CHAPITRE 11. — TRAITEMENT
de cette membrane. Comme cette pratique m'a fourni plus de mécomptes que de bénéfices, je n'y ai recours que rarement, lorsque, par exemple , un obscurcissement kératique reçoit des cordes variqueuses qui semblent en perpétuer le développement, et qu'il s'est montré rebelle aux agents longtemps employés pour le résoudre. Je pratique plus souvent la section des vaisseaux parallèlement à leur longueur. Cette section, faite avec l'aiguille falciforme de Rosas ( Pl. II, fig S ) , et suivie de lotions avec de l'eau chaude, m'a presque constamment donné une quantité assez abondante de sang, et ses résultats, quant à l'amoindrissement et à l'oblitération des varicosités, m'ont paru supérieurs à ceux de la division dans le sens opposé. Comme la section en travers, l'incision longitudinale est applicable encore au pannus, dans lequel on l'effectue au sein des plus gros vaisseaux qui l'alimentent. J'ai vu la scarification de deux ou trois d'entre eux engendrer un amendement notable. Chez quelques sujets, par contre, l'inflammation en a été plutôt exaspérée, d'où la nécessité de ne plus y avoir recours.
Ce sont surtout les scarifications de la conjonctive palpébrale qui rendent les services les plus incontestables , dans les cas notamment où elle est affectée de granulations, comme nous le verrons plus tard. Dans les kératites vasculaires chroniques, plus ou moins compliquées d'épanchements, il est souvent plus urgent de s'adresser à la conjonctive palpébrale qu'à celle du globe oculaire. J'ai fait confectionner par M. Mathieu, fabricant d'instruments de chirurgie, un scarificateur (Pl. Vf, fig. 7) dont le tranchant, très-légèrement convexe et long de près de deux centimètres, est destiné à couper largement et superficiellement la paroi muqueuse des paupières, ou à en raser même les produits granuleux. Cet expédient, réitéré souvent, et cpie l'on associe d'ailleurs à quelques autres agents curatifs, m'a paru le moyen le plus héroïque de triompher de l'ophthalmie granuleuse.
Art. 2. — Révulsifs cutanés.
Ces agents thérapeutiques conduisent à l'accomplissement d'indications variées. Tantôt l'art, imitant la nature, établit une fluxion et une excrétion supplémentaire destinées à détourner une irritation morbide fixée sur l'organe visuel. L'observation démontre, en effet, que, chez les sujets lymphatiques notamment, l'apparition d'une affection cutanée, surtout dans une région rapprochée de l'œil, soulage cet organe en souffrance. Tantôt, par les applications révulsives, on reconstitue une inflammation préexistante, certaines éruptions pour ainsi dire dépuratoires, comme des gourmes à la tête, des suppurations derrière les oreilles dont la cessation paraît avoir été le point de départ des accidents du côté des yeux. Dans d'autres cas enfin, en portant une stimulation sur le tissu cutané . on excite en môme temps les nerfs sous-jacents, d'où la secoiisse se transmet aux éléments nerveux de l'œil frappés d'un degré plus ou moins avance de paralysie. C'est à ce but que tendent principalement les vésicalions ammoniacales sur la région fronto-temporale, sur le sineiput, et l'application du cautère actuel.
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§ 1. — Huile de croton.— Pommade de Lausanne.— Pommade stibiée.— Liniment de Hannay. — Vésicatoires. —Application de l'ammoniaque.
Je prescris fréquemment , surlout chez les jeunes sujets, une pommade composée de huit ou dix gouttes d'huile de croton, 4 grammes de pommade de garou et A grammes d'axonge ou de beurre. Cette préparation, le plus communément applicable aux ophlhalmies, est employée, soir et matin, en frictions derrière l'oreille qui correspond au côté affecté , si un œil est atteint , derrière chaque oreille, si les deux yeux sont envahis ; les onctions sont réitérées d'après Le même mode, jusqu'à ce qu'une éruption abondante se manifeste. Trois ou quatre frictions suffisent habituellement pour obtenir l'effet désiré.
Je vois chaque jour des phlegmasies oculaires qui s'amendent comme par enchantement, sous l'influence de l'écoulement sollicité dans la région auriculaire par le moyen qui précède. Ce qui en prouve l'efficacité, c'est que souvent l'inflammation ophthalmique reprend de l'intensité dès que le suintement tarit, et décline de nouveau, lorsque l'irritation artificielle revient à ses conditions primitives. Il y a indication alors de la soutenir quelque temps avec une pommade épispastique seule ou mêlée d'un peu de beurre.
J'employais autrefois des frictions derrière les oreilles avec l'huile de croton pure. J'ai renoncé à cet expédient, surlout chez les enfants et chez les femmes à peau délicate et fine. L'huile de croton non mitigée y détermine souvent une phlogose intense. Se répand-elle, en outre, sur les parties du cou ou de la face auxquelles elle n'est point destinée, elle y provoque l'apparition d'éruptions douloureuses et parfois de cicatrices difformes.
La pommade épispastique végétale de Buchner, de Lausanne, mérite aussi d'être recommandée, pour obtenir chez les enfants un écoulement derrière les oreilles. Elle contient dugarou, mais, très-probablement, d'après M. Dorvaull , une quantité plus forte de cette substance que la pommade au garou du Codex. * Les frictions stibiées sont d'un usage général dans l'oculistiquc. On les pratique à la nuque, entre les épaules, ou sur tout autre point de l'enveloppe cutanée où l'on a intérêt à solliciter une éruption. Il faut éviter d'en faire emploi à la nuque chôz quelques femmes, à cause des stigmates indélébiles qui peuvent en résulter. Je formule habituellement, pour la pommade d'Autenrieth, de -2 à i grammes de tartre stibié et 16 d'axonge. M. Bertini (de Turin) dit avoir remarqué que l'addition de 10 à 20 centigrammes de bichlorure de mercure à la masse rendait l'éruption plus rapide, plus confluente et moins douloureuse. Celte association, proposée par Slanay, n'a jamais donné lieu à la salivation ni à d'autres accidents.
Les frictions stibiées sur la tête, unies à l'administration interne ducalomel, ont été préconisées, contre la méningite tuberculeuse, par le docteur Hahn, d'Aix-la-Chapelle Dans quelques amauroscs hydrocéphaliques chroniques, Wcdemeycr dit aussi avoir employé avec avantage, sur le cuir chevelu, la pom-
i ftullelin de thérapeutique, i. N XX VII. p, 51,