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CHAPITRE 11. — TRAITEMENT

crâne, depuis la racine dos cheveux jusqu'à l'occiput, dans un espace de trois travers de doigt environ , était une surface éminemment absorbante; la peau semble y jouir d'une force d'absorption plus énergique encore qu'aux aisselles et aux aines. C'est sur cette partie médiane et supérieure du crâne, préalablement rasée, qu'il a lait souvent exécuter les frictions mercurielles belladonées dans certaines phlegmasies ophthalmiques . En supposant vraie l'opinion de notre savant confrère, il y aurait de grandes difficultés à faire admettre ce mode de pansement dans la médecine civile, surtout chez les femmes, et, à cet égard, M. Chassaignaca eu fort peu d'imitateurs. 11 paraît même avoir complètement renoncé à cette pratique.

Fréquemment appliqué dans les hôpitaux de Constantinople par les docteurs Hùbsch et Castro, le moyen suivant, qui m'a été communiqué par les deux derniers médecins, sous le nom de cataplasme mercuriel, paraît leur avoir rendu de véritables services contre quelques kératites, et surtout contre l'iritis. Il semble agir par évaporation. Le docteur Rigler, inspecteur en chef des hôpitaux de cette capitale, y eut le premier recours ; il l'avait vu mettre en pratique, à Vienne , par une vieille femme, qui en faisait mystère, et s'était rendue célèbre par les guérisons rapides qu'elle opérait. On se munit d'une compresse de linge , disposée de telle sorte que, ployée en deux, elle ait les dimensions des paupières supérieure et inférieure réunies. Sur la face interne de l'un des doubles, on étale une couche épaisse d'onguent napolitain ; la face externe du même double est mise en rapport avec les voiles palpéhraux. Chez les sujets indociles qui remuent beaucoup, il convient de procéder, au préalable, à l'occlusion de l'organe avec une bandelette de taffetas d'Angleterre ; c'est sur celle-ci qu'on applique le cataplasme mercuriel, qu'on maintient en place avec une bande. Tous Jes matins, on change l'épithème; il reste ainsi vingt-quatre heures sur l'œil, parfois pendant huit ou dix jours. Dans le cas d'ophthalmie double, un cataplasme mercuriel est placé sur chaque œil, et les deux appareils sont assujettis par une bande qui fait le tour de la tête. L'addition d'un peu d'extrait gommeux d'opium à la pommade mercurielle est salutaire en cas de douleurs

vives.

Dans quelques circonstances où j'avais intérêt à solliciter un travail actif de résolution, j'ai eu recours à ce procédé, qui a été généralement bien toléré par les malades ; une fois entre autres , il a paru très-efficacement seconder la résorption d'une cataracte, à la suite de la discision de la capsule.

Nous voyons souvent un amendement notable surgir dans les accidents inflammatoires, alors même que le mercure n'a manifesté son action par aucun accident du côté de la bouche. Dans d'autres circonstances, l'amélioration ne survient qu'en présence d'un degré plus ou moins élevé de stomatite- il est d.gnc de remarque que, dès lors, la résolution de la phlegmasie marche fré quemment avec rapidité. Le rôle de la salivation dans l'acte de la médication mercurielle a été commenté de différentes manières. Le ptyalisme hydraroynque, tres-exceptionnel chez les enfants, très-commun, au contraire, chez les adultes, mflique-t-il q^ ['économie est saturée de mercure, qu'il faut dès lors cesser, ou dont on ne doit continuer l'emploi qu'avec modération? ou bien faut-

MVRB i. — considkhaïion.s gknkuales.

il la considérer comme un moyen de révulsion qui, dans les glandes salivaircs et dans la cavité buccale, oppose une action énergique au travail pathologique dont l'œil est le siège? Pratiquement, c'est-à-dire au point de vue de l'administration du remède, c'est la première opinion que j'adopte, et je ne perpétue jamais volontairement la salivation chez un malade. Destiné à constituer un ptyalismc rapide, sans fatiguer l'estomac, le procédé de M. Marefour de Privas, médecin espagnol, consiste à exposer, pendant quatre ou cinq minutes, la face du malade, en lui recommandant d'ouvrir la bouche, à des fumigations' mereurielles, qu'on obtient après avoir versé gros comme un pois de mercure sur des charbons ardents contenus dans une tuile creuse. La tète du sujet sera garnie, pendant l'opération, d'une couverture de laine. Une grande partie du métal coulant sur la tuile, la quantité de mercure qui se volatilise est bien inférieure à celle qn'on dépose sur les charbons. Le docteur Chavériat annonce qu'il a fréquemment dirigé ces fumigations dans le service de M. Bonnet, à Lyon, et par ordre de ce chirurgien; trois ou quatre, en en faisant deux par jour, suffirent pour amener une salivation copieuse. Celle-ci une fois établie, il n'y a, pour la maintenir, qu'à répéter l'opération, une fois par jour d'abord, pendant trois minutes, puis tous les deux jours.

