CHAPITRE H. — TRAITEMENT
aux constitutions cachectiques, aux sujets iéti\\\6s par tics privations alimentaires ou par (les habitations insalubres. Une autre considération du même auteur, c'est qu'il ne faut pas s'exagérer les dangers du remède au point de le donner par tractions de grain. M! Payan commence, chez les adultes, par 10 ou 15 centigrammes du sel barytique dans 100 grammes d'eau distillée, à prendre par cuillerées dans les vingt-quatre heures; plus tard, il en augmente progressivement la dose. Telle était aussi la pensée de Lisfranc, qui arrivait à administrer le chlorure de baryum à la quantité quotidienne de 3 grammes.
D'après le docteur Négrier (d'Angers), les ophlhalmies dites scrofuleuses sont curables par une médication ayant pour base les préparations de noyer. Le collyre, dont il a fait connaître la formule, se compose de 200 grammes de décoction de feuilles de noyer, 1 gramme d'extrait de belladone et 1 gramme de lauaanum de Rousseau. Ce collyre est destiné à être employé concurremment avec le traitement interne par la tisane et le sirop de feuilles de noyer.
Pour nous, qui ne voyons surtout, dans la diathèse scrofuleuse, que la prédominance du système lymphatique, nous ne prescrivons les mesures destinées à améliorer l'économie que dans des conditions que nous essayerons, de définir. S'agit-il d'une ophthalmie récemment développée chez un sujet lymphatique , nous avisons au plus pressé, sans nous inquiéter de la diathèse. Nous conseillons, par exemple, contre une conjonctivite phlycténulaire ou pustuleuse, les dérivatifs intestinaux et cutanés, le collyre au borax, etc., n'oubliant pas de recommander la privation d'agents excitants, comme le sirop antiscorbutique, si souvent prescrit dans de telles circonstances. Le régime sera doux et peu copieux. Avons-nous affaire à une kératite, nous avons recours aux mercuriaux comme hyposthénisants, comme antiplasliques, parfois aux sangsues, aux remèdes, en un mot, dont l'efficacité a été reconnue contre cette affection. Ces phlegmasies deviennent-elles subaiguës ou chroniques, revêtent-elles ce caractère particulier de lenteur et de torpeur qu'on a attribué à l'état diathésique, dans lequel se trouvent les tissus enflammés, nous passons, pour accélérer la marche de la résolution, à l'emploi des toniques, emploi qui doit être dirigé avec ménagement et avec prudence. Le sujet enfln est-il guéri de la lésion oculaire , nous lui traçons un plan antilymphatique pour réveiller l'énergie des propriétés vitales, diminuer l'état de langueur générale des fonctions , mettre le corps à même de ! lutter plus efficacement contre les éléments morbitiques, et rendre ainsi moins ^nombreuses les chances d'une récidive. Le temps, d'ailleurs, qui amène le développement des organes et engendre dans l'économie des modifications de toutes sortes, est d'ordinaire le meilleur remède dans dé telles circonstances.
Les agents pharmaceuticpies qui me paraissent ici le plus dignes de confiance sont, comme dans le traitement de l'anémie, les ferrugineux qu'il convient llde faire prendre au début des deux principaux repas. Nous conseillons souvent Ile tartrate de potasse et de fer en pilules ou en sirop, les pastilles de laclate de ■fer, les pilules de Vallet, celles de Blancard, le sirop d'iodurc de fer, à la dose I de 3 à 6 cuillerées à café par jour, chez les enfants, à celle de 2 à 3 cuillerées à
■ bouche chez les adultes. Les préparations martiales sont surtout utiles chez les
■ jeunes filles lymphatiques, à l'époque oii In menstruation tend à s'établir, ou
quand cette fonction, déjà constituée , n'a point pris le développement el larégularité convenables. Les infusions do petite centaurée , de houblon, de pensée; sauvage, le vin de gentiane, celui de quinquina, le vin antiscorbutique, ont été admis avec raison dans la pratique générale. Tout en imprimant une stimulation au système lymphatique, ces remèdes communiquent à l'estomac une activité utile au point de vue de la digestion et de l'assimilation des substances qui y sont ingérées.
