CHAPITRE II. — TRAITEMENT
sangsues aux paupières. Le reproche le plus général et le mieux fondé qu'on puisse adresser à une telle pratique, c'est de donner souvent lieu à des infiltrations ecchymotiques ou séreuses, parfois considérables, dans le tissu cellulaire lâche de ces voiles, à un œdème érysipélateux de ces derniers, d'où résultent l'occlusion des paupières, et, par suite, la stase des matières entre elles et le globe, l'impossibilité, plus ou moins prolongée, de la part du médecin, de constater les conditions de l'organe malade, etc. Au demeurant, les régions situées devant et derrière l'oreille la plus rapprochée du bulbe affecté, la tempe et le trajet des carotides sont les points auxquels il convient d'accorder la préférence pour l'établissement de ce mode d'évacuation sanguine. Toutefois, l'expérience prouve que, dans la dacryocystile aiguë, l'un des moyens qui contribuent le plus à prévenir la suppuration des parois du sac et à calmer les douleurs consiste dans les applications de sangsues vers le grand angle, c'est-à-dire au siège même de la tuméfaction inflammatoire. Il y aura toujours avantage à effectuer une révulsion sur les extrémités inférieures, par un fort bain de pieds ou des sinapisme*, immédiatement après la chute des sangsues qui auront été posées au voisinage de l'œil.
Un mode d'évacuation sanguine, auquel nous avons fréquemment recours, consiste dans l'application de cinq ou six sangsues derrière l'oreille du côté compromis. On en fait largement saigner les piqûres avec l'eau chaude et les cataplasmes; quand le sang est arrêté, on en pose de nouveau cinq ou six autres, à l'égard desquelles on agit comme pour les premières, et, ainsi de suite, pendant dix ou douze heures. La totalité des annélides employés peut s'élever à quinze, à vingt et même à un plus grand nombre, suivant les circonstances. Dans l'iritis et dans quelques autres affections graves de l'œil, cet. expédient nous a paru plus avantageux que l'application des sangsues en masse. Dans les inflammations ophthalmiques d'une grande véhémence, dans celles, par exemple, qui reconnaissent si fréquemment pour cause les opérations de cataracte par abaissement, il y aura souvent avantage à faire perdre au malade tout d'abord une forte quantité de sang, par la saignée générale, puis à entretenir longtemps un écoulement sanguin continu, à l'aide de sangsues successivement posées derrière les apophyses mastoïdes.
Un précepte, auquel il faut avoir égard dans le traitement des maladies congestives ou inflammatoires de l'œil, précepte applicable à beaucoup d'autres lésions de l'organisme, c'est de placer les sangsues dans la région où préexistait un écoulement sanguin, normal ou pathologique, à la suppression ou à l'insuffisance duquel on a quelques raisons d'attribuer les désordres visuels. Un glaucome unioculairc est-il survenu sous l'influence de la disparition d'écoulements habituels de sang par le fondement, associez aux moyens les plus propres à les reconstituer l'application de sangsues à l'anus. Posées en petites quantités et souvent, elles tendront à entraîner de nouveau le courant sanguin vers les parties d'où il a été détourne au détriment de l'organe visuel ; elles suppléeront momentanément, d'ailleurs, à l'ancien écoulement, et contribueront à sauver I œil sain, point capital dans l'espèce.
Prescrire* comme quelques auteurs l'ont fait, de placer des sangsues sur les
IU6 L1VHE 1. — Co.N.slhKHAi IONS GENKIULES.
geaûives, pour combattre, chez les enfants, une inflammation oputbalmique provoquée ou entretenue par une dentition laborieuse, c'est émettra un précepte qui uc mérite pas d'êlvc discuté, à cause de la difficulté de son exécution. En admettant l'utilité d'un tel dégorgement, les bénéfices qu'il peut procurer ne sont-ils pas détruits par l'agitation et les clameurs presque inévitables des sujets qui y sont soumis. 11 est assurément pins aisé, chez les adidtes du moins, de loger ces annélides sur la paroi muqueuse de la paupière inférieure, comme le faisait Sanson et comme le conseille Pemours, qui, paraissant attacher de i'importance à cette manière d'agir, recommande de choisir, à cet effet, de petites sangsues. Je n'ai jamais eu recours à un tel expédient l'orl désagréable pour le patient, et qui, par suite du peu d'étendue de la surface sur laquelle on agit, ne permet d'y poser qu'un petit nombre de sangsues, d'où une évacuation faible et plus susceptible peut-être d'exaspérer que d'amoindrir les accidents congestifs.
