CHAPITRE II. — TRAITEMENT
moine. D'Amnion a souvent formulé le polygala et le savon médicinal pour des pilules de 15 ou 20 centigrammes. La décoction, et- mieux, l'infusion à l'intérieur, sont moins usitées parmi les oculistes. On a dit aussi que les fomentations chaudes avec la décoction avaient été employées avec avantage.
Depuis plus de dix années que nous administrons le polygala de Virginie nous en avons constaté l'efficacité chez un bon nombre de malades. Toutefois, pour que nos observations fussent complètement concluantes, en faveur de la vertu de. cet agent médicinal à triompher des hypopyons et des hypohémas, il aurait fallu qu'il eût été seul mis en jeu ; le succès, dans cette hypothèse, n'eût laissé aucun doute sur la puissance de celte racine. Or, c'est ce que je n'ai jamais fait, convaincu que les ressources les plus efficaces, dans de telles occurrences, sont les émissions sanguines et le mercure. J'ajouterai même que la plupart des hypopyons que j'ai eus à traiter, et qui ont guéri , n'ont cédé qu'à l'intervention presque exclusive des deux derniers moyens thérapeutiques. Mais, de ce que les saignées et les hydrargyriques sont, dans l'espèce, les agents sur lesquels nous devions le plus compter, il ne s'ensuit pas qu'il faille négliger le secours d'autres remèdes secondaires que l'expérience clinique a jugés utiles; et ici vient naturellement se placer le polygala de Virginie, pour lequel môme des oculistes éminents ne voudraient pas accepter le rang modeste que nous lui assignons, revendiquant en sa faveur un rôle de premier ordre. Qu'il fonctionne , en résumé comme dérivatif sur le canal intestinal ou de toute autre manière, il faut reconnaître que les services qu'il a rendus contre les épanchements intra-oculaires, lui donnent le droit de figurer, dans les matières médicales comme dans la pratique, au nombre des agents qu'on ne doit pas oublier dans certaines affections qui peuvent devenir menaçantes pour le salut de l'organe visuel.
Une femme , à qui j'avais ordonné les poudres de Schmalz, pour un fort hypohéma, eut ses règles bientôt après, quoique celles-ci eussent apparu il y avait quinze jours. Doit-on attribuer ce phénomène au polygala ou à quelque autre circonstance fortuite?
Article 6. - Belladone. -Ciguë. -Aconit. -Sulfate de quinine.- Camphre.
— Térébenthine.
La belladone n'est pas seulement utile, en oculistique, à cause de ses vertus mydnat.ques, dont il sera question plus tard,- par ses propriétés hyposthénisan es et calmantes, elle amène une sédalion salutaire dans les phlegmasies ophtalmiques compliquées d'un état d'éréthisme de l'organe visuel. Lorsque les jeux sont peu rouges et que les douleurs sont cependant très-vives, dit le P Debreyne, on peut croire que la maladie est beaucoup plus nerveuse qu'inflammatoire, et 1 on est autorisé à prescrire avec confiance les préparations de bel*
C'est en introduction entre les paupières qu'on emploie généralement la bel-
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onctions sur la région péri-orbitairc, ou un l'administre à l'intérieur sous forme •le poudres, de pilules, ci fréquemment combinée avec le calomel.
J'ai vu souvent Dupuylren conseiller la belladone contre la phôtophobie runsécutive à l'opération de la cataracte et contre celle qu'on rencontre si fréquemment chez les enfants enclins aux inflammations des yeux (rètinite de Dupuytren ; ophthulmic nerveuse de Lisfrane; phôtophobie scrofuleuse de quelques auteurs). Tantôt, il prescrivait l'usage interne de la poudre de belladone, à la quantité quotidienne de 20 à 00 centigrammes et au delà, tantôt l'extrait à celle de 5 à 15 centigrammes. Il faisait diviser l'une ou l'autre en six doses; le malade en prenait une de deux en deux heures. Pour prévenir le narcotisme que le remède pouvait produire, ce professeur en accompagnait l'emploi de celui de l'eau de Sellz artificielle.
C'est également contre l'horreur de la lumière et le hlépharospasme des sujets scrofuleux qu'on a surtout préconisé la ciguë, très-employée par M. Arlt. Telle est la ténacité de ce symptôme, il suivit si souvent aux kératites ou à d'autres ophthalmies qui l'ont vu naître, qu'on ne saurait avoir à sa disposition assez d'éléments thérapeutiques pour le combattre.
Dzondi commençait par 15 centigrammes d'extrait de ciguë, à prendre dans la journée, en trois fois. Cette dose était chaque jour augmentée de 5 centigr., jusqu'à ce qu'au bout d'une dizaine de jours, parfois même de quinze ou vingt jours, on fût arrivé à un résultat favorable. Comme M. Seidel (de Breslau), nous conseillons souvent la solution d'extrait de ciguë (4 grammes de ce dernier pour 15 grammes d'eau distillée ou d'eau de cannelle). Quinze ou vingt gouttes, quatre fois par jour, sont administrées, au début, dans un peu d'eau sucrée ou d'eau gommée; la dose pourra être portée, par augmentations successives, jusqu'à 30 ou AO gouttes, quatre fois par jour.
Les expérimentations de Baudelocque, à l'hôpital des Enfants, démontrent qu'il est permis d'élever beaucoup les quantités de la ciguë , sans avoir des accidents à redouter. Ce praticien prescrivait l'extrait alcoolique de cette plante, en pilules de dix centigrammes et à la dose d'une pilule soir et malin, au début ; tous les deux ou trois jours, il donnait une pilule en plus, et arrivait graduellement jusqu'à 30 pilules et môme davantage. Cette mesure était celle des enfants de quatre à dix ou douze ans; la dose pourrait être successivement portée, d'après Baudelocque, jusqu'à iO pilules chez les adultes. Chez cinq filles traitées par ce praticien, et qui avaient pris 30 de ces pilules, il survint de la céphalalgie, de la somnolence, du trouble de la vision et une prostration notable des forces. Les purgatifs, les boissons acides et les pédiluves dissipèrent peu à peu les accidents dans l'espace de huit à dix jours.
Quelques praticiens ont substitué à la ciguë le principe qui fournit à cette plante ses propriétés toxiques et thérapeutiques : c'est la conéine . cicutine ou conicine, liquide oléagineux comme la glycérine, d'une odeur fétide, et insoluble ou à peu près insoluble dans l'eau. Fronmuller a administré la conicine à l'intérieur '; d'autres l'affectent à l'usage externe. On a conseillé, par exemple, une
1 Annales d'oculistique, t. XV, p. 2f>0. — Premier volume supplémentaire , p. 80.