CHAPITRE 11. — TRAITEMENT. 1 j
ment estimé. Lisfranc y attachait un grand prix, non-seulement contre les paralysies oculaires, mais encore comme moyen de résolution des cataractes broyées ou passées dans la chambre antérieure. Un tailleur amaurotiquc, qui y fut soumis, parvint, au bout de quatre mois, à se livrer aux travaux les plus minutieux de son état, tandis qu'il se conduisait à peine, lors de son entrée à l'hôpital. J'ai entendu dire à Lisfranc qu'ayant eu l'occasion de revoir cet homme au bout de huit années, il avait constaté que laguérison s'était maintenue.
C'est au front, aux tempes, aux régions antérieure et supérieure du cuir chevelu, préalablement rasées, et derrière les apophyses mastoïdes, que j'applique la pommade ammoniacale, tantôt jusqu'à rubéfaction pu jusqu'à formation seulement de quelques phlyctènes, tantôt jusqu'à vésication complète. Je me sers à cet effet, d'une rondelle de linge ou d'un morceau d'agaric , dont la portion tomenteuse et molle reçoit une couche du corps gras de 3 ou k millimètres d'épaisseur, tandis que la face croûteuse s'oppose à la volatilisation de l'alcali. On peut encore placer sur la peau un morceau de papier enduit du vésicant, et sur lequel on presse avec une pièce de monnaie. Les deux yeux sont-ils envahis . j'applique souvent la pommade dans deux endroits à la fois, à chaque tempe," par exemple, ou au-dessus de chaque sourcil. Si un seul œil est atteint' je ne l'applique habituellement que dans une seule région, dans la même séance'. Il m'arrive parfois encore de placer la graisse ammoniacale sur la paupière supérieure, avec une spatule, un pinceau ou un tampon de charpie; dès que la rubéfaction s'est effectuée, j'enlève le caustique avec un linge ou avec un fragment d'éponge.
Il faut de cinq à quinze minutes pour que le soulèvement de l'épidémie s'effectue sous l'influence de la pommade ammoniacale. Le phénomène se fait plus ou moins attendre, suivant la délicatesse plus ou moins grande de la peau et suivant l'activité de la pommade, qui agit d'autant mieux qu'elle est plus fraîche !>a composition est sujette à quelques variations légères, dans les traités de thérapeutique et les recueils de formules. Les doses que j'ai adoptées sont 16 grammes d ammoniaque à 22 degrés , autant d'axonge récente, et de 2 à 4 grammes de suif. La pommade ammoniacale doit être d'un blanc éclatant, crémeuse, non grenue, dune homogénéité parfaite; sa consistance sera telle qu'elle ne soit une wnolhe et non fondue par son contact avec la peau. Elle devra toujours être Antenne dans un flacon bouché à l'émeri. Quelques-uns adoptent pour excip le beurre de cacao uni à l'huile d'amandes douces, ingrédients avec les-
«* nhH TT°n; phfrmaC1Cn distin8'ué> f'ui emP,oi^ ici l'ammoniaque à 28 degrés, obtient un tres-beau produit. La pommade d'ailleurs peut être dans les -~aud s ou très-froids, tantôt trop liquide, tanl trop concX 1 on . a po nt égard a une certaine variabilité dans les proportions de ses éléments. Au heu d'avoir recours àl'une des préparations qui précèdent on •„ e
peu près au même résultat par l'association de deux parties d'I uile d' ample ou camphrée à une partie d'ammoniaque.
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S 2. — Séton. — Cautère. — Cautérisation sous-cutanée. - Fer rouge. — Moxa. —
Cautérisation pointillée.
Dérivatif plus puissant que le vésicatoire, en raison surtout de la profondeur des surfaces en suppuration, le séton, établi à la nuque, produit avec plus d'énergie la résolution des engorgements chroniques. 11 y aura lieu d'en tenter l'emploi dans les inflammations profondes et invétérées du bulbe oculaire, dans les choroïdites notamment, qui montrent de la tendance au glaucome.
On a dit que le séton à la tempe était efficace à tarir l'écoulement puriforme associé à certaines ophlbalmies chroniques, et enrayait les progrès des altérations que sont susceptibles de subir, dans ce cas, les parties constituantes de l'œil. On a cité des exemples de vieilles kératites amendées ou guéries par ce même moyen continué pendant plusieurs mois. De temps immémorial, d'après le docteur Clot-Bey, les Arabes se servent, contre les maladies des yeux, de petits sétons filiformes qu'ils établissent au voisinage de ces organes : sur la région temporale, près l'angle externe de l'œil et même sur les paupières. C'est un moyen vulgaire que les mères appliquent à leurs enfants et les barbiers à leurs clients. Une anse de soie noire traverse un pli de la peau; on peut la dissimuler sous les cheveux; elle n'empêche pas les malades de se livrer à leurs occupations. 11 se fait durant plusieurs jours, autour de la petite plaie, une fluxion assez prononcée, puis une suppuration légère, qu'il suffit d'essuyer de temps à autre avec un mouchoir; tout pansement est inutile. On obtient ainsi, d'après le docteur Clot-Bey, une action dérivative aussi énergique et plus durable qu'avec une mouche de Milan ou un vésicatoire.
L'application du séton à la nuque , dont on a fait un si étrange abus dans le traitement des amauroses, conviendra plus particulièrement dans quelques-unes d'entre elles qui semblent d'origine cérébrale. Boyer était grand partisan du séton dans l'amaurose. Je l'ai entendu relater, à sa clinique, le fait d'un jeune homme qui était affligé de cette maladie, quand il fut frappé d'un anthrax à la partie postérieure du cou. Sous l'influence de la suppuration que ce mal provoqua, la vue s'éclaircit d'une manière remarquable; elle s'obscurcit de nouveau à mesure que s'effectua la cicatrisation de la plaie cervicale.
J'ai quelquefois substitué au séton, et pour les mêmes cas, un cautère établi à la nuque avec le caustique de Vienne. L'application, dans les pansements successifs, de deux pois, de trois pois même, qui se touchent bien, constituera une dérivation plus énergique.
La cautérisation sous-cutanée , à l'aide du séton caustique à la nuque , était mise en pratique par Bonnet (de Lyon). Dans ce procédé, qui tient du séton et du cautère, on détache par la suppuration un cylindre de tissu cellulo-graisseux en rapport avec le parcours d'une mèche caustique; on agit sous la peau sans la détruire. Les avantages que M. Bonnet parait avoir retirés de cette voie de re- . vulsion, dans le traitement de l'amaurose, ont porté le docteur Philipeaux, ancien interne des hôpitaux de cette ville, à lui consacrer sa thèse inaugurale. U caustique choisi' par M. Bonne! est le chlorure de zinc. Ce professeur forme avec