‹ Traité théorique et pratique des maladies des yeux [electronic resource]Chapitre 49 sur 501 · CHAPITRE I. — DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. — DIAGNOSTIC

commande de mettre une grande réserve dans la suppression des mouvements fluxionnaires qui ont leur siège du côté de la peau; un état pathologie qu, pan devenir funeste, succède parfois à la cessation plus ou moms brusque d une

| Unloldât de la garde mobile parisienne, qui me consulta en août 1849, prétendit qu'une conjonctivite chronique, dont il était atteint aux deux yeux avu. pris naissance à la suite de la suppression d'une dartre qu'il portait au nez depu.s trois ans et était le résultat du contact d'une plante vénéneuse. La guer.son d'un érysipèle à la jambe fut suivie d'une conjonctivite, avec chemosis séreux, chez Caroline Michel. Une kératite gauche, dont était affectée Eugénie Delobe, avait pour origine, au rapport de sa mère, la disparition d'une dartre vive à l'aine. Nous verrons plus tard que des lésions bien plus sérieuses peuvent dériver de la condition étiologique qui nous occupe. Une tille de 4 ans, dont le docteur Compagnauo a relaté l'histoire, était tombée dans le marasme et avait les extrémités supérieures et inférieures paralysées par suite de la suppression artiucielle d'une gourme qui occupait le derrière de la tète. L'application d'un large vésicatoire sur la partie postérieure du cuir chevelu et des frictions sur la région de l'épine avec la pommade d'Autenrieth , furent suivies, au bout de quelques mois, du rétablissement complet de la malade. M. Compagnano pensa que l'irritation supprimée s'était portée sur les membranes internes de l'encéphale, avait probablement accru la sécrétion du liquide céphalo-rachidien et causé une hydrorachie, laquelle comprimait la moelle et les racines des nerfs qui portent le mouvement aux membres. §

Informez-vous donc, principalement en présence de quelques affections graves de l'organe visuel, s'il n'y aurait pas préexistence d'une dartre, d'un ulcère, d'un exutoire quelconque. Les renseignements qui vous seront fournis pourront surtout avoir de l'utilité dans des lésions d'origine obscure.

Parfois, des affections oculaires ont surgi à la suite de la cessation d'une otorrhée, comme après celle d'un écoulement localisé derrière les oreilles. Je fus consulté, le 18 septembre 1856, pour un enfant de vingt-huit mois atteint, à l'œil droit, d'ophthalmo-blennorrhée. Un écoulement par les oreilles existait, me dit-on, depuis l'âge de sept mois; l'œil s'était pris, après sa disparition, il y avait quatre jours. Ayant prescrit, entre autres moyens, des frictions derrière chaque oreille, avec une pommade contenant de l'huile de croton, j'eus la satisfaction de constater, le 2 octobre suivant, la guérison du jeune malade , l'écoulement auriculaire s'étant reproduit sous l'influence des onctions irritantes. Sujette, depuis plusieurs années, à une otorrhée droite, qui la mettait dans l'obligation d'entretenir du coton dans l'oreille, madame Aubry, âgée de cinquante-neuf ans, fut attaquée d'une opbthalmie violente, après qu'elle eut arrêté le flux morbide par des injections dans le conduit auditif avec une décoction concentrée de roses de Provins.

L'affection pédiculaire, commune chez les jeunes sujets, a été placée au nombre des désordres pathologiques que peut susciter l'exagération du tempérament lymphatique. On voit, chez quelques enfants, une immense quantité de poux grouiller sous les cheveux réunis par paquets et entremêlés de telle sorte

V)t> LIVRE I. CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES.

qu'ils forment des musses dures, épaisses, des nodosités de grosseur variable. C'est à cotte maladie, qui a quelque affinité avec la plique, qu'on a donné Le nom de cachexie pédiculaire.

De grands désastres ont été justement rapportés a la coupe intempestive dos cheveux: et à la brusque suppression de la phthiriase sans précautions préalables. Le docteur Cartier m'a dit avoir vu, à la Nouvelle-Orléans, un jeune sujet mourir de méningite, après qu'on lui eut couvert la tête de feuilles de tabac sec pour le délivrer de nombreux poux. Bien que la rétrocession de l'irritation cutanée ait dû avoir une large part dans la production de l'accident, il faut tenir compte aussi de l'influence de la substance toxique. Les frictions d'onguent mercuriel, employées pour détruire lespediculi capitis, ont entraîné, chez quelques enfants, des mouvements convulsifs 'et d'autres accidents très-graves. L'amaurose peut surgir dans de telles conditions, comme nous le verrons dans la suite.

