitale, une coloration bleue exagérée de la sclérotique dénote évidemment un amincissement contre nature de cette membrane.
Le staphylôme pellucide de la cornée s'est assez souvent présenté comme vice de première conformation. 11 est digne de remarque que le sommet du cône kératique n'est jamais ou presque jamais opaque lors de la naissance; il ne se trouble que plus tard, habituellement vers la huitième ou la dixième année (d'Ammon), par suite du froissement qu'il éprouve de la part des voiles palpébraux(p. 340). L'irritation que communique à ces derniers la partie culminante delà tumeur les dispose à se contracter; le sommet du cône sera d'autant plus exposé à s'obscurcir que le blépharospasme sera plus actif et plus souvent répété. Il y aurait erreur à croire que les opacités congénitales.de la cornée soient généralement le résultat d'une kératite intra-utérine; elles semblent le plus souvent reconnaître pour origine un arrêt de développement de cette membrane, et c'est pour ce motif qu'on les voit communément associées à des vices organiques dans la conformation générale du globe, dans l'iris, le cristallin, etc. Elles sont partielles ou totales. Voici sous ce rapport le résultat de quelques recherches faites par M. d'Ammon. On rencontre habituellement les obscurcissements partiels dans la microphthalmie ; ils n'existent jamais au centre du miroir; ils se montrent au point d'union de la sclérotique et de la cornée, région
1 Annulas cVocAtlislique, t. XXXVI, p. 49.