J'use assez fréquemment des ventouses scarifiées ; je connais des femmes qui préfèrent ce moyen si expédilif, quand on le met habilement en \isage, à l'application des sangsues qui les agacent. Travers pense que les ventouses scarifiées ont une supériorité marquée sur les sangsues, opinion que partage le docteur Guépin, qui préfère même les ventouses à la saignée générale, dans presque toutes les affections oculaires.
Dans la pratique ophthâlmologiquc, c'est à la nuque ou entre les épaules qu'on applique, le plus habituellement, les ventouses scarifiées, qui offrent le double avantage de la déplétion sanguine et de la dérivation, de la saignée et du vésicatoire. Chez les femmes douées d'une peau délicate cl fine, il faut éviter de les placer à la tempe, à cause des petites cicatrices qui peuvent succéder à leur emploi. L'application des sangsues sur cette région a parfois amené le même résultat.
Quand l'opération doit être confiée à un venlouseur, prescrivez-lui la quantité de sang qu'il doit retirer. Une petite saignée (saignée d'enfant) est de GO gram.; la saignée moyenne est de 125 grammes (une palette); une assez forte saignée est de 250 grammes. On peut aller jusqu'à 500 grammes. L'application des ventouses en caoutchouc à la tempe, expédient d'un emploi facile et peu douloureux, entre dans la pratique d'un grand nombre d'ophthalmologistes>
g 2 — Saignée du nez. — Saignée du cou. — Artériotomie.
Fréquemment employée par les médecins de l'Orient, la saignée de la membrane pituitairc jouit de quelque efficacité dans la médication des affections des yeux, mais elle répugne beaucoup aux malades, et on ne peut la présenter que rarement dans la pratique civile ; aussi, très-peu de chirurgiens y ont-ils recours. Il est facile, d'ailleurs, de la pratiquer avec le scarificateur nasal de Scutin ou avec celui du docteur Coursscrant, dont la lame, mousse à son extrémité, ne coupe, au-dessous de celle-ci, que dans une petile étendue, sous forme d'une saillie semi-lunaire. On fait glisser, de bas en haut, l'instrument dans l'une des fosses nasales, en en appliquant le dos contre la paroi antérieure du
ciiai'itiuc h. — xhaitement. 107 nez, le tranchant se trouvant libre dans la cavité; dès que l'extrémité boutonnée a été engagée à une certaine profondeur, la lame est retournée de telle sorte que le tranchant rencontre la mnqueuse de la cloison; en le retirant vivement, on effectue une incision sur celte paroi. On favorisera l'effusion en faisant aspirer par le nez de l'eau tiède. La juge-t-on insuffisante, on peut pratiquer une seconde incision dans la même narine ou dans l'autre. Pour arrêter le sang, on invitera le malade à se pincer le nez entre les doigts. Il sera toujours prudent, si on le perd de vue, de lui remettre une prescription indiquant la livraison d'un pou de percMorure de fer liquide, qui serait étendu d'eau, pour être aspiré par les narines, ou dont même on imbiberait des tampons de charpie qu'on introduirait dans les fosses nasales, en cas d'une hémorrhagic trop copieuse.
Quelques praticiens substituent à ce mode de scarification l'application d'une ou deux sangsues dans la cavité olfactive. Telle est la pratique de Jaeger père, dans les phlegmasies aiguës ou chroniques des voies excrétoires des larmes; l'application s'effectue alors, bien entendu, dans la narine qui correspond a la maladie. Les accidents, consécutifs à la suppression d epislaxis habituelles, pourraient plus particulièrement militer en faveur de son emploi. Scarpa s'en montrait grand partisan, dans les amauroses congestives, après avoir constaté quelques affections de ce genre palliées ou guéries à la suite d'épistaxis abondantes.
La phlébotomie du cou, par l'ouverture de la veine jugulaire externe, a été recommandée, contre les maladies des yeux, par Heister, par Morton, par Savaresi, et surtout par Demours. « Aucune saignée, dit-il, n'est plus facile à exécuter, et tous les jours, cependant, on hésite à la pratiquer. Je vois si souvent des yeux sauvés par l'effet de cette saignée, que je ne saurais trop recommander aux jeunes chirurgiens cpii auront à la pratiquer de ne point redouter son exécution. L'évanouissement, dont elle est fréquemment suivie, ne doit exciter aucune inquiétude et n'est pas de longue durée. Ils peuvent être assurés qu'au moment où le malade reprendra connaissance, son œil ou ses yeux seront dérougis de plus de moitié. » On a reproché, par contre, à ce mode d'évacuation sanguine, d'être pénible pour le malade, a cause de la lenteur .avec laquelle le sang s'écoule; souvent même il est impossible d'en obtenir une quantité suffisante. On a encore allégué des accidents graves provenant de l'introduction de l'air dans le vaisseau coupé et de la blessure des nerfs nombreux qui sillonnent la région sur laquelle il se trouve. Aussi, la saignée du cou, que je n'ai jamais vu prescrire dans aucune consultation ophlhalmologique, est-elle tombée complètement en désuétude.
