CHAPITRE 11. TRAITEMENT
solution de 5 h 10 centigrammes de conicine dans 4 grammes d'huile d'amandes douces, pour frictions, deux ou trois fois par jour, sur les paupières, à l'aide d'un pinceau. Peu de jours de cette application ont triomphé, dit-on, du blépharospasme chez quelques malades. La conicine, quel qu'en soit le mode d'emploi, n'a pu s'accréditer dans la pratique ophtalmologique.
J'ai vu souvent Jaeger père prescrire contre le dernier symptôme des cataplasmes préparés avec deux parties de mie de pain , une partie de feuilles de ciguë et une partie de feuilles de jusquiamc. Il les fait appliquer de temps en temps sur les yeux, pendant un quart d'heure ou une demi-heure; puis les paupières sont, couvertes de compresses légèrement chauffées. ' L'aconit affaiblit le pouls, diminue la chaleur et la lièvre, engendre une hyposthénisation générale. «La nature hypersthénique des maladies guéries ou soulagées par l'aconit, dit Giacomini, constitue à nos yeux une preuve péremptoirc, à laquelle souscriront les esprits droits et éclairés. Les plaintes de Gmelin contre la faiblesse extrême dans laquelle tombaient les malades qui étaient soumis pendant longtemps à l'usage de l'aconit ne confirment-elles pas le même fait? » Nous avons si souvent constaté les heureuses propriétés qui viennent d'être signalées que nous ne saurions assez recommander l'aconit comme auxiliaire des médications antiphlogistiques.
Bien que quelques praticiens aient porté la dose de l'extrait alcoolique d'aconit à 50 centigrammes, et même au delà, dans les vingt-quatre heures, nous commençons habituellement par la quantité quotidienne de 5 centigrammes de cet extrait, et nous ne dépassons jamais 15 centigrammes. Dans notre conviction, en effet, c'est plutôt par le choix des remèdes que par les fortes doses qu'on obtient presque toujours de véritables succès en thérapeutique. Dans les iritis, dans les ophthalmies douloureuses, dans certaines amblyopies à type congestif, nous conseillons journellement avec le plus grand succès l'extrait alcoolique d'aconit combiné avec le calomel.
L'observation démontre également qu'il y a lieu de considérer comme un hyposthénisant du premier ordre le sulfate de quinine, que le docteur Briquet a employé avec succès contre le rhumatisme articulaire aigu. Ses précieuses propriétés ont été plus particulièrement mises à contribution dans la pratique ophlhalmologique par Mackenzie et Alexandre Quadri (de Naples).
Le sulfate de quinine me rend journellement de tels services dans les kératites accompagnées d'un haut degré d'éréthisme de l'organe visuel, que je le regarde comme une sorte de spécifique dans de telles conditions. J'ai vu, notamment chez les jeunes sujets lymphatiques, l'excessive sensibilité des yeux, le blépharospasme et le larmoiement diminuer, puis s'évanouir comme par enchantement sous l'influence de cet agent, amélioration devenant le point de départ d'une cicatrisation rapide des ulcérations de la cornée et de la résolution d'épanchements localisés dans sa substance.
Je prescris, en général, ce remède à la dose de 15 ou 20 centigrammes chez les enfants et à une quantité à peu près double chez les adultes. Pour les jeunes sujets, je conseille souvent des paquets contenant 5 centigrammes de sulfate et un peu do sucre. En les donnant dans du café, on diminue l'amertume du remède.
12K livuk l. — CONSIDERATIONS GENERALES.
Là forme pilulaire est encore fort commode à cet âge, vu la facilité de son administration dans une cuillerée de sirop, de confiture, d'une substance alimentaire quelconque. Je formule fréquemment chez les adultes une potion composée de 1 gramme de sulfate de quinine, quantité suffisante d'eau de Rabel , 200 grammes d'eau et 50 grammes de sirop simple. On la prend par cuillerées à bouche, dans l'espace de deux jours.
L'association du sulfate de quinine au calomel ', à l'extrait gomrneux d'opium, aux extraits de belladone, de ciguë ou d'aconit, a contribué à triompher de photophobies opiniâtres. Des exacerbations douloureuses, olfertes par quelques kératites à une heure déterminée de la journée , de véritables crises intermittentes clans le trajet de la cinquième paire, ont maintes fois cédé avec rapidité à ce genre' de préparations. L'un de mes malades, âgé de cinq ans, rendit, sous l'influence de pilules de calomel et de sulfate de quinine, une grande quantité d'ascarides lombricoïdes. La poudre mercurielle fut peut-être ici le moteur capital de l'effel anthelmintique; mais le sulfate de quinine fonctionna bien certainement comme un adjuvant salutaire, car j'ai vu ce remède, administré seul, agir comme un excellent vermifuge.
Le peu d'accord qui existe dans l'opinion des médecins en ce qui concerne la force agissante du camphre a porté Barbier à ranger cette substance au nombre des médicaments incerlœ sedis. Giacomini lui attribue des vertus hyposlhénisantes et sédatives, qui exercent notamment leur action sur le système sanguin et sur la moelle épinière; d'autres le considèrent comme un stimulant. 11 résulte de ces diverses manières d'en interpréter l'influence sur l'économie que ce remède a été proposé contre des maux de nature opposée. Rognetta le préconise contre tontes les ophlhalmies indistinctement et contre les congestions de la choroïde et de la rétine; M. Moreau, médecin belge, contre l'ophthalmie des armées 2. Le docteur Duval (d'Argentan) recommande , contre la photophobie consécutive à des phlegmasies de longue durée , l'application du camphre en nature et celle de l'onguent napolitain camphré sur le front, ainsi que les inspirations de camphre à l'aide d'un tube. D'autres oculistes font entrer ce corps médicamenteux dans le traitement des- taies, de la blépharoplégie, de toutes les affections paralytiques, à allure chronique et torpide.
Il est un effet du camphre sur lequel les opinions ne varient pas : c'est qu'il exerce, au moment de son application, une action locale irritante. C'est elle que nous mettons à contribution quand nous usons extérieurement du camphre dans la médication des maladies des yeux. Nous avons donc recours au camphre, associé presque constamment d'ailleurs à d'autres éléments thérapeutiques, dans
1 Quand on combine ces deux médicaments l'un avecl'auli e, le calomel ne devra pas être administré en quantité trop forte, car, par ses effets purgatifs, il pourrait nuire à l'aclion du sulfate de quinine.
* < Je prenais un à deux gros de ce médicament réduit en poudre à l'aide d'un peu d'alcool; je niellais celte dose dans un verre d'eau de puils ; j'instillais ensuite, irois ou quatre l'ois par jour, quelques gouttes de ce collyre dans les yeux malades. > (Moreau, Annales d'oculislique, t. l«.)