CHAPITRE II. — TRAITEMENT
made stibiée, à l'aide de laquelle une suppuration abondante était entretenue plusieurs mois ». J'ai l'habitude, dans les cas de ce genre, de remplacer par de l'onguent napolitain une partie de l'excipient de la pommade stibiée, conseillant 2 grammes d'émétique, 8 grammes d'onguent mercuriel, et 8 grammes de cérat. On associe ainsi aux effets dérivatifs engendrés par le tartre stibié les effets résolutifs du mercure. J'ajouterai, d'ailleurs, que souvent chez les jeunes sujets, et toutes les fois surtout que des lésions oculaires, quelles qu'elles soient, me paraissent avoir pour origine la cessation de gourmes à la tête, je fais raser celle-ci en plusieurs endroits, et j'y fais pratiquer des frictions, soir et matin, avec un mélange de 12 ou 15 grammes de pommade de garou et de 15 gouttes d'huile de croton ou avec une pommade composée d'un gramme de tartre stibié, de 10 ou 15 gouttes d'huile de croton et 15 grammes d'axonge. On commence les onctions sur un ou deux points du cuir chevelu; dès que des pustules y ont apparu, on panse avec du papier brouillard enduit de parties égales de beurre et de pommade de garou ; on agit ensuite d'après le même mode sur diverses autres régions de la tête. Les pansements peuvent être effectués avec les feuilles de choux ou de poirée , mais ces substances offrent l'inconvénient d'exhaler une mauvaise odeur. Je n'ai jamais remarqué que les applications stibiées , telles que je les recommande, eussent entraîné un mauvais effet, quant à la reproduction des cheveux. Elles m'ont paru surtout jouir d'une efficacité puissante contre les kératites graves et les photophobies opiniâtres. Quelques médecins admettent qu'une partie du tartre stibié est absorbée, dans de telles circonstances, et agit comme altérant, comme hyposthénisant.
La pommade d'ipécacuanha, indiquée dans le Traité de Pharmacie de M. Soubeiran sous le nom de Uniment de Hannay , se compose de 4 grammes de poudre d'ipécacuanha, 4 grammes d'huile d'olive et 8 grammes d'axonge. L'expérience a démontré que cette préparation, applicable aux cas qui militent pour l'emploi des frictions stibiées, offre l'avantage de ne pas laisser de cicatrices. Elle donne lieu d'abord à des élevures papuleuses, d'un rose vif, très-nombreuses, souvent confluentes, lesquelles se transforment bientôt en petites pustules déprimées à leur centre ; elles suppurent ensuite et se dessèchent avec rapidité.
Une coutume traditionnelle a consacré l'intervention des vésicatoires à demeure dans le traitement des ophthalmies. Un grand nombre de parents, qui viennent nous présenter leurs enfants, leur ont fait mettre au préalable un vésicatoire au bras; ce n'est qu'après en avoir constaté l'impuissance qu'ils se décident à consulter. On ne saurait assez s'élever contre ces excrétions artificiellement prolongées pendant des années et qui débilitent l'économie en pure perte. Les cas qui militent pour qu'on y ait recours sont rares. Il n'en est pas de même des vésicatoires transitoirement placés derrière les oreilles ou à la nuque. Dans les phlegmasies oculaires graves, Ware prescrivait les sangsues aux tempes ; puis, dès que le sang avait cessé de couler, il faisait appliquer un vésicatoire sur le siège même des piqûres. Plus le vésicatoire suit de près la saignée, dans l'opinion de ce praticien, et plus ces deux moyens
1 Kleimerl's Répertoriai)!, Leipzig, 1830. 9« numéro, p. 93,
*a IIVUE I. — G0N9IPBBAT10NS GÉNÉRALES.
sont efficaces. Je ne pense pas que l'usage des vésicatoires volants au front ou aux tempes doive figurer dans le traitement des inflammations ophtalmiques; posés là, dans la sphère de l'irritation dont l'œil est le centre principal, ne contribuent-ils pas plutôt à l'augmenter? Je n'ai jamais expérimenté, et ne suis nullement disposé à le faire, un moyen dont on a attribué la priorité à un professeur de notre école, et qui, applicable à la. kératite et même à l'intis^onsisle dans rétablissement d'un ample vésicaloirc sur le devant de l'orbite et sur toute la peau des voiles palpébraxïx. « Woolhouse, dit Cuéi in (de Lyon) ' conseille de mettre les vésicatoires sur les paupières mêmes; j'ai trop de raison de suspecter une telle pratique pour la suivre. » En supposant (pie cet expédient offrît les bénéfices qu'on lui a assignés, rien ne serait assurément plus difficile que de le faire accepter clans la pratique civile. Le docteur Fallot en fit l'essai , mais il ne tarda pas à y renoncer. « Au lever de l'appareil , dit-d», au lieu de trouver l'inflammation enlevée, nous la vîmes considérablement augmentée. »
L'application de l'ammoniaque pure ou associée à des corps gras est trèsdigne d'être recommandée, surtout contre certaines paralysies oculaires.
L'établissement des vésicatoires ammoniacaux, dits aux pièces de monnaie , suivant le procédé de M. Lafârgue ( de Saint-Émilion ) , se pratique de la manière suivante. On met sur une assiette une pièce de monnaie, habituellement une pièce de cinq francs; on superpose deux rondelles de linge, à demi usé , sur Taire de la pièce, qui dépassera un peu leur diamètre; on verse de l'ammoniaque sur les rondelles, jusqu'à ce qu'elles en soient bien imbibées; puis on se bâte d'appliquer le disque sur la peau, par sa surface garnie du linge ; on l'y maintient en pesant sur le corps métallique avec la pulpe du doigt. Au bout de quelques minutes, le tégument externe est devenu rouge à la circonférence de l'appareil, phénomène qui indique que le soulèvement de Tépiderme s'est effectué. On peut, expédient plus simple encore, placer dans un linge la pièce de monnaie, faire un nouet, en rabattant les unes vers les autres les parties de l'enveloppe qui la débordent et qui, entre les doigts, font office de manche, puis verser de l'ammoniaque sur la portion du linge accolée à la pièce et opposée à la partie saisie de Tappareil.
Je me sers le plus habituellement, pour l'application de l'ammoniaque liquide, d'un godet d'argent de 2 centimètres de diamètre et de A ou 5 millimètres de profondeur (P . VI, fig. 9). Sa cavité reçoit un fragment d 'éponge circulaire et aplati, que l'on imprègne d'alcali. La capsule posée sur la peau y est assujettie par le chirurgien ou par le patient lui-même, à la faveur d'un boulon que j'ai fait placer au centre de sa face externe. L'ammoniaque, mise à l'abri de l'air , ne peut ainsi se volatiliser, ce qui seconde l'énergie de son action. Il est, de cette manière, aisé de promplemcnt obtenir une rubéfaction ou une \ésication, suivant l'effet qu'on =e propose d'atteindre.
La pommade ammoniacale, dite pommade de Gondret, est un expédient juste
i Guëiin (de Lyon)) loc. cit., p. 2013. s Annales d'oeulisUque, t. XXI, p. 73.