Bien que peu employées encore, les pommades à l'oxyde noir de cuivre ont pris rang, depuis quelques aimées, dans la médication ophtalmologique. C'est le professeur Hoppe, de Bâle, qui a surtout préconisé ce remède , qu'il a puisé à l'école de Bademacher, à laquelle il appartient. Ces préparations, d'après lui, sont dignes d'occuper le premier rang parmi les pommades résolutives.

Dans les kératites et autres inflammations graves de l'organe visuel, Ja dose de l'oxyde noir est de 1 à 2 grammes pour 10 grammes d'axonge. On peut y ajouter une certaine quantité d'extrait de belladone. On se sert de ces pommades en onctions sur le front et les tempes , en guise des friction mercurielles, qu'elles remplacent dans la thérapeutique de quelques rares praticiens. J'ai dû les expérimenter à mes consultations publiques- Quoiqu'elles m'aient paru infé-. rieures aux pommades hydrargyriques, je les regarde, toutefois, comme un agent utile, auquel il faut songer dans les cas où les mercuriaux n'ont point réussi, ou lorsque quelque motif en contre-indique l'emploi. Le docteur Hoppe fait remarquer, d'ailleurs, que les pommades cuivreuses n'exercent sur l'économie aucune action générale fâcheuse. Vienncnt-t-elles à donner lieu à une éruption papulcuse, qui peut même s'ulcérer, force est d'en suspendre l'emploi.

Article 5. — Tartre stibié. — Nitrate de potasse. — Polygala de Virginie.

Le tartre stibié est considéré par Giacomini comme l'un des hyposthénisants artériels les plus précieux. Il est, dans son opinion, tout aussi efficace, et parfois même plus puissant que la saignée.

W. Adams traitait les ophthalmoblcnnorrhées suraiguës par le tartre-émétique employé immédiatement après la saignée et administré de manière à produire des vomissements copieux et prolongés. Celle médication lui valut, diton, assez de succès pour qu'il fût surnommé en Angleterre le vainqueur de

CHAPITRE II. — TRAITEMENT^ |23 l 'ophthalmic dos arttlëeSj 61 qu'il crû! même devoir demander à son gouvernement une récom pense nationale. C'est coîninë contro-stimulant, et aux quantités prescrites pour les phlegmasios des organes respiratoires1, que l'école italienne préconise le tartre stibiécontre lesophthalmiès graves. Cette application de la méthode de Rasori à l'oculistique parait avoir parfois réussi dans des cas de ce

genre.

J'administre habituellement le tartre stibié à doses fractionnées et insuffisantes pour provoquer le vomissement, Il y a indication d'y avoir recours dans les kératites ou certaines autres opbthalmics, quand les mercuriaux ne peuvent plus être continués, à cause des accidents du côté de la bouche2. Des phénomènes amaurotiques associés à des hypérémies, à des épanchements infra-oculaires ou infra-crâniens, trouvent dans le tartre-émétique un secours précieux.

Nous avons coutume de formuler 5 centigrammes de tartre stibié en solution dans 125 grammes d'eau distillée. On en administre deux ou trois cuillerées à bouche par jour, parfois davantage, à prendre dans une demi-tasse d'une infusion de camomille, de feuilles d'oranger ou de toute autre boisson aromatique. Comme Frank, nous conseillons souvent un mélange de 5 centigrammes de tartre-émétique et de 16 grammes de crème de tartre, à diviser en huit parties égales. La dose est d'un paquet, tous les matins, ou de deux paquets par jour.

Placé par Giacomini dans l'ordre des remèdes hyposthénisants cardiacovasculaires, le nitrate de potasse est moins usité dans la pratique ophtalmologique que le tartre stibié. Rognetta le préfère à ce dernier médicament, parce qu'il n'offre pas l'inconvénient de faire vomir ni d'attaquer les gencives! Donné, dit-il, à dose élevée, le nitrate de potasse réduit le pouls d'une mamère étonnante; telle est son action hyposthénisante que si l'on ne surveillait pas l'état dynamique, on produirait une intoxication grave. Dans le rhumatisme articulaire fébrile, les docteurs Texier et Gendrin paraissent avoir obtenu de rapides succès en administrant jusqu'à 30 grammes de nitrate de potasse dans les vmgt-quatre heures. M. Ansiaux formule 30 grammes de ce médicament, à d.vrser en 20 et parfois en 16 paquets. La quantité quotidienne est de 8 paquets, pendant quatre ou cinq jours, et parfois durant huit jours, selon la tolérance.