Les eaux chlorurées-sodiques jouissent d'une réputation très -méritée dans la médication des scrofules. Rien n'est plus salutaire que les bains de mer, principalement en juillet, août et septembre, ou une saison aux sources qui conviennent le mieux dans les cas de ce genre. (Voy. Art. 9.) On peut conseiller encore des bains avec une solution de sel marin, que nous additionnons souvent d'une forte solution de feuilles de noyer. Les bains aromatiques, les bains sulfureux excitent les natures indolentes. Ces derniers seraient surtout inopportuns s'il existait une irritation extérieure susceptible de s'exaspérer sous leur influence.
Les agents hygiéniques méritent d'occuper ici le premier rang. On conseillera un logement bien exposé, privé de toute humidité, des soins de propreté, l'exercice en plein air. On fera entrer dans le régime alimentaire les soupes substantielles, les viandes grillées ou rôties, les végétaux sapides cuits au gras. On permettra une quantité modérée de vin. Nous ordonnons souvent, dans la pratique civile, le vin de Bordeaux coupé avec de l'eau de Bussang. Un moyen très-efficace enfin, et à la portée de tout le monde, consiste dans des lotions générales, du cou aux extrémités inférieures, avec une forte éponge imbibée d'eau froide. On y aura recours le matin, au lever du malade ; pratiquées au moment du coucher, elles pourraient donner lieu à une diaphorèse capable de l'affaiblir au lieu de le fortifier. Je conseille fréquemment des frictions sur la surface cutanée, et plus particulièrement à la face interne des membres, avec la teinture de quin-fl quina.
«La diathèse, dit le professeur Forget1, est le fait primordial, la condition essentielle des scrofules. Elle est de nature asthénique, et a pour caractère, au dire des auteurs, l'hydrémie et l'aglobulie. Donc , sous ce rapport , elle, se con* fond avec l'anémie. Aussi le traitement de cette affection n'est-il autre que celui de l'anémie elle-même. »
Art. 8. — Antisyphilitiques.
La syphilis remplit un rôle, tellement important dans la production des affections oculaires qu'on ne saurait se familiariser assez avec les ressources destinées à la combattre. La théorie généralement admise enseigne d'opposer les hydrargyriques aux accidents secondaires, l'iodure de potassium aux accidents tertiaires. 11 est un point sur lequel nous devons surtout insister: c'est que, quand les agents spécifiques peu nombreux, auxquels on a presque exclusivement
1 Bulletin de thérapeutique, t. LUI, p, 881,
CHAl'lïUK II. — TRA1XEM.ENX. 133
recours aujourd'hui, n'ont pas conduit au but désiré, il faut se souvenir que l'arguai thérapeutique en comprend plusieurs d'une Irès-hautc valeur, et dont on ne doit pas négliger l'emploi.
Nous administrons souvent le protoiodurc de mercure, surtout contre l'iritis syphilitique. Il y a peu d'années encore, ce sel était considéré par la généralité des praticiens connue doué d'une énergie se rapprochant de celle du sublimé ; l'on ne dépassait presque jamais la dose quotidienne de 5 à 10 centigrammes, bien que Biett en ait conseillé jusqu'à 30 centigrammes, en alléguant toutefois qu'il accordait la préférence à des doses faibles. L'expérimentation clinique a démontré qu'on pouvait sans danger en augmenter beaucoup les proportions , alors que le protoiodure ne contient pas du biiodure, dont il doit toujours être purifié par l'alcool bouillant. M. Ricord en a porté la dose jusqu'à 50 centigrammes dans les vingt-quatre heures.
S'il est vrai, comme plusieurs thérapeutistes le pensent, que les préparations mereurielles ne fonctionnent, comme agents curatifs, qu'en aboutissant à la production d'une quantité plus ou moins considérable de sublimé, il est aisé de so. rendre compte pourquoi ce sel, convenablement administré, est l'élément le plus salutaire, la clef de voûte, pour ainsi dire, de la médication hydrargyrique. Je n'en conseille que de faibles doses à la fois, mais j'en continue longtemps l'emploi. Il suit de là que les malades ne sont pas astreints à un régime sévère; leur estomac n'est que rarement en souffrance , et ils arrivent à prendre impunément une quantité tout aussi considérable de ce remède que celle qu'on administre par d'autres métbodes.