A l'époque où j'étais attaché au service chirurgical du professeur Sanson , à l'Hôtel-Dieu de Paris, j'ai exécuté deux ibis et pour desophlhalmies très-aiguës, la section de l'artère temporale. Le soulagement m'a paru nul ou à peu près nul. Quoi qu'en dise Wenzel, et malgré l'assertion du professeur Rust (de Berlin), qui prétend que l'artériolomie a été faite plus de cent fois avec fruit, dans l'épidémie ophthalmique qui désola la garnison de Mayence , je crois que ce mode de déplétion sanguine doit être exclu de la pratique ophtalmologique. L'opération, qui est loin d'être toujours facile, fournit tantôt trop de sang et
*Q3 UYIUS I. — CONSID&iWlONS UBNKIULKS.
tantôt n'en fournit pas assez. Déplus, la compression circulaire que détermine auprès de l'organe phl'ogosé l'application de bandages serrés, du nœud d'emballeur entre autres, application qu'il faut soutenir quelques jours, pour éviter la récidive de l'hémorrhagie , occasionne une congestion vers les yeux très-propre à anéantir les effets que la soustraction du sang a pu produire. Dans un cas rapporté par le docteur Burgis, l'artère temporale se rouvrit spontanément, onze jours après avoir été ouverte; l'hémorrhagie, dont triompha la compression, faillit tuer le malade.
S 3. - Scarification de la conjonctive.
Les scarifications de la conjonctive paraissent n'avoir été longtemps appliquées qu'à la face interne des paupières trachomatcuses ou atteintes de dégénérescences diverses. Celte opération, que l'on a fait remonter jusqu'à Hippocrate, s'appelait blepharoxysis. Alexandre de Traies l'exécutait avec l'os de sèche ou la pierre-ponce; Paul d'Égine et Rhazès avec une sorte de cuiller armée de dents comme une lime; Roger de Parme frottait la membrane jusqu'au sang avec des feuilles de pariétaire. Woolhouse chercha à tirer parti des scarifications dans le ptérygion, le pannus, les phlegmasies de la conjonctive oculaire , bien qu'il les dirigeât également contre certaines maladies des voiles palpébraux. Un ophthalmoxystre, qui a figuré dans la pratique de quelques oculistes, était une espèce de brosse ou de pinceau formé par l'assemblage de plusieurs barbes d'épis de seigle étroitement serrées entre elles. Nous voyons avec surprise cet expédient préconisé contre les ophthalmies par un oculiste moderne, Delarue, malgré les défauts graves dont il est entaché , tels que l'exaspération inévitable des phénomènes phlegmasiques , par suite du déchirement de la conjonctive , la possibilité délaisser des parcelles irritantes, etc. L'excision partielle des troncs vasculaires qui sillonnent la conjonctive compte , depuis longtemps aussi, des partisans nombreux.
Très-peu d'oculistes se livrent à des sections sur la surface conjonctivale du bulbe visuel, dans les phlegmasies aiguës de cet organe. Elles ne procurent habituellement qu'un dégorgement peu abondant et sont généralement considérées comme plus propres à activer qu'à amoindrir le mouvement congestif. Le chémosis qui accompagne les blennorrhées oculaires est, à mon avis, la seule forme aiguë qui se prête avec avantage aux scarifications, bien que je m'en passe souvent dans cette circonstance. Fournissant une prompte évacuation au sang, qui distend les réseaux vasculaires de la conjonctive, et aux fluides accumulés sous elle, elles sollicitent le relâchement des tissus et font cesser l'étranglement delà cornée menacée de sphacèle.
Dans quelques lésions subaiguës ou chroniques, au contraire, la scarification de la conjonctive oculaire offrirait, d'après la plupart des auteurs, une efficacité réelle. Lorsque des vaisseaux dilatés viennent aboutir à un épanchement kéraliquc, un grand nombre de chirurgiens se hâtent de les couper avec un petit couteau mousse ou avec la lancette ; ils effectuent celle opération sur la conjonctive scléroticale, non loin de la cornée et dans une direction parallèle à celle du limbe