CHAPITRE II. — LÉSIONS TlUUMAHy CES DU l'ŒIL. JO
Chez madame Demarq, dont j'ai relaté l'observation au t. XLVI du Bulletin de thérapeutique, l'accident reconnaissait pour cause un coup de perche sur l'œil. Chez Petit, invalide, opéré le 16 juillet de l'année 1801, à mes consultations cliniques, la luxation sous-conjonctivale du cristallin datait de dix-huit mois, et se montrait vers le grand angle de l'œil droit sous forme d'une protubérance jaunâtre, arrondie, côtoyée vers ses limites externes par un bourrelet bleuâtre, dû à la présence de la choroïde, saillante en ce point. L'accident avait été déterminé par une contusion contre l'angle d'une table. Une incision sur la partie antérieure interne de l'obstacle ne tarda pas à dégager le corps étranger, qui fut entraîné au dehors avec la curette de Daviel. La cicatrisation de la sclérotique sous-jacente était complète. Presque constamment, la violence extérieure détermine en même temps des désordres suffisants pour entraîner une détérioration très-considérable de la vue, souvent la cécité même. Tel était le cas de cette femme qu'a citée le docteur Barrier, et qui portait, depuis huit mois, une saillie de ce genre vers le grand angle de l'œil gauche, par suite d'un coup de corne de bœuf. La vue avait été immédiatement abolie. M. Barrier reconnut que la conjonctive qui recouvrait le cristallin s'était considérablement épaissie, et que l'organe était logé dans un véritable kyste adossé à la sclérotique , kyste formé d'une membrane dense et résistante, développée aux dépens de la conjonctive et du tissu cellulaire sous-muqueux. La lentille avait subi un certain degré de ramollissement et d'atrophie qui, en se continuant, ajoute l'auteur, en aurait probablement amené la résorption complète. Toutefois, des faits démontrent que certains malades ont pu, à la suite de vulnérations aussi graves, recouvrer une vue aussi bonne que s'ils avaient été heureusement opérés de la cataracte. Telle est aujourd'hui la condition du malade Petit, précédemment cité. Un verre à cataracte, que je lui fis essayer avant de l'opérer, confirma mon diagnostic et améliora tellement la vision que le malade affirma que, parmi les nombreux verres qui lui avaient été présentés, il n'en avait jamais rencontré de pareils.
2° annexes de l'œil. — Blessures des paupières, du sac lacrymal, des régions pêri-orbitaires , etc. De l'ophthalmoptose traumalique. — Les paupières peuvent être blessées par des instruments tranchants, piquants ou contondants; elles peuvent devenir le siège de plaies envenimées, de brûlures ; les lésions traumatiques de la région sourcilière et de la joue peuvent exercer une influence sur les dispositions de ces voiles.
Les divisions des paupières par des armes tranchantes sont superficielles ou pénétrantes; verticales, obliques ou transversales.
Lorsque le voile a été divisé par un instrument tranchant, la plaie doit être réunie aussitôt que possible. On ne saurait assez s'attacher à éviter le travail suppuratif, d'où pourraient provenir des cicatrices difformes et un changement dans la direction de l'organe. La section ne comprend-elle que le tégument externe, les bandelettes emplastiques suffiront, quelle que soit la direction de la plaie. Si la lésion intéresse toute l'épaisseur de la paupière, y compris le bord libre (coloboma traumalique des paupières), les fibres du muscle orbiculairc, coupées en travers, maintiennent dans l'écartement les lèvres de la solution de continuité, qui ne peuvent être exactement affrontées qu'à l'aide de la suture.
1028 L1V11E IV. VICES DE CONFOUMATION. l'HOTHESB OCULAIHE.
C'est la suture entortillée qu'on emploie le plus communément dans des cas pareils; on aura égard, dans la pose des épingles, à la règle mentionnée p. 185.
Les blessures des paupières par des instruments piquants guérissent habituellement avec rapidité et sans difformité quand l'agent traumatique n'a borné son action qu'aux tissus de ces voiles; mais la pointe d'une épée, d'un fleuret, d'un poinçon, etc., a-t-elle fait irruption dans l'orbite, on a à redouter un épanchement sanguin dans cette cavité, le phlegmon orbitaire, des accidents encéphaliques, etc. ; l'issue est fatale si le corps vulnérant a franchi les parois osseuses et blessé le cerveau. On a vu des plaies très-petites et tort bénignes en apparence entraîner les conséquences les plus funestes. Voulant mettre fin à ses jours loin du toit paternel, un jeune homme, dont parle Gama, loue pour vingt-quatre heures une chambre aux environs du Val-de-Grâce et se tire un coup de pistolet, après avoir placé le bout du canon vers l'angle interne de l'œil gauche. Un sous-aide de l'hôpital accourt auprès de ce malheureux, qui avoue paisiblement l'acte auquel il s'est livré; il n'y avait qu'une petite plaie à la paupière. On crut d'abord, vu l'absence des accidents, que le projectile s'était logé dans les environs de l'orbite, mais un stylet, porté dans la solution de continuité palpébrale, s'engage profondément vers le cerveau. Les fonctions intellectuelles, molnces,Detc, se maintinrent dans leur intégrité jusqu'au moment fatal, qui survint quarante et un jours après l'événement; la balle fut rencontrée dans la cavité encéphalique, au-dessous de la valvule de Vieussens.
Une chute sur un corps dur et raboteux, un coup de bâton, un coup de pied de cheval, etc., peuvent donner lieu à des plaies à lambeaux des paupières ; on aura d'autant moins d'espoir de rétablir la forme de l'organe qu'il y aura eu plus de déperdition de tissus et plus de parties assez meurtries pour que leur élimination soit inévitable. Le sang arrêté, on s'efforce de ramener les lambeaux dans leur situation naturelle et de les y soutenir par la suture, des bandelettes, un bandage approprié ; si des fibres du muscle orbiculaire ou d'autres portions des tissus ont été assez lacérées pour ne pouvoir pas être conservées on les retranche à l'instant même. Dès que les collections purulentes se manifestent, on doit leur fournir un écoulement au dehors.
L'un des effets les plus communs de l'action d'un corps contondant sur les paupières est l'ecchymose 1 ; elle peut se propager jusqu'à la conjonctive scleroticale. Bleus et livides, les voiles palpébraux sont parfois assez gonfles pour cacher entièrement le globe et résister à l'action musculaire. Lawrence nous apprend que, dans les combats des boxeurs anglais, les témoins sont dans usage de scarifier avec la lancette les paupières infiltrées de sang, ce qui fou mt a boxeur le triste avantage de distinguer son adversaire et de continuer plus long-
« 11 est digne de remarque, phénomène très-rare d'ailleurs, qtfune , ecch^e spontanée, et sans l'intervention d'une cause traumatique, peut envahi les star d'une apoplexie. Le docteur Castro, qui exerce avec d.sttncUon s.antinoplc.m'a dit que cette suiïusion s'était tout a coup " ^à
de l'hôpital auquel il est attaché. Ils étaient tous trois phtlns.ques, et n ont pas larde
succoinlier.