Une formule dont j'use souvent comprend 10 centigrammes de bichlorure de mercure, autant d'extrait gommeux d'opium et une proportion suffisante de poudre de guimauve et d'eau distillée pour obtenir une masse de 2 grammes, que l'on divise en vingt pilules. On en prend une soir et matin ; ce n'est que graduellement que j'en augmente les doses. Si quelque motif contre-indiquait l'usage de l'extrait d'opium, il pourrait être remplacé par 25 centigrammes de chlorhydrate d'ammoniaque. Composées de sublimé, d'extrait thébaïque et d'extrait de gaïac, les pilules de Dupuytren sont généralement bien tolérées; M. Mialhe s'est assuré que le bichlorure s'y trouvait intact, et que la présence de l'extrait d'opium paralysait, à l'instar des chlorures alcalins, l'action coagulante du composé mercuricl.
Je formulais autrefois la liqueur de Van-Swieten avec 20 centigrammes de bichlorure de mercure, 250 grammes d'eau distillée et 15 grammes d'alcool. Me conlormant, sous ce rapport, aux données les plus récentes de la chimie expérimentale, je prescris aujourd'hui 20 centigrammes du sel mercuricl 50 centigrammes de chlorhydrate d'ammoniaque et 250 grammes d'eau distillée. On en donne au début une cuillerée à bouche par jour, et plus tard deux cuillerées Leau gommée, le lait, qu'on peut légèrement saler, sont des véhicules trèsavantageux pour l'administration du remède. On attribue à cette addition des
fchlorures alcalins au sublimé l'avantage de prévenir les douleurs épigastriques, ™ nu. provient de ce que le sel mercuriel, en s'unissantaux chlorures indiqués
» i perdu ses propriétés coagulantes.
134 I.IVIUC l. — CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES.
Je ne prescris jamais l'iodure de potassium aux doses de S à 15 grammes, auxquelles des pralic-ions l'ont élevé, .l'eu conseille d'habitude 1 ou 2 grammes par joui'; je dépasse rarenient A grammes. Les médecins cliimisles regardent comme irrationnelle l'administration de l'iodure de potassium concurremment avèc celle du protoiodure de mercure ou du subluné. On allègue, en effet, que l'iodure de potassium transforme le proloiodurc de mercure en biiodure de ce métal; des phénomènes identiques se passent eu égard au bichlorurc bydrargynqtie. «Si l'on mêle ensemble, dit M. Caventou deux dissolutions aqueuses étendues, dont l'une contient 100 parties d'iodure de potassium et l'autre 9*0 parties de sublimé, le deuloiodure se forme à l'instant et se précipite sous forme d'une poudre rouge.» L'incompatibilité qui vient d'être signalée mérite d'être prise en considération. Toutefois, il m'arrive souvent de prèscrîré le matin, quelque temps avant le déjeuner, une tasse d'une tisane dé punitive, avec addition d'une cuillerée à bouche d'une solution iodée, laquelle est calculée de manière à fournir 50 centigrammes à 1 gramme d'iodure de potassium par cuillerée; le malade en prend une seconde tasse au milieu du jour, et le soir une pilule d'un centigramme de sublimé ou une pilule de Sédillot. Non-seulement je n'ai jamais vu ce traitement mixte entraîner le moindre accident, mais j'ai constaté plus d'une fois la manifestation d'un amendement notable dans les symptômes morbides.
Dans la période qui forme la limite des accidents secondaires et des accidents tertiaires de la syphilis, et même quand ceux-ci sont franchement déclarés, nous devons des résultats remarquables à une préparation employée par M. Ricord, et dont le sirop iodhydrargyriquc deGiherta servi de point de départ. Elle se compose de 15 grammes d'iodure de potassium, 15 centigrammes de biiodure de mercure et 500 grammes de sirop de gomme ou de salsepareille. On en donne une cuillerée à bouche soir et matin, dans une tasse d'une décoction de feuilles de saponaire, de douce-amère, etc. La combinaison qui vient d'être indiquée est d'autant plus efficace qu'elle résume, dans la même préparation, les deux éléments capitaux de la médication antivénérienne : l'élément mercuriel et l'élément potassique; elle est d'ailleurs très-bien supportée par les malades et n'entraîne pas la salivation.