Un enfant de cinq ans, atteint de kératite à l'œil gauche, reçut, à ma consultation, l'injonction de faire usage d'onctions sur le front, avec l'onguent napolitain belladone. Or, je constatai, quatre jours après, une grande exaspération dans la photophobie et les autres accidents oculaires. La mère crut avi raison qu'elle dépendait de la suppression des poux, par suite des frictions hydrargyriques. « Ils sont en proie à une vive agitation, me dit-elle, sortent de leur retraite et tombent en masse. » Elle ajouta que des frictions du même genre, conseillées il y avait une année à son enfant, avaient également détruit les poux, mais oGcasioné une toux qui demeura fort opiniâtre.

Demours me fournit quelques documents ^qui ne doivent pas être, passés sous silence. Consulté par lettre 1 pour un enfant de huit ans habitant Nantes, et qui, après avoir eu la tête couverte de poux qu'on détruisit brusquement par la staphisaigre, fut affligé d'une ophthalmie douloureuse, Demours répondit qu'il était très-probable que la fluxion qui s'était jetée, depuis deux mois, sur la lèvre supérieure, le nez et l'organe visuel, avait été déterminée par la prompte suppression de la vermine. Il prescrivit le petit -lait, avec le sirop de pommes composé, une infusion de fleurs de mélilot pour bassiner les yeux, et un vésicatoire derrière chaque oreille. «Si, après trois semaines, continue-t-il, le gonflement des paupières n'est pas entièrement dissipé, le meilleur moyen sera de rendre à l'enfant les poux qu'on lui a supprimés, de les conserver jusqu'à ce que tous les accidents soient cessés, et de ne les détruire que peu à peu, par le moyen du peigne. On le purgera doucement deux fois par semaine. » A la page 92 du tome I- du même ouvrage, l'auteur s'exprime de la manière suivante : « Les insectes, que l'on trouve si ordinairement sur la tète des eïifants, agissentils seulement par l'irritation que produisent leurs piqûres, ou font-ils 1 ettet d'une foule de petites sangsues? Les doigts de l'enfant-, force à se gratter pour apaiser le prurit que ces piqûres lui occasionent, déterminent-Us sur le cuir chevelu une irritation utile, qui, en se déplaçant, peut se porter sur les yeux I Ce qu'il v a de certain, c'est que, très-souvent, la disparition subite même spontanée, de ces insectes, donne lieu à des phlegmasies de l'œil. » Demour,

' De-mours,' Trailë des maladies des yeux. Paris, 4848, U IL p. 30 el 81.

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ajoute que, dans les inflammations ophthalmiques qui proviennent de la suppression des poux, à différentes époques de l'enfance, il a coutume de remettre sur la tète un certain nombre de ces insectes, expédient qui lui à valu de grands succès.

Par son abondance, et souvent par sa fétidité, la transpiration des pieds constitue, cbez un bon nombre de personnes, un état anormal, sinon un état pathologique. Nous verrons, en traitant de l'amaurosc , que sa suppression est loin d'être sans danger pour l'organe visuel. Plus celle suppression est brusque, surtout pour des transpirations anciennes et ayant pour ainsi dire acquis droit de domicile, plus elle peut être fatale.

Des douleurs rhumaloïdes, des éruptions cutanées rebelles, l'anasarque , la bronchite, ont parfois été attribuées à l'influence dont il est ici question. L'asthme s'en est montré souvent la conséquence dans ma pratique. Le docteur Travers,;! me racontait qu'il avait traité une femme atteinte, depuis six années, de migraines violentes, de maux d'oreilles et de surdité. Les pieds, auparavant en sueur, étaient devenus le siège d'un refroidissement glacial. M. Traversât appliqua les moyens dont il m'avait vu faire usage à mes consultations cliniques; la transpiration fut rappelée, et tous les accidents cessèrent. Dardenne, à qui j'ai donné des soins, était affligé d'un larmoiement chronique qui devenait infiniment plus abondant dès que ses pieds, habituellement en sueur, se refroidissaient.

