CHAPITRE II. — LÉSIONS TUAUMATIQUKS DE l'oïIL
filtrent de lymphe plastique et la solution de continuité se cicatrise comme si elle existait dans tout autre tissu fibreux. Bornées à l'épaisseur de la membrane, ce qui est fort rare, les plaies de la sclérotique sont communément dépourvues de gi-avité; celle-ci dérive plus particulièrement de troubles plus profonds que l'accident a pu susciter dans l'organe. Les solutions de continuité pénétrantes de la sclérotique entraînent fréquemment l'évacuation d'une certaine quantité d'humeur vitrée et la formation d'une hernie de la choroïde.
Les détails dans lesquels nous sommes entré, en traitant de l'opération de la cataracte, ont déjà mis le lecteur en demeure de juger des effets des piqûres et des coupures de la cornée. L'extraction des corps étrangers, dans laquelle nous grattons, nous raclons cette membrane, démontre péremptoirement qu'elle supporte les vulnérations avec une grande tolérance. Les contusions sont les plus funestes de toutes les influences traumatiques susceptibles de l'atteindre. Une mydriase peut en être la suite (p. 393).
Les instillations de deux en deux heures, entre les paupières, d'une solution très-concentrée de sucre dans l'eau distillée seraient, d'après M. Gosselin, le meilleur moyen de dissiper les opacités récentes de la cornée, après des applications de chaux sur l'œil. Ce praticien a été conduit aux expériences qu'il a entreprises à cet égard par les indications de M. Bussy, qui lui avait affirmé qu'aucune substance n'était plus capable que le sucre de dissoudre la chaux. Deux de mes malades n'ont retiré de cet expédient aucun bénéfice. Chez Chataudon , traité cette année à mon dispensaire , après avoir eu la cornée gauche superficiellement corrodée par un mélange de chaux et de plâtre, j'ai rapidement obtenu le rétablissement de la diaphanéité du miroir par les antiphlogistiques, les mercuriaux, les fomentations réfrigérantes, sans recourir au collyre sucré. Toutefois, la recommandation de M. Gosselin ne devra point être perdue de vue dans la pratique.
L'iris peut être piqué ou coupé, dans les blessures surtout qui portent plus particulièrement sur la cornée. Il peut être déchiré, séparé de ses attaches cihaires, sous l'influence d'un coup violent sur l'œil, du passage du cristallin dans une opération de cataracte par extraction, etc. Si la division de cette cloison intéresse le bord pupillaire, ses bords pourront s'écarter assez l'un de l'autre pour donner naissance à un V, dont la base correspond à la pupille (coloboma traumatique de l'iris). Il y a lieu d'admettre qu'effectuées par la main même du chirurgien, les piqûres, les incisions nettes et les excisions de l'iris sont dénuées de gravité. Si les vulnérations iridiennes sont souvent fâcheuses, au contraire quand elles proviennent de blessures accidentelles, c'est qu'elles s'associent fréquemment alors à des désordres dans d'autres parties importantes de l'oi-ane visuel : suffisions hémorrhagiques entre ses membranes , lésions du cristalhn, etc. Il faudra, dans les conditions de ce genre, prévenir, à l'aide de mesures énergiques, les accidents inflammatoires, et s'opposer à l'atrésie de la pupille par des exsudations, par un amas sanguin solidifié dans cette ouverture Le, émissions sanguines, les hydrargyriques et les mydriatiques formeront Ia'base formules 372** CS imlicnncs seroni combattues d'après les principes
J'ai vu des violences traumatiques avoir pour résultats l'arrachement et le refoulement en arrière de l'iris l, avec disparition complète du cristallin, soit que cet organe ait été déchatonné et plongé au fond de l'œil , soit qu'il ait été broyé et absorbé sur place. Presque constamment, les désordres concomitants entraînent, dans de telles conditions, la privation de la vue. 11 peut toutefois en être autrement.
Observation CIV. — Par suite d'une chute sur un morceau de bois, Hodusse, de Saint-Denis, fut atteint à l'œil droit d'une inflammation violente, qui céda à un traitement des plus énergiques ordonné par le docteur Leroi-Desbarres. Consulté quatre années après, je constatai dans cet organe un staphylôroe choroïdien vers le grand angle, une iridérémie complète, avec reflet rougeâlre du fond de l'organe, et une disparition de la lentille. La vision de ce côté était fort trouble ; elle était abolie à l'autre œil, complètement perdu à la suite également d'une cause traumatique. Je fis confectionner par M Henry, habile opticien de Paris (passage Delorme), un instrument d'optique composé d'un verre convexe n° 5 et d'un diaphragme dont la perforation circulaire centrale correspondait exactement au centre du verre. Muni de cet appareil, qui lui rendait artificiellement un cristallin, un iris et une pupille, Hodusse obtint la satisfaction de lire les caractères d'un journal.
Observation CV.-Chez Prée, un autre de mes malades (iridérémie traumatique à un œil décollement sanguin, puis séreux de la rétine, cécité), j'ai vu des débris de 1 iris flot'ter librement dans les chambres, puis disparaître complètement au bout de quelques mois, ce qui semble indiquer la possibilité de la résorption de Uns, admise par quelques observateurs.
Les luxations incomplètes ou complètes du cristallin, qui constituent les cataractes branlantes et natatiles, se rencontrent à chaque pas dans la pratique ophtalmologique. Il n'en est pas de même des cas dans lesquels la lentille dechatonnée vient se loger entre la conjonctive et la sclérotique, soi que celle-ci ait été fendue, soit qu'il y ait eu décollement de l'iris et du bord voisin de a cornée. Ces faits, d'origine traumatique, méritent d'autant plus 1 attention des praticiens qu'il y a là un point de diagnostic assez embarrassant pour es personnes non prévenues de la possibilité de ce genre d'accidents, lesquels d ailleurs, en raison de leur peu de fréquence, ont échappé aux descriptions de beaucoup d'auteurs de traités d'ophthalmologie.
La luxation sous-conjonctivale du cristallin se présente sous forme d une tumeur habituellement globulaire, comme le corps qu'elle content ,* s tula sclérotique, près de la cornée, assez communément vers le grand ou vers ne U ang e d l'œil. L'on peut établir que la lentille est toujours transparente au St^lc fait d'une dislocation de ce genre, atteignant nncnstalhn^,^ s'est peut-être jamais rencontré dans la pratique. La lentille, pmec de ses moyens de nutrition, devient opaque à la longue.
' L'iris peut s'enfoncer partiellement ou totalement dans la chambre V*»£* l'œil et disparaître ainsi. C'est la un fait qui doit dorénavant trouver sa place dans le système pathologique des maladies de l'iris. (D'Ammon.)