Il est encore quelques médications, les unes peu employées, les autres à peu près oubliées, et qui se sont montrées trop utiles dans notre pratique pour que nous ne les signalions pas au lecteur.
J'ai vu lespilules de Sédillot triompher d'accidents amaurotiques graves cl de paralysies syphilitiques des troisième et sixième paires. Fréquemment usitées, dans toutes les périodes de la syphilis, par l'école de Montpellier, ces pilules se composent de 3 grammes d'onguent mercuriel double, 2 grammes de savon médicinal et 1 gramme, de. poudre de réglisse pour 25 pilules. On en prend une soir et matin au début et une troisième en outre au bout de cinq jours. Vers le quinzième jour du traitement on prend quatre pilules chaque jour, c'est-à-dire deux le matin et deux le soir, dose qui ne sera pas dépassée. Le mode d'administration qui vient d'être indiqué est efficace pour prévenir ou retarder le ptyalisme. Grâce au chlo-
1 Bulletin de Ihèi'apeulique, i. Ier, p. 393.
i;HAI'ITHE 11. — TRAITEMENT. 155
raie de potasse, cet accident, n'a plus les inconvénients dont il était jadis entaché; son intervention peut être précieuse pendant l'emploi de la médication qui nous occupe.
T.a méthode de Cirillo, ancien médecin du roi de Naplos, sera surtout applicable aux cas où les suhstances mercurielles ne pourron t pas être ingérées dans l'estomac. Cette voie d'administration du sublimé a montré/dans plus d'une circonstance, qu'elle était douée d'une efficacité réelle. L'un de mes malades, aveugle par une amaûrdse vénérienne, récupéra, sous son influence, la faculté do se conduire. M. Quaâri (ils ne traite pas autrement les iritis, quel qu'en soit le mode d'origine. La pommade qui ligure dans cette médication se compose de -4 grammes de sublimé et de 8 grammes de sel ammoniac pour 32 grammes d'axouge. La présence du sel ammoniacal en rend l'absorption plus prompte (Mialhe). La dose de cette préparation, au début, sera d'un gramme pour chaque friction, le soir, à la plante des pieds; nous la portons parfois, dans la suite du traitement, à 2 grammes ; quelques praticiens ont été jusqu'à 4 et même jusqu'à S grammes. On suspend l'emploi de la pommade après chaque période de trois frictions, pour prendre un bain chaud d'une heure de durée.
Les pédiluves mercuriels ont été employés en Italie avec avantage. Pour les administrer, onsesert d'un vasede porcelaine ou de faïence, rempli d'eau chaude .jusqu'au-dessous des malléoles ; puis on y verse le cinquième ou le sixième d'une solution de 3 grammes de bichlorure de mercure , 30 grammes d'alcool et 500 grammes d'eau distillée. Ces bains de pieds seront prolongés pendant une demi-heure.
Dans plusieurs cas de syphilis ancienne , dans quelques amaurosés surtout reconnaissant une telle origine, j'ai été à même de constater la valeur du traitement de Zittmann. Peut-on en faire un plus bel éloge qu'en transcrivant ces lignes extraites de l'Abrégé pratique des maladies de la peau, des docteurs Cazenave etSchedel? «Nous avons vu et vu plusieurs fois, dans les sallesdeM Biett des succès très-remarquables obtenus par la décoction d'Arnoult, et surtout par ceJJe de Zittmann : aussi sommes-nous peu touchés du noble dédain de quelques therapeuùstes, qui blâment par inspiration ou par habitude. Quelquefois, à la suite de 1 admunstration de la décoction de Zittmann, il survient une diarrhée force de la suspendre ou d'y renoncer ; mais, dans la plupart des cas que nous avons observés , cette préparation a pu être supportée par les malades ; et elle a ete, presque sans exception, suivie d'un succès inespéré. »
Le raitement de Zittmann agit sur toutes les sécrétions'. Pendant le cours e cette médication, il faudra éviter les refroidissements, garder la amlnT fellt autant que possible. L'alimentation sera légère et composée il pS^ |
*! Bien l'a souvent continué pend nt ^vi»1 ^ S «l "
136 LIVKB l. — (JONSIDKIUTIONÔ liBNBRAUJSj
léguméfi et d'une très-petilc quantité de viandes blanches. On s'abstiendra de vin.
