MOYENS EMPRUNTES A LA THÉRAPEUTIQUE GÉNÉRALE
Art. 1. — Émissions sanguines.
Les évacuations sanguines sont l'un des leviers les plus puissants de la thérapeutique des maladies ophthalmiques. Méthodiquement prescrites, elles peuvent sauver des yeux sur le point de se perdre ; elles sont susceptibles, mal conseillées, de causer de grands désastres, comme le démontreront quelques faits qui seront produits dans la suite de ce travail.
La saignée générale, par l'ouverture des veines du bras ou du pied, la saignée capillaire par les sangsues, les ventouses scarifiées ou la division de la conjonctive sont les seuls modes de déplétion sanguine auxquels nous ayons recours. L'un de ces expédients curatifs ne peut pas toujours remplacer l'autre. Une kératite aiguë sera utilement combattue par les sangsues ou les ventouses ; une kératite chronique, liée à l'existence de granulations sur les paupières, sera plus efficacement traitée par la scarification de la paroi muqueuse de ces voiles.
S 1— Saignée générale. — Sangsues.— Ventouses scarifiées.
La saignée générale est surtout indiquée, lorsqu'on présence d'une congestion céphalique violente, il s'agit de déprimer rapidement les forces du malade. Une amaurose, une paralysie quelconque des nerfs de l'œil ont-elles surgi tout à coup ou dans un court espace de temps, sous l'influence évidente d'une hypérémie cérébrale, rien ne vaudra la saignée générale pour affaiblir l'impulsion que communique au système sanguin l'irritation locale, et pour diminuer la compression à laquelle pourront être liés les accidents visuels. Plus particulièrement utile chez les malades forts et pléthoriques, la saignée sera réglée d'après l'intensité des symptômes, la constitution du sujet et les idiosyncrasies individuelles au point de vue des émissions sanguines; il est des gens qui, doués de tous les attributs d'une complexion vigoureuse, sont dénués de tolérance pour la saignée. On n'y aura recours qu'avec circonspection chez les sujets nerveux, surtout quand ils sont faibles.
On peut admettre en principe que les saignées capillaires, par les sangsues et les ventouses appliquées dans des régions peu éloignées de l'œil, sont supérieures, contre les phlogoses ophthalmiques, à la saignée générale. Celle-ci débihte souvent le malade sans prolit apparent pour l'organe visuel, et les accidents continuent leur cours. J'ai vu toutefois des iritis, qui n'avaient pas cédé à l'emploi des sangsues, s'amoindrir, comme, par enchantement, sous Hufluencc delaphlébotonue. L'un des expédients qui s'est montré le plus héroïque, pour
UVKE I. — OONSIbBHATIO.NS l.li.M'.llAI.KS.
arrêter chez des sujets robustes, le développement de symptômes graves, dans une ophthalmie qui avait envahi l'intérieur de Organe, consiste dans une saignée générale suivie, peu de temps après, d'une application de sangsues
Nous prescrivons ordinairement la phlébotomie du bras, au manuel de la quelle on est généralement plus habitué, et qui produit moins souvent la syn cfe celle du pied. On peut encore reprocher à cette dernière d'exposer ['lus que la saignée du bras, à des douleurs vives et à des accidents spasmodiques, qui dérivent de la lésion de nerfs nombreux dont sont environnées les veines sur lesquelles on la pratique. Quelques médecins ont plus particulièrement réservé la phlébotomie du pied aux conditions dans lesquelles un état hypérémique do la tête est lié à une brusque suppression du flux mensh"uel- &no évacuation, par les voies inférieures, constitue, dans ce cas, un moyen de déplétion et de dérivation indiqué par les circonstances éliolo»iques et dont la valeur a été sanctionnée par l'expérience.
H faut être sobre, chez les jeunes sujets, en ce qui concerne les émissions sangu.nes; l'observation démontre qu'elles les plongent souvent dans la torpeur et dans l'affaissement; la pâleur de quelques-uns d'entre eux dure longtemps après leur emploi. Les saignées locales nous ayant paru suffisantes à cet âge, nous n'avons jamais éprouvé la nécessité de recourir à la saignée générale recommandée par quelques praticiens. Dans les premières années de la vie, d'après le professeur Langcnbeck (de Gœttingue), plus rarement à la vérité dans les ophthalmies que dans les autres inflammations, une émission de 30 à 100 grammes de sang, par la veine, est une ressource héroïque à laquelle on n'a qu'exceptionnellement recours, par suite d'une crainte peu fondée. Dans son Traité des maladies de l'Enfance, le docteur Barrier professe qu'on peut retirer, par la phlébotomie, 30 grammes de sang, à l'âge d'une année, 60 grammes à deux ans, et, ainsi de suite, jusqu'à l'âge de quatre ou cmq ans, c'est-à-dire autant de fois 30 grammes de ce fluide que le jeune sujet a d'années. En ce qui concerne l'application des sangsues chez les enfants, nous avons aussi adopté comme règle d'en faire poser un nombre à peu près égal à celui des années : une ou deux sangsues à un an, deux ou trois à deux ans, trois ou quatre à trois ans, progression qui est continuée d'après ce mode jusqu'à l'âge de huit ou dix ans.
Placer un petit nombre de ces annélides trop près de l'œil, dans les maladies inflammatoires de ce dernier, c'est accroître le mouvement fluxionnaire qui s'y dirige, multiplier les forces morbifiques, faire, presque toujours, plus de mal que de bien. Pour amoindrir le raptus sanguin, par des sangsues mises au voisinage de l'organe compromis, celles-ci doivent être nombreuses et leurs piqûres saigner largement; alors seulement, la fluxion qu'elles déterminent s'épuise et s ••teint, au point de leur application, par l'abondance de l'évacuation. Quelques médecins prescrivent des sangsues sur la continuité des paupières elles-mêmes, conduite désapprouvée avec juste raison par Jaeger, par Ware, par presque tous les praticiens qui font autorité dans la science. Ou a vu des paupières d'enfants traversées de pari en part et le bulbe blessé par leurs piqûres; des furoncles, des phlyclènes gangréneuses ont eu parfois pour sié-e les plaies faites par les