J'ai souvent prescrit le nitrate de potasse, qui, dans les phlogoses ophlhalmiques^ne m a pomt paru mériter la valeur que quelques praticiens lui ont as-

La racine du polygala de Virginie ( pôlygâîu senêga ou seneca ) n'est pas un médtcament nouveau dans la thérapeutique des affections oculaires. Le professeur

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gies, est, dap.esG.aconum.de 30 à 90 centigrammes par jour. On pourra dit il dans cenams cas spéciaux, la porter jusqu'à 2, 3 et même /grimes ' J Nous avons vu souvent le professeur Rosas prescrire con.re la kératite chez les

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d'Ammon a publié, il y a longtemps déjà, des faits probants en faveur de L'efficacité de cet agent, qu'il a nommé calomel végétal. Fischer, Arlt, Cholius, hunier ont également expérimenté le polygala de Virginie, employé aujourd'hui dans presque toutes les cliniques oculaires de l'Allemagne, et ils n'ont eu qu'à se louer de ses effets.

A hautes doses, cette substance agit comme émélo-catharliquc. Kn la plaçant dans Tordre des évacuants , à la suite de l'ipécacuanha, MM. Trousseau et l»idoux invoquent l'autorité de Brelonncau (de Tours), qui s'est assuré que la poudre de polygala était vomitive chez l'homme, comme l'ipécacuanha; que l'on devait seulement en administrer trois fois plus environ, pour avoir des effet*; à peu près identiques. A quantités plus faibles, un gramme et demi, deux grammes, deux grammes et demi, chez les adultes, et pris à doses fractionnées dans les vingt-quatre heures, le polygala de Virginie paraît agir avantageusement sur les suçoirs absorbants, être , en un mot, un bon résolutif; c'est cette qualité que lui ont reconnue plusieurs praticiens, qui a porté ceux-ci à l'employer contre les hydropisies. fl faut convenir d'ailleurs que tout n'a point encore été fait pour cet agent pharmaceutique; en le reléguant, à la fin de sa Matière médicale, dans la classe des remèdes incertœ sedis, Barbier laisse à entendre que sa puissance thérapeutique demande encore à être soumise au creuset de l'expérimentation.

C'est dans les épanchements intra-oculaires surtout, et notamment dans l'hypopyon, que les oculistes précédemment cités ont invoqué l'action du polygala de Virginie, dont les propriétés d'aider, de stimuler l'absorption, ont ici paru incontestables. On a même mentionné à cet égard des faits qui sembleraient extraordinaires, si la véracité de leurs auteurs n'était à l'abri de tout doute. Ghelius dit avoir vu l'usage de cette racine dissiper complètement, en quelques jours, un épanchement sanguin survenu par suite d'une opération de pupille artificielle par décollement, et qui, depuis longtemps, se montrait rebelle aux ressources que l'on mettait en œuvre pour le résoudre. Rau, d'Ammon , conseillent le polygala contre l'inflammation de l'iris. Quelque temps après avoir subi une opération de cataracte, une femme de 34 ans, que cite d'Ammon , fut prise d'iritis et d'un hypopyon, que n'avaient pu prévenir les émissions sanguines, le calomel, etc. ; le polygala eu triompha, et fit successivement disparaître plusieurs autres collections de même nature. Cette racine , dont l'influence parait prophylactique et curative, d'après d'Ammon, agit salutairement , suivant cet oculiste, dans toutes les phlcgmasiesophthalmiqucs qui menacent de produire ou ont produit déjà quelque sécrétion pathologique.

Dans la pratique ophthalmologique , le polygala s'administre seul ou associe à d'autres agents thérapeutiques. Une préparation à laquelle j'ai fréquemment recours et qu'indiquent l'ouvrage de Fischer et celui d'Andréa.1, qui l'attribue à Schmalz, se compose de 4 grammes de poudre de racine de senega , 2 grammes de carbonate de magnésie, et 15 grammes de crème de tartre . à prendre, par cuillerées à café, dans l'espace de deux jours. On peut, comme je le fais souvent, et comme le font Cunier contre l'hypopyon, et M. Bretonneau contre le croup, combiner le polygala avec le calomel. Rau l'unit parfois au soufre doré d'anti -

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