Chez une malade de la ville, presque aveugle par suite d'une double amaurose, avec synéchic postérieure, syphilides et végétations à la marge de l'anus, j'ai vu l'emploi simultané de la tisane de Feltz, de l'iodurc de potassium et des pilules de chlorure d'or et de sodium être couronné «l'une réussite complète. Bien que cette femme , veuve depuis onze années , protestât d'une conduite exemplaire depuis la mort de son époux, cette médication dont on lui laissa ignorer la nature, l'ut indiquée par mon honorable ami, le docteur Delarroque, dont j'invoquai les lumières et l'expérience dans cette circonstance épineuse. Des sueurs copieuses survinrent dans le cours de ce traitement , il y eut une constipation très-intense, effet assez ordinaire des préparations auriques, et qui fut ici accompagnée de l'éruption d'hémorrhoïdes énormes et d'un écoulement hémorrhoïdal abondant. Les perceptions visuelles étaient rétablies, au bout de 50 jours, et cette femme put vaquer à ses occupations. J'ai maintes fois, depuis lors, administré cette médication , que je regarde comme héroïque contre les accidents de la vérole constitutionnelle ; plusieurs malades lui doivent la vue.
J'ai entendu Marjolin relater, à sa clinique, le fait d'un cordonnier atteint d'un énorme ulcère syphilitique aux lèvres, jugé incurable par Dupuytren et par lui-même, si ce n'est à l'aide d'une opération chirurgicale; la tisane de Feltz en triompha complètement. De même (rue celle de Poll.m, de même aussi «me celle de Vinache, et la décoction antivénérienne de Lisbonne, etc., dans lesquelles on fait entrer une certaine quantité de sulfure d'antimoine naturel , la tisane de Feltz, préparation trop souvent délaissée, agit surtout pari arsenic qu'elle contient. 11 tant veiller à ce qu'elle soit faite avec soin et par un pharmacien consciencieux. Rappelons qu'on la prépare dans un vase de terre, avec 60 grammes de salsepareille, 10 grammes de colle de poisson, et 80 grammes de sulfure d'antimoine, enfermé dans un sachet de linge , pour 2 litres d eau, qu'on fait bouillir jusqu'à réduction d'un tiers. Les proportions qui viennent d'être indiquées sont celles du Codex ; elles sont sujettes à certaines variations dans les formulaires. Quelques pharmaciens changent le nouet toutes les fois, Or, à la faveur de l'ébullition, le sulfure d'arsenic, qui se trouve associe au sulfure d'antimoine naturel, décompose l'eau., en donnant lieu à de 1 hydn^ne sulfuré et à de l'acide arséhieux, qui demeure en dissolution. Dans le but d avoir une certitude entière sur les proportions de l'agent arsémcal, on a propose de substituerai! nouet contenant le sulfure d'antimoine L'addition d un soute d'arséniate de soude. Nous ne saurions approuver celte moddication; il y a heu de croire qu'on n'aurait plus le même médicament. 11 résulte en effet des recherches de M. Grassi, que la tisane de Feltz présente, outre 1 élément arsenical, une certaine quantité d'oxyde d'antimoine. Il faut admettre, d après lui, que le sulfure d'antimoine traité par l'eau se comporte comme le sulfure « arsenic, c'est-à-dire qu'il donne lieu à de l'hydrogène sulfuré et à de 1 oxyde d antimoine, qui reste en dissolution.