L'infirmité qui nous occupe est assez rare dans les premiers temps de la vie; c'est à partir de la quatorzième ou de la quinzième année qu'elle se montre le plus habituellement. De nombreux exemples m'ont démontré qu'elle était fort souvent héréditaire. L'un de mes confrères, qui me consulta pour son beaupère frappé d'amaurose, insista beaucoup sur une grande diminution de la sueur des pieds qui avait eu lieu cbez ce malade. Ses frères et sœurs offrent cette même transpiration; c'est, me dit-on, une disposition de famille. Bernard, que j'ai traité d'une paralysie de la troisième paire droite, que j'attribuai à la même influence, m'a raconté que la transpiration des pieds existait chez lui depuis son enfance; que son fils, âgé de vingt ans, en était atteint; qu'il en était de même de sa fille, alors âgée de huit ans. La sueur des pieds serait contagieuse, d'après Lobstein, qui a soutenu qu'il suffisait de porter les bas ou les souliers d'une personne qui y était sujette, pour gagner la même infirmité. Lorsqu'elle est invétérée et abondante, on doit, d'après le même auteur, la regarder comme un motif de dispense pour le service militaire. Telle est encore l'opinion de Krugelstein , fondée sur ce que cette infirmité rend le fantassin sujet à avoir les pieds entamés et expose le cavalier a une suppression, par refroidissement, qui peut altérer sa santé.

On a remarqué que. cette transpiration locale n'exhalait aucune ou presque aucune odeur chez les uns, qu'elle en avait une très-fétide chez d'autres, notamment par la marche et dans les chaleurs. Chez les premiers, a-t-on dit, la sueur est le produit d'une perspiration exagérée de la peau, tandis qu'elle dérive des follicules sébacés chez les seconds, qui sont plus nombreux; c'est, d'après le docteur Tromsdorf (d'Erftrrt), une substance huileuse qui se combine avec la

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vapeur de la transpirai ion, et son odeur provient de l'ammoniaque que le produit contient. Quoi qu'il en soit de cette division, et bien qu'on ait avancé que la sueur des pieds, qu'on obtient artificiellement, n'est efficace que quand elle est fétide, il me paraît conforme à la vérité d'admettre que la fétidité résulte en grande partie du défaut de propreté, et que le retour de la transpiration, même dénuée de fétidité, ne compromet aucunement les résultats avantageux qu'on a en vue d'atteindre.

Article 6. — Influence de maladies variées.— Contagion. — Intermittence.

Parmi les affections non encore citées, et qui peuvent participer à la production de désordres oculaires, nous signalerons la chlorose, l'hystérie, l'épilepsie, l'albuminurie, le diabète, Jes maladies de l'estomac, des intestins, du foie, et, dans certaines contrées, la pellagre et la plique. Un grand nombre d'observations recueillies par le docteur Jordan (de Birmingham), et dans lesquelles des affections du cœur étaient associées à des cataractes, ont conduit ce praticien à une conclusion qu'il ne faut accepter qu'avec réserve : c'est qu'il est impossible de ne voir dans ces faits qu'une simple coïncidence; qu'il faut admettre comme réelle l'influence des maladies du cœur sur la production des opacités cristallines ». On devra prendre en considération sérieuse une suppression du flux menstruel, celle d'hémorrhoïdes, d'une épistaxis ou d'une saignée habituelle, la préexistence d'une vulnération et surtout d'une lésion traumatique à la tête. L'hypertrophie amygdalienne n'est pas sans influence sur l'origine et la durée de certaines phlegmasies ophlhalmiques, d'où le principe de constamment explorer les amygdales des enfants atteints d'ophtbalmies chroniques et de les extraire au besoin. Les efforts de toux congestionnent la tète et les yeux, sollicitent la persistance des inflammations oculaires, donnent lieu à des suffisions sanguines , externes ou internes, de l'organe visuel; la rupture d'une cornée ulcérée, la hernie de l'iris, l'évacuation des humeurs, après l'opération de la cataracte par extraction, peuvent en être les suites. L'éternument est propre à produire des effets identiques. Fabrice de Hilden parle d'un jeune homme qui, ayant pris l'habitude de se faire éternuer à volonté, fut. un jour totalement privé de la vue après avoir éternué plus de cent fois; il la recouvra, au bout de quelques jours, à la suite de l'application de ventouses entre les épaules, et d'un sélon à la nuque. Une infhwnmation delà membrane pituilaire, un ozène lié à un eczéma chronique des narines, ou à une carie nasale, peuvent être la source d'accidents phlegmasiques aux yeux, et surtout dans le trajet des voies excrétoires des larmes.

Les relations pathologiques du système dentaire et de l'appareil visuel méritent la sollicitude du praticien. Un oculiste de Paris a longtemps donné des soins à un fonctionnaire public tourmenté, à un œil, par une inflammation douloureuse et sujette à des exaccrbalions continuelles; toutes les médications s'étaient montrées stériles contre cette affection qui offrait quelques caractères de l'iritis, quand l'avulsion d'une dent cariée, qui fut pro-

1 Union médicale, I8.'>7, p, 186.

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