Bien que certains thérapeutes ne reconnaissent aucune, vertu specihqiic aux préparations d'or, je crois que ces remèdes, dont la puissance a été constatée JW
qp'AFlTUB 11. — TKAITK.M1ÙNT. 137
Chrestieu, par Lallemand, par Legfand , ne doivent pas être oubliés dans les ca's de carie ou d'autres accidents syphilitiques rebelles aux traitements habituels. Nous signalerons à ce sujet la médication résolutive, qui s'est montrée si salutaire dans la pratique du P. Debreyne, contre les adénites chroniques et les engorgements subinflammatoires ; il est d'autant plus utile de se familiariser avec ce traitement, qu'il peut être applicable, avec chances de succès, aux orbitocèles ou à d'au tics tumeurs d'une curation difficile. Debreyne forrmile 10 centigrammes de chlorure d'or et de sodium, 2 grammes de poudre d'amidon , 50 centigrammes de gomme arabique et quantité suffisante d'eau distillée, pour une mas°se que l'on divise en 40 pilules. Tous les soirs et durant quelques minutes, le malade opère, avec une de ces pilules , une friction douce sur la face interne des gencives et des joues, sur la langue, sur le palais, sur toutes les parois, en un mot, de la cavité buccale. Il ne doit point ensuite cracher ; il avalera, avec la salive, ce qui aura pu rester delà matière de la friction. Au bout de vingt jours, on fait une onction le matin et une le soir. On continue les jours suivants d'après le même mode. Le docteur Labat de la Chazoulière me disait qu'il avait vu, bien que rarement, dans la pratique du P. Debreyne, la dose des pilules portée à quatre par jour; les malades, d'ailleurs, suspendent de temps à autre le remède, parfois pendant sept ou huit jours. Ce médecin ajoutait que la quantité de quarante pilules n'était pas généralement réitérée plus de trois fois, en l'absence d'une amélioration manifeste; si le médicament paraît agir avec efficacité, on en continue l'emploi. Une femme qui m'a consulté, et qui portait sur la partic latérale gauche du cou une énorme tumeur glandulaire, la vit diminuer avec rapidité, puis s'évanouir peu à peu sous l'influence de cette médicatipn, qui dura six mois, sans apporter aucune altération dans la santé générale.
Les oculistes sont rarement appelés à traiter la syphilis chez les nouveau-nés; elle est surtout caractérisée chez eux par des accidents secondaires (altérations de la peau et des membranes muqueuses). La meilleure médication à conseiller chez les enfants au-dessous d'un an consiste dans des frictions aux cuisses, aux bras, sur la poitrine, etc., avec un gramme d'onguent napolitain ; il y a avantage à suspendre ces frictions deux fois par semaine, comme le conseille M. Cullerier, pour faire prendre un bain tiède additionné de 2 à i grammes de bichlorure de mercure. Au-dessus de l'âge qui vient d'être indiqué, on pourra formuler 2 grammes de pommade mercurielle pour chaque friction, et 6 grammes de sublimé pour chaque bain.
Article 9. — Eaux minérales.
La prescription des eaux minérales est peut-être trop négligée des oculistes. Quand on songe qu'un bon nombre des affections dont ils s'occupent sont liées à des conditions de l'organisme, pour lesquelles certaines de ces eaux constituent un remède salutaire, on arrivera à cette conclusion que cette sorte de Médication peul offrir, en oculistique, une utilité réelle. Des affections nerveuses, des linblyopies, des ophlhalmics, etc., ont été palliées ou guéries par les eaux mi-
^ IIVIlK — liONSlIlKllATIONS lilîNlîllALKS.
fraies '. Je citerai l'exemple «l'une dame, atteinte d'une conjonctivite et d'une WwW» chèques, contre lesquelles on avait employé «les purgatifs les ,„„,• «•■unnux, des cautér.salinns, etc.j une saison à Hou.l.onne amena lé rétablissemont do la malade. Pendant qu'elle prenait ses bains, l'eau minérale était diri gec, sous forme «le douche, sur la région oculaire. C'est surtout quand les eau*, minérales sont prises aux sources mêmes que, joint aux distractions du voyage à 1 abandon des occupations habituelles, aux conditions hygiéniques de toutes sortes, leur emploi retrempe, pour ainsi dire, l'énergie vitale, sollicite des excrétions salutaires parles selles, les urines, la transpiration, et porte dans l'économie des modifications qu'on demanderait en vain à d'autres moyens thérapeutiques. J
Je dois à l'obligeance de M. le docteur Le Bret, médecin inspecteur des eaux de Bareges, la liste suivante des eaux minérales les plus usuelles classées d'anres fes indications thérapeutiques.
1° Rhumatisme. Baréges, Ludion, Cauterets, Aix en Savoie, Schinznacb. Loueche, Enghien, Néri's, Plombières, Wildbad.
2° Affections nerveuses. Néris, Plombières, Ussat, Bourbon -Lancv, Saint- Sauveur, Molitg, Ems, Schlangenbad.
3o Paralysies. Bourbonne, Bourbon-l'Archambaull, Balaruc, Xiederbro.m Nens.
# Maladies de la peau. Luchon; Cauterets, Enghien. Uriage, Saint-Cenais. Mohtg.
S0 Scrofules. Krcuznach, Nauheim, Kissingcn, Uriage, Bourbonne, Salins, bains de mer.
f Gà?he*ie syphilitique et mercurfelle. Comme pour les maladies de la peau et les scrofules.
7° Affections de l'appareil respiratoire (catarrhes, laryngite, phthisie, etc.). Eaux-Bonnes, Cauterets, Enghien, Amélie-les-Bains, Le Vernet, Mont-Dore Ems.
8° Goutte, affections calculasses ; maladies de la vessie, des reins, du foie • dyspepsie. Vichy, Carlsbad, Ems, Wiesbaden, Contrexeville, Pougttes.
9° Affections d'origine traumatique. Baréges, Bourbonne, Bourbon l'Archambault.
Les bornes assignées à ce travail nous mettent dans l'obligation d'arrêter ici le développement des moyens que Toculistique emprunte à la thérapeutique Générale. Un grand nombre d'autres remèdes de cette catégorie trouveront, d'àilleurs, utilement leur place dans la suite de cet ouvrage.
1 Consultez les Annales â'ocuUsiïques, t. XXVII, p. 3.
CIlAl'IÏIŒ JI. — THAITKMKM.
MOYENS 'l'on QUE S.
Avanl d'aborder l'étude des formes pharmaceutiques dont l'application s'effectue sur l'œil lui-même, nous devons établir que, quand un médicament soluble est mis en contact avec la face antérieure du globe, non-seulement il est partiellement entraîné dans le torrent de la circulation par les vaisseaux de la conjonctive, mais il pénètre encore dans les chambres oculaires, en passant à travers la substance de la cornée, dont la propriété endosmotique a été constatée et sur le vivant et siu- le cadavre.
Ayant introduit entre les paupières, à un œil, une solution d'iodurc de potassium, M. Gosselin rechercha celte substance à l'aide des moyens connus en chimie, et dans l'application desquels il fut secondé par MM. Bussy père et fils L'iode fut retrouvé au bout de quelques minutes et au bout de plusieurs heures dans la cornée et dans l'humeur aqueuse. On ne peut dire qu'il y avait été transporté par la circulation générale; l'autre œil, en effet, sur lequel l'instillation n'avait pas été faite, n'en contenait pas, pendant les trente ou quarante minutes qui avaient suivi l'introduction, et n'a commencé à en fournir qu'au bout de ce temps. De ces expériences, M. Gosselin conclut : 1° que Fiodure de potassium, absorbé à la surface de l'œil, passe dans la cornée et dans l'humeur aqueuse, oii l'on commence à le retrouver au bout de deux minutes; 2° qu'il existe dans cette dernière, pendant vingt ou trente minutes, axant que la circulation générale puisse en avoir apporté une quantité appréciable; 3o que les autres parties de l'œil, et particulièrement le corps vitré, la sclérotique et la choroïde en reçoivent plus tard que la cornée et l'humeur aqueuse. ^ Après avoir instillé dans les yeux de plusieurs animaux une solution de sulfate d'atropine et obtenu ainsi la dilatation de la pupille, on recueillit l'humeur aqueuse, qui fut introduite dans les yeux d'autres animaux, dont la pupille ne tarda pas à se dilater. Le principe stupéfiant de la belladone avait donc évidemment passé dans la chambre antérieure, s'y était mêlé à l'humeur aqueuse et s'était mis en contact immédiat avec l'iris. Nous devons ajouter que, d'après quelques autres recherches faites par le docteur de Ruiter, avec une solution de o centigrammes de sulfate neutre d'atropine pour 8 grammes d'eau distillée le passage de l'atropine dans l'humeur aqueuse s'accomplit avec d'autant plus de rapid!te que la cornée est moins épaisseet moins dense : cinq minutes chez les grenouilles, dix chez, les lapins, quinze chez les chiens et les hommes. Il résulte de là que l'action du sulfate sur l'iris doil être plus prompte chez les enfants leur cornée étant plus poreuse que celle des adultes.
r*>s considérations qui précedenl conduisent naturellement à celle conclusion
1 Mémoire lu à l'Académie de médecine (séafrçe du 7 août 1888).
MVllK [. — CONSIDERATIONS liKNKHALhS.
qu'un certain nombre de substances pharmacologïques, mises en rapport avec la surlace de l'œil, sont aptes à en modifier les éléments internes, et qu'il est rationnellement permis d'en invoquer le secours contre plusieurs altérations susceptibles d'envahir ces derniers éléments.
Nous signalerons un fait curieux constaté par notre ami le docteur Tanquerel des Planches, celui d'une colique et d'une arthralgie saturnines, effets de l'absorption d'une solution de sous-acétate de plomb par la muqueuse oculaire, dans une ophthalmie chronique. Deux collyres, de 2 grammes chacun de sousacétate de plomb et de 125 grammes d'eau, ayant été employés dans l'espace de onze jours, des phénomènes toxiques apparurent le douzième jour, au ventre d'abord, puis aux membres inférieurs. La cessation du remède, l'huile de croton et les bains sulfureux triomphèrent de l'empoisonnement au bout d'une semaine.
Article 1. — Collyres.
La plupart des remèdes destinés à être appliqués sur les yeux étaient jadis confondus sdus la dénomination générale de collyres. Ceux-ci étaient divises en collyres liquides, en collyres mous et en collyres secs. L'usage a presque exclusivement restreint la signification de collyres aux liquides employés à titre de topiques sur l'organe visuel, les collyres mous des anciens étant appelés pommades, et les collyres secs poudres ophthalmiques. On réserve encore le nom de collyres gazeux à certaines préparations destinées à agir sur les yeux par les vapeurs qui en émanent. .
Un collyre se compose, en général, d'une base et d'un véhicule. La base consiste dans l'emploi de sels, d'extraits, de substances diverses, dont les propriétés impriment aij liquide un mode d'action variable. Les véhicules sont l'eau distillée simple, les eaux de sureau, de rose, de laitue, des infusions et des décoctions de toutes sortes. La vertu légèrement astringente qui a été attribuée à l'eau de plantain nous semble très-problématique. Nous en dirons autant de l'eau de bluet, que quelques praticiens ont coutume d'associer à leurs collyres, et dont très-peu de pharmacies, d'ailleurs, sont pourvues. Ces collyres, appelés collyres aqueux, sont les plus usités. D'autres ont pour excipients le vin, l'huile ou des mucilages, ces derniers étant surtout applicables aux cas où il s'agit de suspendre dans un véhicule une poudre insoluble. La glycérine, dont on connaît les bons effets dans les cas de brûlures, d'ulcères, d'affections cutanées, a été substituée par le docteur Loucher, à l'eau distillée, comme excipient de la • plupart des collyres dont il fait usage. Ce praticien l'unit au borax, au sulfate de zinc, au sulfate de cuivre, au tannin, aucalomel, etc. On lit dans l'Annuaire de M. Boucbardat (année D360), que M. Loucher administre, contre l'ophtbalmie des nouveau-nés, un collyre composé de 10 à 20 centigrammes de nitrate d'argent pour 30 grammes de glycérine, mais ce chirurgien parait avoir alwndonné cette combinaison, car il annonce aujourd'hui 1 que la glycérine ne doit
1 Bulletin de thérapeutique, i. LIX, p, 1 1 i.